Les règles du Savoir-Vivre dans la Société Moderne

Présent sur le Festival OFF 2017

Spectacle du "Collectif Lophophore" (84 et 75), Avignon Off

 

D’après : Jean-Luc Lagarce

Avec : Pauline Phélix, Juliette Delaloy-Stocker, Morgane Touzalin-Macabiau.

 

Genre : théâtre contemporain musico burlesque

Public : tout public à partir de 8/10 ans

Durée : 1h15

Création

Comme dans la mise en scène du regretté Richard Mitou, trois comédiennes se partagent ici le rôle de la « conférencière ». C’est en 1994 que Jean-Luc Lagarce écrit, pour un seul personnage féminin, ses "Règles du Savoir-Vivre dans la Société Moderne", très largement inspirées du livre de la Baronne Staffe, bestseller portant le même titre et paru en 1871, qui codifiait tous les actes de la vie, de la naissance à la mort, jusqu’au deuil qui s’ensuit pour les survivants. Il va sans dire que Lagarce se moque de ces conventions sociales et de cette codification de tout comportement à adopter en tout lieu et à toute heure, pour tenir son rang, être  « comme il faut ». Son travail de réécriture, par les répétitions, l’abondance de détails et conseils, en souligne le ridicule, la capacité à nier le hasard et à supposer que tout est prévisible.

Les trois comédiennes sont habillées tout de noir et blanc, très « graphiques », avec en même temps une pointe d’excentricité qui se révèle dans certains détails vestimentaires, les cheveux sont tirés, bref, d'apparence très « rigides ». Pour deux d’entre elles en tous cas, qui sont particulièrement BCBG, alors que Pauline Phélix, plus petite en taille, a une coiffure plus « mousseuse », la bouche dessinée façon geisha, et porte petites lunettes rondes. Son aspect plus rigolo vient tempérer la rigidité ambiante.

La pièce commence avec l’apparition des comédiennes en ombres chinoises, derrière un drap blanc qui tombe du plafond, éclairé par l’arrière. Ce drap sera tout au long du spectacle l’élément prépondérant du décor. Qu’on le déroulât comme se déroule la vie, qu’on le suspendît, qu’on se cachât derrière, qu’on l’amassât en tas, il est de toutes les scènes.

Les trois comédiennes s’expriment à l’unisson, ou se répondent, ou complètent ou surenchérissent leurs propos respectifs, se chipotent aussi parfois, ce qui vient renforcer l’effet comique. La connivence avec le public est totale et nous sommes directement pris à témoin afin d’acquiescer au bien-fondé des remarques et solutions proposées dans ce traité.

Le chant a capella vient appuyer le propos. A plusieurs reprises les comédiennes s’expriment en chantant le texte, ou en incluant des chansons, parfois revisitées comme "l’Aigle noir" de Barbara, et par exemple lors de l’évocation de circonstances particulières, telle la commémoration (on ne saurait l’appeler autrement, tant les choses sont organisées !) des noces d’or, avec la magnifique chanson des "Vieux Amants" de Jacques Brel.

Une mise en scène à la fois simple et ingénieuse (conduite par ce drap blanc !), des comédiennes remarquables qui servent ce texte de la manière la plus burlesque qui soit et avec beaucoup de dynamisme nous offrent un grand moment de théâtre. Et j’ai enfin appris ce qu’était le Lophophore, ce nom que la compagnie a adopté, peut-être en hommage à Jean-Luc Lagarce…

Cathy de Toledo

 

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