Source catalogue Off 2022

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Dom Juan... et les clowns

Spectacle de la Compagnie Miranda (06), vu le 22 juillet à 12h à la Fabrik, dans le cadre du festival Avignon off, du 7 au 30. Tous les vendredis, dimanches, mardis.

 

Mise en scène :  Irina Brook

Interprètes :  Thierry Surace, Jérôme Schoof, Sylvia Scantamburlo, Armony Bellanger ou Cécile Guichard, Jessica Astier, Julien Faure, Thomas Santarelli

Genre : Théâtre (comique)

Public : à partir de 10 ans

Durée : 1h20

 

Molière ne cessera jamais d’inspirer les artistes, d’autant plus en cette année où l’on célèbre le 400ème anniversaire de sa naissance... Beaucoup s’essayent aujourd’hui à renouveler le genre et à sortir ses pièces de leur « carcan » traditionnel.  Cela ne satisfera probablement pas tout le monde, mais il faut bien avouer que cela rend le théâtre de Molière encore plus abordable, qui plus est pour les jeunes générations, tout en révélant la modernité de son œuvre. Et après le M O L I E R E de la Compagnie TIGRE vu le 21 juillet, qui évoquait à la fois l’homme et son théâtre de manière « généraliste » (mais tout aussi décalée !), j’ai choisi aujourd’hui d’aller voir un Dom Juan dans une mise en scène peu conventionnelle…

 

Ouverture en préambule par une fanfare clownesque composée de tous les comédiens qui vont assurer les seconds rôles.   Puis, place à Dom Juan et son fidèle valet Sganarelle, affublé d’un nez rouge ! Celui-ci s’insurge toujours autant de la légèreté de son maître, qui court déjà d’autres jupons après avoir abandonné sa jeune épousée Elvire, qu’il a séduite et sortie du couvent... Voilà d’ailleurs qu’Elvire fait une entrée ébouriffante, encore vêtue de sa robe de mariée, elle aussi grimée en clown, et submerge Dom Juan d’une avalanche de récriminations outrancières, mais justifiées ! Elle représente à elle seule toutes les femmes abusées par cet éternel séducteur, qui va la chasser avec mépris sans aucun remords.

Portés par une mise en scène décalée et un rythme effréné, qui rappellent la commedia dell’arte, les sept comédiens présents au plateau portent fidèlement et avec brio le texte original, même si de nombreuses digressions y sont apportées, et que les échanges sont nombreux avec le public. Le trait parfois, peut paraître forcé, comme dans la scène entre Pierrot et Charlotte.

Les deux jeunes paysans (qui entrent en scène à vélo !), s’expriment avec un accent limite incompréhensible. Il semble toutefois que dans le texte original, il était déjà prévu qu’ils s’expriment dans un patois « fleuri » … ! Quant au père de Dom Juan, qui vient lui faire des remontrances sur sa conduite, il arrive en fauteuil roulant et en veste militaire, l’air vraiment gâteux !  Il est un fait que les clowns peuvent tout se permettre, s’affranchir des limites, en ils ne s’en privent pas... Les costumes sont plutôt style contemporain, très colorés, les maquillages sont chargés, et pour rajouter à l’outrance, tous portent un nez de clown, tous sauf un, Dom Juan…

Les comédiens évoluent sur un tapis circulaire rouge, tel une piste de cirque. Une table de maquillage est installée à cour. Plus tard, la table du festin de pierre sera dressée en fond de scène. Cette délimitation de l’espace scénique accentue le côté cabaret, d’autant plus que plusieurs intermèdes musicaux sont proposés. Il convient de souligner la qualité de la bande musicale, qui colle parfaitement à l’action.

Dom Juan, grand seigneur libertin, méchant homme, apparaît comme un ardent défenseur de la liberté. Il s’insurge contre l’hypocrisie ambiante de ce 17ème siècle puritain et austère…  D’ailleurs ne dit-il pas :« l’hypocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus. Le personnage d’homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu’on puisse jouer aujourd’hui, et la profession d’hypocrite a de merveilleux avantages. C’est un art de qui l’imposture est toujours respectée ; et quoiqu’on la découvre, on n’ose rien dire contre elle. Tous les autres vices des hommes sont exposés à la censure et chacun a la liberté de les attaquer hautement, mais l’hypocrisie est un vice privilégié, qui, de sa main, ferma la bouche à tout le monde, et jouit en repos d’une impunité souveraine… » (Extrait de la scène 2/acte V de Dom Juan)

Peut-on faire plus actuel ... ?  (Toute ressemblance avec des personnes existant ou ayant existé…etc, etc.… !)

Cette adaptation réussie de Dom Juan en fait un spectacle réjouissant, dynamique et virevoltant, qui reste cependant tragique et grinçant. Dom Juan n’échappera pas hélas à son triste sort… A savourer en famille sans la moindre hésitation.

 

Cathy de Toledo

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