Sur l'image : Ines. Capture d'écran issue du "Teaser Radio Live, La relève" de radio live production, disponible ici <https://vimeo.com/701951880>

Sur l'image : Ines. Capture d'écran issue du "Teaser Radio Live, La relève" de radio live production, disponible ici <https://vimeo.com/701951880>

Radio Live – La Relève

Une représentation de théâtre documentaire vue par deux chroniqueurs mercredi 4 mai à 20h30 à la Scène Nationale de Cavaillon (84), La Garance, élaborée dans la continuité des rencontres issues des séries radiophoniques et des voyages d’Aurélie Charon et Caroline Gillet.

 

Conception, création image et écriture scénique : Aurélie Charon et Amélie Bonnin

En collaboration avec : Mila Turajlic ́

Avec en alternance : Yannick Kamanzi, Amir Hassan, Ines Tanovic ́-Sijercic ́, Hala O Rajab, Sumeet Samos, Martin France, Gal Hurvitz, Jonathan Haynes,

Avec aujourd’hui : Ines Tanovic ́-Sijercic ́, Hala O Rajab et Oksana

Musique : Dom La Nena, Rosemary Standley

Images réalisées avec : Thibault de Chateauvieux,

Scénographie : Alix Boillot

Régie générale et création lumière : Thomas Cottereau

Régie vidéo et son : Claire Mahieux

Genre : Théâtre documentaire

Durée : plus de 2H

 

Sur scène, une femme en robe jaune accueille la salle : ce sera un spectacle de deux heures, unique. Jamais nous n’y verrons les mêmes personnes : chaque représentation est singulière ; c’est précieux. L’écran s’illumine et un texte s’affiche progressivement, comme s’il était tapé en temps réel, au son de la musique « Sail », d’Awnolation. La scène est quasi vide, presque nue. Une boite rectangulaire fait défiler dans un coin des phrases clés en lettres rouges. Deux filles sont présentes : elles nous feront le récit de leur histoire, entre migration et guerre, entre espoir, avenir et activisme. Radio Live, la Relève, c’est l’histoire, entre art, politique et société civile, de 50 jeunes de plus de 20 nationalités différentes interviewés à la radio. Le projet, c’est de les faire se rencontrer à deux ou trois, sur scène, de croiser leurs récits sous forme de tranches de vie face à un public. Une violoncelliste accompagnera les témoignages.

 

Ce soir, nous avons fait la rencontre d’Hala, qui a quitté la Syrie à cause de la guerre. Nous explorons sa vie par les cartes mentales de sa maison et de son quartier, par le feuilleton télévisuel syrien « Les 4 saisons », les vidéos de la maison, de sa famille. Elle nous parle de sa mère qui ne sait pas faire la cuisine et de son père, opposant au régime ; de sa famille marginale de par leurs opinions politiques mêlées à leur appartenance à une minorité. Leur bibliothèque est remplie d’ouvrages communistes, interdits en Syrie. Elles et ses sœurs vivent une enfance libérée, « Baby One More Time » de Britney Spears dans les oreilles et les cheveux au vent. Hala écrit des poèmes avec des messages subliminaux et la vie familiale bat son plein. Hala raconte comment la vie a changé, que son père a été fait prisonnier politique et torturé, qu’il est mort ; que pendant ce temps-là, discrètes, elle et ses sœurs travaillaient dans des cafés. Hala nous dit que voix de Fairouz contrastait avec le son des bombes. Elle a tout laissé derrière elle.

Nous rencontrons aussi Ines, qui vient de Bosnie. Elle parle en anglais, la présentatrice – qui fait les questions et anime – traduit. Activiste, Inès aide les migrants sur la route des Balkans où les pays ont fermé les frontières en 2018 en offrant refuge, vêtements et repas chauds. Elle combat le racisme et l’islamophobie, et ne fait pas de différence entre les migrations économiques ou de guerre car elle a vécu la ségrégation religieuse et ethnique. Elle nous parle de la guerre dans les années 90 : elle aussi a dû émigrer. Elle a grandi dans une famille marginale. Ses parents étaient un couple mixte : son père, Bosnien musulman (athée en pratique) communiste et sa mère, Croate catholique ont fait les frais de la guerre.

Les filles appelleront ensuite face à nous Oksana, une jeune professeure de français Ukrainienne, actuellement à Kiev.  Si elle croyait au début que c’était une « guerre d’information », elle a vite compris que c’était réel. Elle décide de rester, de participer, de traduire pour les journalistes et construit ses barrières mentales qui la préservent. Sur place, elle improvise. Avec Oksana c’est la guerre en live, et on comprend que la guerre, ce n’est pas comme une annonce dans un programme qui tourne en boucle à la télé : la guerre, ce n’est pas quelque chose qu’on oublie en zappant, c’est la vraie vie des gens. Dans le passé, le présent ou le futur, elle forge des destinées. Des gens se battent contre la xénophobie, le racisme, la ségrégation, la peur, le rejet de l’autre et de l’autre religion.

