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La Bosse Compagnie (69)

 

Vu le 13 octobre 2010, au Théâtre des Asphodèles  (69).

  

D'après Octave Mirbeau

 

Avec : Karine Revelant et Robert Magurno

Mise en scène / Adaptation / Masques : Michel Laforest

Décor / son / régie : Clarisse Morel 

Création lumière : Laurence Oudry 

 

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Mirbeau donne la parole à une soubrette, Célestine, ce qui est déjà subversif en soi pour l’époque, et, à travers son regard il nous fait découvrir les nauséabonds dessous des classes dominantes et les turpitudes de la société bourgeoise qu’il pourfend.

Échouée dans un bourg normand, chez les Lanlaire, au patronyme grotesque, qui doivent leur richesse injustifiable aux filouteries de leurs « honorables » parents respectifs, elle évoque, au fil de ses souvenirs, toutes les places qu’elle a faites depuis des années, dans les maisons les plus huppées, et en tire une conclusion que le lecteur est invité à faire sienne : « Si infâmes que soient les canailles, ils ne le sont jamais autant que les honnêtes gens. »

La pièce dénonce une forme moderne de l’esclavage, la condition des domestiques et gens de maison où la femme de chambre est considérée comme une prostituée à domicile. Le domestique est un être « disparate », « un monstrueux hybride humain », qui « n’est plus du peuple, d’où il sort », sans être pour autant « de la bourgeoisie où il vit et où il tend »

Malheureusement, les domestiques sont presque toujours corrompus par leurs maîtres : Célestine elle-même, malgré sa lucidité et son dégoût, finit par devenir maîtresse à son tour et par houspiller ses bonnes, dans « le petit café » de Cherbourg où elle a suivi le jardinier-cocher Joseph, antisémite et sadique, enrichi par le vol audacieux de l’argenterie des Lanlaire, et dont elle s’est persuadée qu’il a violé et assassiné une petite fille...

Mirbeau s’emploie en effet à susciter chez nous une véritable nausée existentielle et met en lumière le tragique de la condition humaine en peignant la vie quotidienne dans tout ce qu’elle a de vide, de vulgaire et de sordide.

On saluera la performance des comédiens qui assurent à eux deux plus d’une heure et demie de spectacle.

Karine Revelant, dans le rôle de la soubrette, porte magnifiquement ce texte difficile grâce à cette diction parfaite et cette voix limpide qui me touchent toujours autant. Elle ne quitte pas la scène une seconde, communique malicieusement avec les spectateurs, se meut gracieusement à travers la scène qu’elle occupe de sa seule présence-chaussée de bottines coquines qui lui vont à ravir !

Quant à Robert Magurno, il joue plusieurs personnages dont un « double-face »- côté pile l’affreux Joseph, côté face  la bonne. La mise en scène est judicieuse et on y croit. Il fait également les voix suraigües des méchantes, des mauvaises qui peuvent être à l’occasion des marionnettes. Il y a de l’outrance, de la loufoquerie dans ses personnages aux masques grotesques. On est dans le style de la Commedia dell Arte. Ceux qui aiment apprécieront, personnellement ce n’est pas ce que je préfère mais je dois avouer que du point de vue théâtral c’est un parti pris intéressant car ce côté « bouffon », « surjoué » déclenche souvent sourires et même rires ce qui donne une certaine légèreté face à la gravité du propos.

Il n’y avait qu’une quinzaine de spectateurs dans la salle : dommage car le spectacle mérite mieux.

 

 

Commentaire d'un autre specatcle de la compagnie 

 

 

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