le-chien-au-croisement_la-voix-des-clochards-celestes.jpgSpectacle de la compagnie "Le chien au croisement" (34), vu au Théâtre Pierre Tabard (Montpellier) le 19 Mai 2013 à 16h, dans le cadre du festival Midi-Minuit.

 

Extraits de "La montagne intérieure" de Lionel Daudet (2001)

Mise en scène et interprétation : Julien Assemat

Direction d'acteur : Benjamin Guillaume

Regards extérieurs : Thomas Laurent et Myrtille Bastard

Régie lumière : Thierry Jacquelin


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Genre : Théâtre

Durée : 1h10

Public : Adultes et adolescents

Création 2009 en partenariat avec la Cie Afikamaya 

 

Pour la compagnie "Le chien au croisement", le théâtre est un engagement au service d'une idée : "vivre poétiquement". Ce spectacle a été inspiré à Julien Assemat (passionné d'alpinisme) par la lecture de Lionel Daudet, poète et alpiniste discret mais aux exploits hors normes.

 

Seul en scène, Julien Assemat escalade, évalue un parcours, calcule les prises, se glisse entre les parois, admire l'immensité du ciel, la clarté de l'air, dort suspendu à 600 mètres au-dessus du vide, jouit de la solitude, explose de bonheur et de liberté, souffre, s'obstine, tombe, se réveille hurlant à la mort. Il est alpiniste en action, il est "nous" aussi, dans nos projets et notre quotidien...C'est enthousiasmant, et j'ai enfin compris ce qui pousse ces fous toujours plus haut, plus loin, plus difficile : la liberté, les rituels du bivouac, le carré de chocolat à sucer lentement, l'inutile. Les plaisirs de l'exploit physique intense et rigoureux, du contact avec la roche, du bonheur d'exister, tout cela jaillit de scène. La poésie du texte traduit les états d'âme pendant l'effort, les pensées fugitives dans les brefs instants de réussite ou d'erreur, les rêves. C'est aussi très violent. L'alpiniste en position scabreuse "voit passer le train de sa vie"... Il chute même en direct, un vrai choc, et  "laisse le temps se dissoudre" avant de "rejoindre les frères inhumains". Les pentes du Cervin lui gèlent huit orteils et  il hurle contre sa souffrance, dans une longue lutte hallucinante. Mais la vie"flamme étrange et vacillante" s'obstine. En nous bousculant, ce spectacle nous montre qu'au-delà des souffrances on peut choisir "l'inutilité gratifiante" de l'exploit contre "la prison du côté du bitume"...

 

La gestuelle et les mimiques de Julien Assemat évoquent aussi bien les émotions et les situations concrètes que les paysages et ambiances de l'altitude, de l'air et du froid qui deviennent palpables. Les éclairages efficaces, et d'une grande beauté, ouvrent un large champ imaginaire à l'exaltation, l'effort, le repos, la souffrance, la mort annoncée, la solitude et les joies. Sur scène avec le comédien, on ne trouve rien qu'un grand sac poubelle et un caddie, détournés de manière surprenante et émouvante.

 

Magnifique dans sa dimension poétique, généreux par le partage qu'il propose, émouvant et parfois dramatique, avec quelques pointes de tendresse et d'humour, ce spectacle s'adresse directement à l'imaginaire du spectateur et à sa conception de la vie. Egalement très percutant, il me semble que les programmateurs doivent en tenir compte pour le proposer à des spectateurs, adultes ou adolescents, capables d'en apprécier le texte et la force scénographique sans se laisser envahir ni submerger. "La voix des clochards célestes" procure à la fois un plaisir esthétique, mais aussi une vision de notre propre montagne intérieure, parfois fort malaisée à gravir !

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