Retour blog fevrier 2011

 

Aubagne (13) les 14,15 et 16 février 2011

 

Retour à Aubagne pour cette nouvelle édition du Festival Région en Scène en PACA, itinérant et précédement dans la région de Toulon. Au programme, réunion autour de la diffusion et une sélection de spectacles repérés par les programmateurs adhérents du cercle, pour favoriser l’émergence de nouveaux talents.

Avec une quarantaine de participants, dont une bonne part de compagnie, la réunion se passe à la distillerie, lieu municipal, géré par une association et dédié à l’accueil de résidence d’artistes.

Daniel Madrid, formateur pour Cépière anime ce débat, accompagné des témoignages de Cendryne Roé, manager d'artistes et directrice de Nomades Kulture,  et de Catherine Simon, longtemps programmatrice et directrice du service culture de la ville d'Aubagne.

Etat des lieux de cet univers de la diffusion, tournant autour de deux groupes distincts, les artistes ou leurs représentants (chargés de diffusion) et les programmateurs. Les premiers se plaignent de ne pas être assez vus et les seconds de ne pas voir assez.

Selon Daniel Madrid, il y a un déficit d’outils et de méthodologie du côté des artistes, entraînant un manque de visibilité et une position d’insaisissabilité du côté des programmateurs : ils sont censés être les juges économiques du spectacle, permettant ainsi que les artistes vivent de leurs spectacles (définissant le statut de professionnels) ce qui nécessite pour eux qu’ils se positionnent clairement… ce qui n’est pas toujours le cas. Il n’est pas rare qu’après un long entretien sur son spectacle, l’artiste ou son représentant ne sache pas ce que le programmateur a pensé de son spectacle, ni les raisons qui dirigent son choix.

 

Selon Cendryne Roé, il s’agit surtout de remettre les relations à un niveau d’égalité. Les artistes doivent se positionner en tant que partenaire et non en tant que demandeur.  

Pour Catherine Simon, qui ouvre son intervention par un texte de Michel Thion "Directeur de théâtre, mission impossible" paru dans le N° 58 de Cassandre (été 2004), le programmateur est un médiateur entre les œuvres, les artistes et le public, perçus en tant que véritable partenaire,… alors qu’il est exclu du plateau quand il accueille une création, et qu’il pourrait donner son sentiment pendant le processus de création.

Avec près de 3.000 programmateurs en France d’après nos intervenants, (excluant ainsi bon nombre de programmateurs de ce calcul) Daniel Madrid différencie la vente directe de spectacles et la diffusion, impliquant pour cette dernière, l’impératif de voir le spectacle avant sa programmation.

 

Chacun pouvant intervenir dans le débat, la réunion se poursuit et se termine sur les classiques échanges sur le désengagement de l’état, sur le nombre trop important d’artistes, sur la grande difficulté à joindre un programmateur, ou sur les notions d’exigence artistique… Des débats souvent sans fin.

 

Après la pause, on nous propose à partir de 18 heures « Et puis quand le jour s'est levé, je me suis endormie" » un solo théâtral, sur un texte de Valletti autour du parcours d’une jeune comédienne dans le monde du théâtre : vie en province, arrivée à Paris, rencontres, questionnement sur le rôle de l’artiste, tournées subventionnées, copinage et mégalomanes habituels du métier… Tout y est, même les clichés, et tout le monde en prend pour son grade. De mon côté, la mise en scène et le jeu trop théâtral de la comédienne n’emporte pas mon enthousiasme, dans ce texte qui pourrait frôler le One man, jouant sur l’intervention à la volée de plusieurs personnages.

Néanmoins, la question de savoir à quel public s’adresse cette proposition auto centrée sur la thématique du théâtre, reste entière. Il est vrai que devant un parterre de quelques 80 programmateurs, il avait du sens.

 

Cette journée se poursuit par un apéritif et un repas à la bonne franquette toujours dans le même lieu, donnant ainsi l’occasion de rencontrer et d’échanger avec les professionnels présents et l’occasion parfois de mettre un visage sur une voix.

Soirée D’jeunes ensuite à L'Escale, la MJC du Pays d'Aubagne avec deux groupes de Rap décalés : le premier venu de Belgique dans le cadre d’un partenariat avec le rseau TREMA, Mochelan nous offre des textes très écrits, avec de superbes tournures (mon corps t’exprime…. Mon cortex prime) accompagné d’un trio contrebasse, guitare sèche et batterie. Le second groupe, Bat Point G, nous présente un duo accordéon, batterie/aspirateur aux écritures inégales, mais dont certaines compositions sont très accrocheuses (l’homme à l’accordéon, Mon papa…).

Ils ont tous joués devant un public composé pour l’essentiel de professionnels, et j’étais surpris (mais nous étions un lundi soir) du peu de public «habituel» présent pour un plateau pourtant très original.

 

Mardi 15 février, le festival reprend avec une proposition jeune public au Théâtre Comedia, troisième lieu d’accueil de la manifestation. "Tu m'écoutes?", de la compagnie Débrid'arts (13), est un très beau spectacle sur les souvenirs d’enfance, sur ces impressions sensibles et ces questionnements propres, accompagné d’une mise en scène de Jeanne Béziers, pleine de trouvailles et rythmé et d’une belle interprétation (Voir commentaire)

 

Le repas de midi permet encore de se parler et d’échanger, avant pour ma part de terminer le festival avec « Le malade imaginaire » proposé par quatre comédiens de la compagnie Vol Plané (13), nous offrant une lecture à quatre mains du dernier texte de Molière, devant un public de collégiens dubitatifs mais finalement séduits. Il est vrai que le début, ou chacun commente le texte lu par son voisin, ajoutant explication linguistique ou historique, donne une version très « prof de français », qui accélérant ainsi le rythme, sombre dans la cacophonie la plus totale.

Les quatre comédiens, tous très bons, jouent avec un simple T-Shirt portant le nom de leur personnage. Ils jouent de façon très rythmé, un texte classique, le ponctuant d’interventions décalées : j’ai encore rêvé d’elle, interprété par Cléante, grimé en maître de chant, ou en projetant un extrait de l’avare version Louis de Funès.

Un jeu dans le jeu entre les comédiens, permet de donner encore davantage prise avec la réalité, entraînant certains lycéens à s’interroger pour savoir si la dispute sur le plateau était « faite exprès, ou pas » ? Un spectacle qui entraîne son public dans un exercice pourtant difficile, mais qui a été très bien accueilli par le public présent.

 

Plusieurs spectacles se poursuivaient l’après-midi et le lendemain, mais auxquels je n’ai pas pu assister…

Malgré une période qui semble difficile au sein de la FNTAV / Le chaînon à la fois dans les fédérations régionales mais aussi avec le national, pouvant expliquer une affluence finalement assez modeste (la moitié à peine des adhérents du cercle de midi taient présents, et j’ai entendu parlé de "boycott"), le festival reste une manifestation conviviale, permettant de découvrir la crème de l’émergence pour les programmateurs du Cercle de midi, et donnant l’occasion de rencontres nouvelles.

A l’année prochaine.

 

 

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