La Contrebasse
30 juil. 2012
Spectacle de la compagnie Eric Soulard (73), vu au centre d'expression artistique La Salamandre lors du festival Off d'Avignon 2012.
Ecriture : Patrick Süskind
Adaptation musicale et interprétation : Eric Soulard
Mise en scène : Christelle Carlier
Durée : 1h30
Tout public à partir de 10 ans
Ce texte est le seul écrit par Süskind pour le théâtre.
J’en avais déjà vu une adaptation avec un comédien seul en scène et sa contrebasse. Dans l’adaptation que nous propose Eric Soulard, le décor est plus fourni. Nous sommes dans la chambre d’un musicien, contrebassiste de « l’Orchestre National », un type entre deux âges, solitaire. Il y a certes une contrebasse, mais aussi un piano, un lit, des chemises blanches suspendues le long du mur en fond de scène, un tourne disque avec sa pile de disques, un verre et une bouteille que le comédien se charge allègrement de vider tout au long de la représentation. Le personnage s’adresse directement au public et entreprend un véritable cours sur la contrebasse, l’instrument le plus gros, le plus puissant de ’orchestre, indispensable selon lui. Progressivement, nous découvrons la personnalité de cet individu qui vit à la fois une relation de passion et de haine avec son instrument de taille « envahissante » qui, lors des concerts, est géographiquement relégué en fond de scène, derrière tous les autres instruments. Malgré ce, il ne peut passer inaperçu mais, paradoxalement, l'instrument cache l’instrumentiste aux yeux des autres… Il est ainsi lui-même invisible aux yeux de Sarah, jeune soprano qui vient d’intégrer l’orchestre, et dont il est secrètement amoureux.
C’est le long monologue d’un homme introverti et névrosé, dont la vie est une succession de frustrations et d’échecs. Le propos, non dénué d’humour, dérive insensiblement, et toute son amertume se concentre sur cet instrument responsable de tous ses maux. De l’instrument au compositeur, il n’y a qu’un pas… et le musicien se livre alors à la critique acerbe de plusieurs compositeurs des plus (re)connus et, pour étayer son argumentation, nous propose d’écouter quelques extraits d’œuvres classiques célèbres de Brahms, Wagner, Mozart, Schubert et autres… De plus en plus vindicatif, il envisage de créer le scandale le soir même à l’opéra, en hurlant le nom de Sarah dès le début de la représentation de l’Or du Rhin.
La mise en scène de Christelle Carlier propose des « respirations » grâce aux intermèdes de « réhydratation » (!) du musicien, et ses compositions originales jouées au piano, de style plus jazzy, allègent le côté oppressant (d'ailleurs accentué par la toute petite salle au plafond bas dans laquelle nous nous trouvions) de cette inéluctable dérive vers la folie à laquelle nous assistons.
Eric Soulard, multi-instrumentiste, se révèle un excellent comédien qui a tenu son auditoire en haleine sans aucun temps mort, pendant ce long monologue de 90 minutes.