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Compagnie Spectacular Optical Museum

 

Lecture musicale. 

Public Adulte.

 

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Vu le 16 septembre 2010 au Hot Jazz Club Lyon (69).

 

Bienvenue dans l’univers d’Eddy, réincarnation contemporaine d'Oedipe dans l'Angleterre thatchérienne. L’auteur de la pièce, Steven Berkoff, nous convie dans les bas-fonds londoniens, où règnent la saleté, la misère, la désillusion… en un mot, la peste. La mise en  scène éclatante signée Anne-Lise GUILLET et Chloé BEGOU, est conçue logiquement dans  une atmosphère opaque, voire pesante,  dans laquelle toutefois les notes de musique énigmatiques et les petites pointes d’humour viennent distiller çà et là quelques bulles d’oxygène.

Les six comédiens s’investissent avec fougue et générosité pour littéralement incarner Eddy, ses parents adoptifs, ses parents biologiques ..., avec une mention spéciale pour la prestation féminine du sphinx, cynique et d'une aisance déconcertante. Autant de petits clins d’œil à la tragédie antique, qui confèrent à l’ensemble une belle cohérence et soulignent la dimension mythique d'un texte poignant et obscène.

 

En effet, Steven Berkoff est toujours le grand perturbateur de la scène anglaise. Il a horreur de l'understatement, de l'économie des mots et des sens, il est, très exactement, l'anti-Beckett qui était arrivé à élever la rétention au niveau d'un critère artistique suprême. Chez Berkoff, les mots se déversent par flots déferlants, les idées fusent comme des pétards, les situations n'ont rien d'implicite et le style cogne dru et fort.

Tout cela est animé par une colère débordante. Un rejet argumenté de la société actuelle, qui a réussi à barder ses trahisons et ses veuleries d'argumentations bétonnées, qui a su faire de sa bonne conscience une forteresse inexpugnable. On pense, en écoutant Berkoff, à la totale liberté d'analyse et de dénonciation d'un Pasolini, qui ne se laissait intimider par aucune idée reçue, fût-elle le plus dans le vent, le plus prétendument incontournable.

Justement, Pasolini en 1967 a lui aussi réalisé une version - cinématographique en l'occurrence - d'«Oedipe Roi», dont il avait fait une forme d'apologie du meurtre symbolique du père, présenté comme un acte indispensable d'émancipation.

 

Dans «Greek», qui est son OEdipe à lui, Berkoff réhabilite l'inceste avec la mère. Malheureusement, sa justification est pour le moins spécieuse: « dans un monde sans amour comme le nôtre » dit-il, pourquoi condamner ce qui est, pour le moins, une indéniable preuve d'intérêt pour l'autre? Peut-on motiver un écart par une dérive généralisée des comportements? Il y a là un sophisme qui déforme son propos.

Mais Berkoff ne fait pas le détail: s'il heurte de front une part de son public, il le séduit ailleurs, en condamnant la contraception et l'avortement, par exemple, avec des raisons qui semblent empruntées aux adeptes de Pro Vita. Manifestement, il souffle à la fois le chaud et le froid, pour mieux déstabiliser le spectateur.

 

Le texte de Berkoff pâtit de la raideur de la langue française, en regard de la compacité de l'anglais, c'est sûr. Mais les quatre acteurs, par leur énergie et leur intelligence de lecture, font passer ce qui, quelquefois, n'est que tarabiscotage maladroit autour de formules que, dans l'original, on devine plus nerveuses et plus musclées.

 

Contrairement à son illustre prédécesseur, Berkoff opte pour une fin ouverte : pas d’yeux crevés, pas de femme pendue, pas de séparation du couple incestueux… mais la peste ! La souillure demeure, le fléau persiste, les questions restent sans réponses.

To be continued… Le répertoire tragique grec est un matériau que l’on n’a décidément pas fini d’exploiter.

 

 

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