Photo © Jonathan Brady

Photo © Jonathan Brady

Le magasin des suicides

Spectacle de la compagnie Easy to Digest, collectif la Basse-cour (30) vu au Théâtre du Périscope à Nîmes.

 

Auteur : Muriel Lombardi, d’après l’œuvre de Jean Teulé « Le Magasin des suicides »

Comédiens, Marionnettistes, Acrobates : Muriel Lombardi, , Emmanuelle Durand, Olivier Bovet

Aide à la création des marionnettes : Sarah Darnault

Régie son/lumière, création sonore : Aliocha Bryant

Type de public : Tout public à partir de 7 ans

Genre : Marionnettes, théâtre, cirque

Durée : 1h15

 

Le Cie Easy To Digest a choisi d’adapter le livre « Le magasin des suicides » de Jean Teulé pour prendre le contre-pied des injonctions au bonheur qui foisonnent aujourd’hui dans ce monde si paradoxal qui ne donne pas toujours envie de poursuivre l’aventure !

 

Alors ici on y va à fond puisqu’il s’agit ni plus ni moins que de vendre dans cette petite boutique qui ne paye pas de mine toutes les méthodes possibles pour mettre fin à ses jours.

Compagnie circassienne aimant les défis et notamment l’intégration de nouvelles disciplines à chaque spectacle, la créatrice a porté cette fois son dévolu sur l’art de la marionnette.

Eh oui il y a de belles et nombreuses marionnettes, grandes ou petites, portées ou manipulées, sur le devant de la scène ou dans de petits castelets que sont un écran télé ou une chambre. Le regard est ainsi amené à se porter à différents endroits, à différents niveaux ce qui apporte une belle dynamique.

J’ai beaucoup aimé passer de l’humour à la mélancolie. J'ai apprécié les propositions circassiennes (jonglages avec des cartons de livraison de la maison "M'en fout la mort" ou des pommes empoisonnées, exercices sur des cordes de pendaisons... J’ai vu de belles scènes poétiques, j’ai aimé les choix musicaux, la magie a opéré parfois.

Cependant je me suis un peu perdue dans un « trop » de propositions avec la sensation qu’à trop vouloir mettre de choses différentes le propos devenait confus et insistant. Par exemple pourquoi ces interludes « télévisés » assez convenus qui pour ma part me faisait sortir de la narration ?

Par ailleurs des contraintes techniques ont amené les créateurs à choisir le noir pour les changements de tableaux et ces moments de baisse de rythme étaient à mon goût trop fréquents et trop longs.

Certains propos même m’ont dérangé tel que la promotion des baisers empoisonnés : cette "Marilyne" sexy, obligée par son père, de distribuer ces baisers aux clients qui entraient dans la boutique m'a mise mal à l'aise. A l’heure de #Metoo peut-être cette idée aurait-t-elle dû être traitée différemment ?

Le spectacle vient de sortir de résidence et il me semble que quelques ajustements restent donc à faire, confirmés par un échange avec la créatrice à l’issue de la représentation.

L’idée m’a beaucoup intéressée et le travail est immense : pour la création des décors et des marionnettes, la mise en scène, les éclairages, les agrès, les propositions scéniques…quelle surprise de voir à la fin du spectacle qu’ils n’étaient que trois sur scène !

Le propos était à la fois original mais risqué, il n’est en effet pas facile de rire de tout et de mon ressenti quelques écueils n’ont pas été évités.

La diversité des disciplines utilisées fait apparaitre des maîtrises différentes de chacune d’entre elle, en effet les protagonistes m’ont semblé moins à l’aise dans la partition théâtrale que dans la manipulation. Les marionnettes « sans paroles » m’ont apporté en effet les émotions les plus belles.

J’ai donc été globalement séduite et serait curieuse de voir comment la proposition peut évoluer après quelques réglages.

 

Marie Pierre H.

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