Nous quittons la salle sur la musique « Ain't No Go, I got life » de Nina Simone, et c'est parfait pour le fond et le sens du projet.

Les récits, mis en parallèle, suivent tous en termes de mise en scène une recette simple (qui est sensiblement la même pour les autres spectacles à priori) : une carte mentale de la maison avec un tracé au ruban adhésif au sol et une projection sur l’écran, une vidéo de la famille restée au pays, un passage musical de ce qu’elles écoutaient pendant l’enfance (Britney) ou la guerre (Fairouz ; Nirvana) avec le « pourquoi », un extrait de leur émission d’enfance (les 4 saisons, feuilleton Syrien ; un cartoon tchécoslovaque). Peut-être que le tracé au ruban adhésif au sol n’a pas été exploité pour y faire circuler les protagonistes, peut-être le spectacle était-il trop proche d’une émission de radio, peut-être la recette n’était-elle pas assez… personnelle.

Ce spectacle sur le mode du témoignage est poignant par la dureté des récits, et le violoncelle renforce l’émotion ; mais il était long. Comment juger la représentation, construite sur des tranches de vies dures, parce qu’on parle de guerre, de bombes, de torture, de morts, de racisme, de ségrégation ; mais aussi de se relever, d’avancer, de s’engager, de militer ? Si les récits ont une valeur incommensurable, la manière de les valoriser suit à mon goût une recette un peu trop rodée. Je ne regrette pas d’être venue parce-que je n’aurais jamais entendu autrement ces récits en face à face, en émotion partagée entre les filles et le public, mais j’aurais aimé une meilleure exploration de la scène et des moyens de transmettre offerts par le spectacle vivant.

Je ne me sens pas en mesure d’attribuer une note à ce spectacle ; je pense que le sujet est primordial, que les récits et les jeunes présents ont une grande force, mais aussi que la « mise en scène », si l’on puit dire, ne fait pas de ce format un spectacle à proprement parler.

 

Hélorie Kefif

Sur l'image : Hala. Capture d'écran issue du "Teaser Radio Live, La relève" de radio live production, disponible ici <https://vimeo.com/701951880>

Sur l'image : Hala. Capture d'écran issue du "Teaser Radio Live, La relève" de radio live production, disponible ici <https://vimeo.com/701951880>

Radio Live – La Relève

Nouvelle virée à la Garance pour découvrir un théâtre documentaire qui sous-titre « redonner de la voix à la nouvelle génération qui réinvente le monde et créé un nouveau récit du présent ». Une semaine après le si détonnant « Et les oiseaux... », j’étais très impatient de découvrir ce projet qui existe depuis 10 ans sous forme d’émission de radio sur France Culture. Malheureusement la greffe n’a pas pris sur moi.

 

Sur scène, deux tables, un écran géant, une violoncelliste et Aurélie Chardon, qui porte ce projet mêlant radio, vidéo et scène en donnant à entendre la parole de jeunes gens engagés du monde entier : depuis 10 ans que le projet évolue, elle a pu faire entendre plus de cinquante jeunes de plus de vingt nationalités.

Pour le spectacle, deux jeunes femmes sont présentes sur scène ; Inès 38 ans, originaire de Bosnie, de père Bosniaque et musulman, et de mère croate et catholique. Elle nous raconte sa guerre, blessée à 9 ans, son père emprisonné, sa famille, son travail auprès des migrants d’aujourd’hui, en répondant sans formalité aux questions simples d’Aurélie.

Son témoignage se mêle à celui de Hala, née en Syrie dans une famille communiste et opposant au régime d’El Assad, son père arrêté, torturé jusqu’à la mort, ses souvenirs d’enfance, sa sœur, sa mère…

Le tout également ponctué de respirations musicales – Dom la Nena au violoncelle… superbe – et de dessins réalisés à la palette graphique et présentés sur l’écran géant.

Mais n’est-ce pas trop ?

Le sujet principal reste à mon sens trop concentré sur la guerre et les migrations, et n’aborde pas autant que le sous-titre l’annonçait « la nouvelle génération qui réinvente le monde ».

Ces jeunes femmes, au parcours marqué à vie par l’Histoire, se confient sans filtre et j’ai été touché par leurs mots, émus par leurs maux, et c’est forcément plein d’émotions. Une troisième jeune femme contactée en direct par visio était, elle, retournée dans son pays en guerre – l’Ukraine – pour s’y rendre utile…

Mais pourquoi en faire un spectacle – de deux heures quand même – qui du coup n’a pas vraiment permis d’échanger en fin de spectacle, avec un public de jeunes particulièrement présent ce soir-là, et jouant sur les artefacts du théâtre contemporain avec musicien·ne live, vidéo géante, dessin en direct et scénographie au sol ? Ça en devient presque caricatural…

Pour ma part, un documentaire vidéo ou une émission de radio aurait aussi bien permis de rendre l’essentiel de ces témoignages. Voire mieux...

 

Eric Jalabert

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