Le jeu des 1000 euros 3

Spectacle de la compagnie B.Initials (75) vu le 19 Novembre 2013 à 20h, au Théâtre Jean-Claude Carrière (Montpellier - 34).

 

Texte: Bertrand Bossard (inspiré de l'émission de France-Inter)

Avec: Louise Belmas (candidate), Bertrand Bossard (animateur), Benjamin Farfallini (métallophone), Pierre Hiessler (producteur de l'émission)

Mise en scène : Bertrand Bossard assisté de Fanny Gayard

 

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Genre : Comédie

Durée : 1h20

Tout public à partir de 8 ans

Création 2012

 

Bertrand Bossard, artiste associé au Centquatre (Paris), aborde divers aspects des désordres de notre monde avec «Anatomie du chaos », création protéiforme dont « Le Jeu des 1000 euros » constitue l’une des pièces.


Le théâtre Jean-Claude Carrière fait salle pleine (600 places) pour ce 19 Novembre 2213. C'est le chaos et toute culture est bannie depuis qu’en 2012 le jeu des 1000 euros de France-Inter a disparu. Quelques rebelles ont décidé de changer le monde en ressuscitant ce jeu dans la clandestinité, et c'est dans un esprit d’aventure et d’anticipation que Bertrand Bossard nous fait participer à un enregistrement extrêmement drôle de l'émission mythique. Le jeu s’organise, faisant sortir de l'oubli plusieurs chefs d'oeuvre de la littérature et de l'art. Mais soudain tout déraille et la « brigade de maîtrise des débordements » met tragiquement fin à cette rébellion.

 

J’ai apprécié ce spectacle drôle et profond qui pose des questions primordiales sur le rôle de la culture, et dont l'originalité et la complexité de la scénographie étayent efficacement le récit (nombreuses vidéos, maquette géante du cerveau de Gilles Deleuze, effets d’ombres et de lumières...). Dès les premières minutes, avec l’exposé du motif, nous sommes projetés 200 ans en avant, en pleine science fiction. La dramaturgie nous fait vivre en 2213 un enregistrement dans les costumes et codes culturels de 2013. Le passage se fait sans heurt et l'illusion est telle que je me suis surprise à souhaiter la réussite des rebelles... Bertrand Bossard chauffe l'ambiance dès le début en conviant le public à monter sur scène pour la sélection des candidats. J'ai retrouvé avec plaisir le rituel immuable du jeu, pimenté ici d’une fantaisie désopilante par des comédiens excellents dans ce "jeu dans le jeu". Avec beaucoup de naturel, tout est prétexte à de belles références littéraires et à des discussions intéressantes. Une magnifique protestation de Bérénice par une comédienne amateur arrive opportunément pendant la sélection, Goethe et le romantisme déclenchent une crise de nerfs chez la candidate, le métallophone détraqué exaspère son manipulateur et le pousse à la révolte avec les mots de Camus, etc. Tandis qu'une indiscipline hilarante grandit sur scène avec les encouragements du public, apparaît le basculement progressif du projet. Au-delà du comique des situations, Bertrand Bossard traduit l'angoisse tragique de l'animateur dépassé qui tente d'éviter le désastre. Lorsqu'après l'échec des rebelles, nous replongeons dans l'inquiétant univers de science-fiction et que surgissent dramatiquement des questions fondamentales, nous ne rions plus. Ces comédiens qui débattent avec passion de l’art et de la création comme actes de résistance, déclenchent comme un signal d'alarme dans mon esprit où présent et futur se confondent alors.

 

J'ai retrouvé l'ambiance et les codes du jeu des 1000 euros dans ce spectacle qui m'a fait beaucoup rire sans être pour autant un pastiche. Tel un lanceur d'alerte à une époque où les références culturelles sont facilement mises en péril, Bertrand Bossard prend argument de l'émission culte pour défendre l'importance de l’acte de création dans la société, et ose nous laisser sur un dénouement tragique. Une belle réussite ! 

A noter que, sur chaque lieu de représentation, B.Initials suscite la collaboration d'un(e) artiste de la région ainsi que de comédiens amateurs locaux qui se mêlent au public pour la sélection des candidats.

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