La salle du Jeu de Paume à Vizille (38) a reçu ce spectacle le vendredi 15 mars 2013.   Ze-Prod-lettres-de-delation.jpg

- Public : adultes et ados à partir de 13-14 ans
- Durée : 1h15

 

Distribution :
- Textes : ouvrage d’André Halimi (regroupant des lettres de délation) + témoignages de résistants
- Jeu : François Bourcier
- Agencement des textes + mise en scène : Alain Guyard

 

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Ce spectacle a été créé avant "Résister c’est exister" que j'avais vu à Vizille en 2011. Cela ne m'a pas géné puisque les deux spectacles peuvent se voir indépendamment, mais c'est sans doute intéressant de les découvrir l’un après l’autre dans la logique des créations, en appui sur une mise en vis-à-vis des propos.

Nous suivons un même sillon où la scène devient un lieu de droit de critique historique. Sillon de l’Histoire faite de petites histoires.

Pour "Résister", il s’agissait de celles et ceux qui ont refusé l’ignominie. Pour "Lettres de délation", de celles et ceux qui ont pris la plume pour diverses raisons pour pointer communistes, juifs, ou encore francs maçons. Parmi les points communs entre ces deux propositions, notons la présence d’un seul comédien pour incarner dénonciateurs et dénonciatrices mais aussi l’utilisation dans le décor d’accessoires qui révèlent au fur et à mesure leurs messages (valises pendues dont les entrailles se vident de mots accusateurs et sans pitié et d’objets qui font montagnes comme dans les camps de concentration : chaussures, chapeaux, habits).

Le plateau accueille au début un homme nu dans une lumière ombreuse, puis il s’encombre petit à petit de traces de dénonciations et existences perdues. Les délateurs se succèdent, foule de simples citoyens avec leurs rencoeurs et frustrations, leurs mécontentements, leurs besoin de trouver des coupables à leurs situations, mais aussi gens d’élite (médecins, hommes d’église, de culture, de cinéma, de justice, de politique ou d’armée). Ils parlent de légitimité, de famille, de (non) droits. Tandis que la bande son en trace les échos : "le temps des gitans", les notes de piano qui entraînent et enchaînent, les grésillements des ondes radios ou de la gégène des séances de torture, les bruits de bottes, de trains, les rires d’enfants, sur vague des chansons d’époque et canotier.

Notons une approche clownesque, visage fardé et yeux noircis, un trait de pantomime dansée. Quelle précision et dextérité dans les changements, de jeu, de costume. Comme le tour de passe-passe d’un magicien qui nous rappelle que des lettres sont encore et toujours écrites à ce jour : la dernière citée est en date du 13 avril 2007 !

 

En somme, un théâtre-mémoire agitateur de conscience, efficacement mené, avec en support un fabuleux travail sur archives et documents. Un comédien époustouflant, qui tient le rythme et la barre.

Un nouveau volet est en cours d’élaboration, qui s’appellera "Racines". A suivre.

 

Web culture à Vizille : http://sortiravizille.com/

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