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Vu à Vergèze, le 2  Octobre 2010 dans le cadre du festival Art Pantin.

 

Concepteur et Réalisateur : Marc CALAS

 

Théâtre en installation sonore

Texte de Matthieu GAUDEAU

 

Pour adulte

Durée : 25 mn

 

blogMarccallasclaustra1 Marc CALAS a travaillé tout l’hiver dernier sur cette création originale et a  souhaité maintenant la faire sortir de son studio et la montrer au-delà de son cercle de connaissances. L’occasion se présente lors du festival Art pantin. Je déambule dans les ruelles de Vergèze à la recherche de quelque chose à voir en ce début de Festival. On m’interpelle dans la rue pour me proposer de voir ce spectacle qui  n’était pas prévu au programme.

Je me laisse tenter. En préambule on nous dit juste : installez-vous où vous voulez mais ne déplacez rien. Nous rentrons dans une salle où est recréé l’intérieur cossu d’un salon : deux fauteuils devant la cheminée, un piano, une table et quatre chaises, des jouets d’enfant.

Les quelques curieux s’installent et le feu commence à crépiter dans la cheminée. Des voix commencent à raconter une histoire, des souvenirs d’enfance partagés entre des frères et sœurs. La pluie commence à tomber, l’orage à gronder, s’amplifiant jusqu’à nous faire frissonner. Nous sommes partagés entre entrer dans cette histoire de famille qui tente de nous happer et comprendre d’où viennent ces sons qui s’entrechoquent autour de nous. Car il n’y a que des sons, pas d’images, pas de variations d’éclairages, pas de personnages en chair et en os ni même de marionnettes. Et les sons sortent de partout : de la cheminée, des chaises, des fauteuils, de la table, de l’ours en peluche, des lustres, du piano qui se met soudain à jouer tout seul. Et les spectateurs sont alors  au cœur de ce récit qui se déroule dans leurs oreilles. L’ouïe est alors le seul sens en éveil. L’atmosphère devient pesante car l’histoire de cette famille est lourde, entachée de morts, de secrets, de souffrances. Les enfants se souviennent, chacun à leur façon, chacun avec leurs émotions, en fonction de leur âge au moment des faits, ils se disputent parfois ces souvenirs « C’est moi qui l’ai trouvée, maman », « Non c’est moi », « Non c’est moi ».

L’histoire se déroule sur plusieurs années, les personnages évoluent, les souvenirs se font de plus en plus précis, les secrets se disent, les abcès se percent, jusqu’à la scène finale du repas auquel les spectateurs, assis autour de la table, sont intimement conviés au son des bruits de couverts, d’eau versée dans les verres, du chien et des enfants qui jouent au  dehors.

Si on s’est laissé prendre au jeu on ne peut ressortir que bouleversé de cette expérience originale. Au-delà de l’originalité, qui ne fait pas en soi une création réussie, il y a ici un concept qui engendre chez le spectateur des émotions puissantes par la seule évocation sonore. Les sons, tout comme les odeurs, sont de puissants « éveilleurs de mémoire » et chacun traversera ce moment unique au regard de  ses propres souvenirs. blogMarccallasclaustra2

Dans notre époque surchargée d’images il fallait oser et je dit fallait au sens de nécessité. Cela fait tant de bien de laisser divaguer son imagination à partir de ces évocations sonores. Ce spectacle rappelle les histoires contées à la Radio telles qu’on en rencontre parfois au cours d’un long voyage en voiture, de nuit et où des voix nous font alors entrer dans des univers souvent inquiétants.

Le texte dévoilé ici a été écrit d’une manière très contemporaine,  au départ pour une pièce de théâtre qui a été effectivement jouée avec des acteurs en chair et en os. Il a été un peu raccourci pour cette expérience mais l’émotion provoquée par les mots reste intacte.

 

J’hésite ici à dévoiler quelques explications techniques afin de ne pas trop briser la magie, mais il y a un immense travail derrière tout cela : 22 sources sonores sont diffusées et mixées en même temps, il y a aussi tout un travail de recherche sur la réverbération des sons… le résultat et saisissant.

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