Fuck-America-Visuel-Avignon.jpgSpectacle du "Réseau (théâtre)" & "CAP Etoile - La Fabrique" (93), Avignon Off 2014, théâtre Le Grand Pavois,  tous les jours à 12 h 10 (relâche le 16.07)

 

D’après le roman éponyme de Edgar Hilsenrath

Avec : Corinne Fischer, Bernard Bloch, Vincent Jaspard, Thomas Carpentier (violon).

 

VIVANT-3-COEURS-5Public : tout public à partir de 13 ans

Durée : 1h10

 

 

Je dois avouer que je ne connaissais pas Edgar Hilsenrath, et le nom de la pièce, qui est aussi celui de l’ouvrage dont elle est tirée, ne m’avait pas vraiment motivée. De fait, je suis tombée par hasard sur un article de presse, à propos de ce spectacle, qui m’a laissé à penser qu’il  était finalement ridicule de s’en tenir à un titre !


L’histoire de Jakob Bronski, le personnage du roman, c’est aussi celle d’Edgar Hilsenrath. A la fin des années 30, Nathan son père n’a pu obtenir de visas pour emmener sa famille aux USA et fuir l’Allemagne et la montée du nazisme. Après avoir été spoliée, maltraitée, la famille fuit vers la Roumanie, se retrouve ensuite dans un ghetto en Ukraine, échappe par miracle à la mort. Après la guerre, après un passage par la Palestine, tous se retrouvent pour un temps en France, et émigrent enfin aux USA au début des années 50. Mais le rêve américain s’avère être un cauchemar. Jakob ne s’adaptera jamais à ce pays, ni même à sa langue. Il vit comme un clochard, de petits boulots, solitaire, en manque d’amour, et disons le clairement, de sexe ! C’est ce qui l’obsède, de même que l’écriture de son roman, comme une thérapie, qui s’avère difficile compte tenu de ses conditions de vie…  Il regagnera finalement l’Allemagne qui n’a cessé d’être son pays, après plus de 20 ans d’exil.


C’est Jakob qui raconte son histoire par le biais de dialogues percutants, parfois absurdes ou grotesques,émaillés de mots osés, parfois très crus, bien souvent empreints d’un humour caustique, grinçant. Bref, politiquement incorrect ! Cette écriture jubilatoire est servie par un jeu d’acteurs net et concis et une mise en scène rigoureuse, dans un décor sobre, pendrillons noirs, trois tabourets éclairés chacun par une lampe suspension. Vincent Jaspard incarne un Jakob égaré dans un monde où il ne se reconnaît pas. Bernard Bloch et Corinne Fischer se partagent les autres personnages que croisent Jakob au long de ses années d’errance. Sur le plateau, à cour se tient le violoniste qui rythme les changements de scène par de brèves interventions musicales.


Un grand moment de théâtre… Qui m’a donné envie de me plonger dans l’œuvre de cet auteur aujourd’hui âgé de 88 ans, qui donne des airs à la fois à Einstein et à Popeck.

 

Cathy de Toledo

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