HilumSpectacle de la compagnie "Les Antliaclastes" (03), vu à "Art Pantin", le 06 octobre 2013, Vergèze (30).

 

Auteur: Patrick Sims

Marionnetistes: Patrick Sims, Joséphine Biereye, Céline Chévy, Zana Goodall

 

VIVANT-3-COEURS-5Durée: 55 min

Genre: marionnettes

Public: tout public à partir de 10 ans                

 

 

Le très joli castelet, fermé à notre entrée en salle, s’ouvre sur un décor de blanchisserie, au milieu duquel trône une énorme machine à laver le linge. Pendant un moment, rien…  Puis, le décor se met à « vivre ». Du pop corn saute d’une casserole installée sur un réchaud au milieu de cet espace, du sable tombe du ciel, un tissu abandonné dans un coin se met à « fumer » et « respirer »… Un petit personnage, affublé d’une étrange tête, ou plutôt devrais-je dire un crâne, et qui me rappelle irrésistiblement Maître Yoda, s’éveille dans son lit à l’angle du castelet, s’étire, baille, cligne des paupières,  porte son immense regard bleu partout autour de lui… D’autres personnages vont suivre, plus extraordinaires les uns que les autres : un bernard l’ermite qui traîne sa coquille, une chauve souris, des sœurs siamoises, une grand-mère avec des ailes d’ange (ou serait-ce une libellule ?) affairée à pêcher un poisson, une sorte de petit singe besogneux… Bref, toute une ribambelle de petits êtres improbables, laissés pour compte, qui pourraient paraître monstrueux ou inquiétants, mais tellement  facétieux qu’ils en deviennent incroyablement attachants…

 

Les marionnettes s’amusent et se chipotent comme des enfants, au gré de quatre manipulateurs/blanchisseuses, qui apparaissent ou disparaissent,  mais qu’on oublie bien vite, sauf lorsqu’ils sont eux-mêmes acteurs ou interlocuteurs de leurs petites créatures…  Tout de tons clairs vêtus de la tête aux pieds (tablier, bas, gants, bonnet…), dans des textures de tissus variées, le visage couvert d’une dentelle ou affublé d’une sorte de trompe éléphantesque tricotée, ils sont  aussi étranges que leurs marionnettes, et évoluent dans un espace très restreint qui les fait paraître gigantesques. Mais jamais ils ne se gênent, et ils manipulent bien souvent deux marionnettes en même temps, voire quelques éléments du décor ! Les tableaux se succèdent en un spectacle sans parole, porté par une bande son associant bruits habituels de machines à laver et autres tambours, airs d’opéras, musique lancinante, le tout dans un décor fourni, créant une extraordinaire ambiance de vie intense,  en vase clos…  Les choses vont, bien sûr,  finir par déraper, avec l’apparition d’une souris gigantesque aux yeux rouges, d’un ours polaire, d’une femme à tête de tournesol, d’une  émanation du roi Ubu, et bien d’autres, pour se terminer dans un délire total, où blanc et couleurs se mélangent, et où la machine à laver prend vie ! Je n’en dirai pas plus…

 

Il est impératif que ce spectacle soit présenté dans de bonnes conditions de visibilité, les spectateurs installés sur des gradins, afin qu’ils puissent voir tous les détails des personnages, du décor, de l’action (et croyez moi, il y  a énormément de choses à voir !), sous peine d’une immense frustration… Ce qui fut mon cas, vous l’aurez compris. Le public était mal installé, dans une salle inappropriée: les spectateurs, assis au même niveau, se contorsionnaient en tous sens pour tâcher de (tout) voir ! Heureusement, cela ne m’a pas empêchée d’être conquise par l’écriture originale d’un Patrick Sims largement inspiré par Jarry et par sa formation cinématographique, et par la rare dextérité des manipulateurs.

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