image-mangez-le-si-vous-voulez.jpgCie Fouic Théâtre (75). Vu à Avignon Off, Actuel Théâtre, tous les jours à 12h10 du 4 au 27 juillet.


Adapté du roman de Jean Teulé

Avec : Jean Christophe Dollé, Clotilde Morgiève, Mehdi Bourayou, Laurent Guillet


VIVANT-3-COEURS-5Genre : Théâtre

Tout public à partir de 14 ans

Durée : 1h25

Création

 

Comment mettre en scène une histoire aussi abominable… ?  Ils l’ont fait et le pari est très réussi. Pour mémoire, le roman de Jean Teulé retrace l’histoire vraie de la mise à mort en à peine deux heures de temps, d’un jeune noble Alain de Monéys,  par des villageois qu’il connaissait pourtant depuis toujours.  C’était le 16 août 1870, jour de foire annuelle à Hautefaye en Dordogne.  Dans un contexte de guerre franco-prussienne, qui vire au désavantage  des troupes françaises, les passions s’exacerbent, la population voit des espions prussiens partout. Il fait très chaud, les récoltes sont mauvaises. Le climat est propice à l’embrasement. Ainsi, pour un mot mal compris, les villageois vont  s’acharner sur Alain de Monéys, bouc émissaire qu’ils vont supplicier et immoler par le feu.  Seuls quelques individus tenteront  de lui sauver la vie. Cet acte de folie collective sera sanctionné par 4 condamnations à mort sur 21 inculpés, certains très jeunes.

Les noms des inculpés et les âges défilent  sur un écran, lus par une voix off.  L’écran s’escamote,  Alain de Monéys entre en scène.  Avant de partir à la foire, il s’entretient  avec sa mère, en train de préparer le repas… En parfait  décalage avec l’époque, cette cuisine,  la femme qui l’occupe, et la radio qui fonctionne (!) ont un look plutôt années 1950.  La même comédienne interprète tous les rôles féminins fictifs de cette histoire, qui apportent un semblant d’humanité ou d’amour, ou en rajoutent encore à l’horreur. Pendant toute la durée du spectacle, elle cuisine en direct comme en écho à ce qui se trame à l’extérieur…  A cour, deux musiciens, genre men in black,  accompagnent en live tout le spectacle, jusqu’à  ce que la musique elle-même dérive dans un délire électro rock,  en parallèle  à la violence qui enfle…  

Alain descend au village, et croise ceux qui vont être les acteurs de cette terrible journée.  Jean-Christophe Dollé raconte et interprète en même temps tous les rôles.  Insensiblement, les pièces du puzzle commencent à s’imbriquer  et l’on ressent  déjà  l’ambiance électrique. Bien que les « petits évènements » qui  jalonnent  cette journée soient présentés de manière cynique ou humoristique, qu’une histoire d’amour ait été imaginée entre Alain et une jeune villageoise,  que des respirations soient ménagées par des intermèdes musicaux chantés par les comédiens et musiciens, l’intensité dramatique ne faiblit pas, bien au contraire…

C’est un très grand moment de théâtre salué par un tonnerre d’applaudissements, servi par des acteurs formidables,  une musique prenante, une scénographie inventive  par moments délirante,  qui s’appuie sur les éléments de décor modulables constitués par les meubles de cuisine.   Nous sortons de là totalement époustouflés par la  prestation,   tétanisés  face à tant de barbarie que rien ne peut  expliquer, ni la peur, ni la haine, ni la lâcheté, ni les circonstances, ni même la bêtise. Peut être un peu tout cela...  Les exemples sont hélas nombreux d’actes de folie collective, où chacun renvoie la responsabilité sur l’autre. A méditer…

 

Cathy de Toledo

Crédit photo : Gaël Rebel

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