Moi je crois pas 2Spectacle de la compagnie de l’Echarpe blanche (34), vu le 14 Novembre 2013, 19h30 au théâtre Pierre Tabard, Montpellier.


Auteur: Jean-Claude Grumberg

Mise en scène : Jean-Louis Sol

Interprètes : Suzanne de Morlhon et Jean-Louis Sol 

Direction d’acteurs : Jasmine Dziadon

Scénographie et Lumières: Jean-Louis Sol, avec la complicité de Dominique Raynal

Habillage sonore : Alexis Gigord

Remerciements au groupe musical Datcha

 

vivant-3-toiles-4Durée : 1h15

Genre : comédie

Public : adultes et adolescents

Première

 

 

La compagnie de "l'Echarpe blanche" créée en 2000 défend ici une pièce contemporaine sur un sujet d'actualité.


L’intrigue repose sur un extraordinaire dialogue entre Elle, Solange (Suzanne de Morlhon) qui dit croire, et Lui, Henri (Jean-Louis Sol) qui, avec une distance ironique, dit ne pas croire… à quoi ? Aux effets délétères des fayots ou à la vie sexuelle des Brahmanes en passant par l’immaculée conception ou le duc de Bordeaux, etc. Au fil de ces échanges souvent très drôles, le spectateur découvre la nostalgie, les incompréhensions, l’ennui, les regrets, le sexe, la tendresse et l’amour qui ont tissé la vie de ce couple aujourd'hui au seuil de la vieillesse. Les dialogues mesurent le temps qui s’écoule et finissent par trahir l’installation d'une maladie d’Alzheimer chez Henri, jusqu’à l’oubli de tout. 


Dans un salon où canapé et télévision occupent l’espace, les deux comédiens rythment le temps entre les « moi, je crois » de l’une auxquels répondent les « moi, je crois pas » de l’autre. Leurs dialogues ressemblent à des parties de ping-pong où gestuelle, mimiques et intonations montrent l’affrontement répétitif de deux logiques que seuls viennent rompre le sommeil ou quelques moments d’intimité tendre. Au fil de scènes rythmées par l’éclairage, je vois leur relation évoluer. Jean-Louis Sol qui incarne de manière amusante un homme luttant contre le vieillissement, commence à se montrer nerveux, puis perd son entrain, ses mots et la vivacité de son regard, jusqu’à l’effondrement brutal. Suzanne de Morlhon, impeccable en épouse lucide sous une apparence résignée, passe son temps devant des documentaires animaliers qui lui inspirent des réflexions d'une grande cocasserie. D'abord très réactive à la tension qui monte dans le couple, elle opère à la fin de la pièce un retournement spectaculaire en s'adressant longuement et tendrement à un mari au regard vide pour qui maintenant croyances et oubli ne font plus qu’un.  


Traiter ce sujet grave avec légèreté est intéressant et risqué. J’ai trouvé le pari réussi, tout en regrettant que l’écriture présente certaines inégalités, comme par exemple dans les modalités d'installation de la maladie d’Henri. Par contre, j’ai beaucoup apprécié la mise en scène et le solide duo des comédiens qui m’ont semblé porter la pièce avec intelligence, sensibilité et conviction du début à la fin. Ils apportent une finesse et un sens des nuances qui donnent une belle épaisseur et de l’élégance à ces personnages très attachants et nous permettent ainsi de nous identifier à eux. Elément important de la scénographie, le poste de télévision parfois délibérément envahissant joue presque le rôle d’un troisième personnage. Il se fait tantôt médiateur, tantôt témoin bruyant, gouffre infernal ou ouverture sur les instincts animaux, pour finir par se taire lorsqu'une forme de paix émerge avec le rééquilibrage des relations dans le couple.

A la fois drôle et pathétique, à l'image de la vie, ce spectacle étonnant et très bien joué soulève de belles émotions et suscite d’intéressants débats sur l’irruption d’une maladie de type Alzheimer au sein d’un couple. D’une manière plus large, je trouve que le duo complexe qu’il met en scène apporte une jolie contribution en faveur de la paix des ménages ! 

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