la-rampe-TIO_Moliere-doc.jpgSpectacle de la compagnie "La Rampe TIO" (Théâtre Inter-régional Occitan), adapté de "Monsieur de Pourceaugnac" (comédie-ballet de Molière, 1669), vu le 12 Avril 2013 à 19h au théâtre La Vista (Montpellier).


Mise en scène : Jean-Louis Roqueplan 

Adaptation : Marceau Esquieu (professeur de lettres)

Interprètes : Jean-Louis Blénet, Gilles Buonomo, Bruno Cécillon, Yves Durand 

Costumes : Sûan Czepczynski 

Masques : Jérémie Wagner 

Créations lumières : Gilles Buonomo 

Prompteur : Igor Bernadac

 
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Genre : Théâtre en occitan surtitré en français
Tout public à partir de 10 ans 

Durée : 1h20

Sortie de création.


La Rampe TIO, créée en 1974, pose la culture occitane au cœur de sa démarche artistique. Monter une pièce de Molière en occitan avec quatre acteurs masculins pour 16 personnages : un double tour de force pour un résultat proprement jubilatoire !

 

Dans une ville du Languedoc, Julia qui aime Erast a été promise par son père Oront à Monsieur de Pourceaugny, nobliau parisien naïf et ridicule qui arrive pour se marier. Pour le décourager, Erast déguisé en Esbrigani (filou napolitain) va l'engluer dans une succession de mystifications où la victime sera tourmentée par la médecine et la justice. Affolé, Pourceaugny s'enfuit et la farce se termine sur un ultime pied-de-nez à Oront. Dans le texte original Pourceaugnac arrive du Limousin à Paris. Ici l'intrigue est inversée, et le jeu contre l'étranger prend une dimension supplémentaire d'affirmation "provinciale" où Pourceaugnac devient, avec l'accent pointu, "Pourceaugny". 

L'adaptation de Marceau Esquieu reste toutefois fidèle à l'original avec quelques allègements. L'ensemble est enlevé, et traduit la truculence des situations et la saveur des mots. Ainsi "coquette achevée" devient "cucarèla acabada" ! Le prompteur permet de suivre en français sans rien perdre du spectacle. Détail intéressant : dans l'original, Molière faisait parler le personnage de Lucette en occitan.  


Jean-Louis Roqueplan ouvre la pièce, comme il se doit, sur un air de Lully vocalisé par les comédiens dans un jeu de chaises musicales d'où Pourceaugny se fait éjecter : ça démarre fort ! Avec pour seul décor trois chaises et un paravent aux usages multiples, les pièges tendus à Pourceaugny s'enchaînent à un rythme soutenu : examen médical, lavement, confrontations solennelles ou furieuses... Dans ce déchaînement extravagant, seuls médecins et avocats semblent raisonner du haut de leur estrade et de leur savoir écrasant. Quelques chants et danses amusants rappellent que la pièce est à la fois comédie-ballet et farce.

Pourceaugny (joué par Bruno Cécillon, excellent) est d'une crédulité touchante. Il ne comprend rien à la langue ni aux gens, et s'emporte contre ce village où "il pleut des femmes et des lavements" ! Chacun des autres comédiens interprète cinq personnages. Jean-Louis Blénet donne une inénarrable Julie, et un médecin gonflé de savoir. Yves Durand campe un brillant Esbrigani manipulateur, et Erast l'amoureux intrigant. Gilles Buonomo, Oront "père moliéresque" égocentrique, cupide et hypocondriaque, se fait filandreux en apothicaire. Tous trois se répartissent en outre les rôles de deux épouses délaissées, pittoresques et furibardes, deux terrifiants avocats aux masques dédaigneux, deux Suisses, un marchand offusqué, un exempt, une Africaine... Le plaisir des comédiens à interpréter ces personnages désopilants est communicatif. Gestuelle, démarche, et intonations donnent un jeu énergique et souvent rapide. Quant aux interprétations masculines de personnages féminins, elles sont à la fois comiques et convaincantes !

J'ai apprécié la caractérisation des costumes (contemporains) selon les personnages : sobriété, majesté, sérieux, affectation ou cocasserie. J'ai aussi été impressionnée par les capacités évocatrices des masques, notamment concernant l'expression impitoyable de la mécanique judiciaire chez les avocats.

 

Le public, nombreux, a beaucoup ri à ce "divertissement" dont l'écriture n'échappe pas aux critiques chères à Molière. La satire des médecins est dure, les juristes ne sont pas épargnés et il y a du féminisme chez Julia. On est aussi admiratif devant l'audace de Molière osant une accusation de polygamie et une déclaration d'amour d'Erast à Oront ! Par ailleurs, l'ostracisme contre l'étranger rend cette pièce très pertinente à l'heure actuelle...

J'ai moi-même été séduite par ce spectacle de qualité qui associe la saveur de l'esprit de Molière à l'expressivité et à la musicalité de l'Occitan, avec un zeste d'impertinence. Extrêmement drôle et accessible à tous, sans barrière de langue, Molière d'Oc est à voir sans modération et (pourquoi pas) à exporter hors Languedoc !

 

"Pensem plus qu'a nos regaudir ! Lo gand afaire, es de gauzir !" (Molière adapté par M. Esquieu) ou "Ne songeons qu'à nous réjouir ! La grande affaire est le plaisir !"(Molière).

 

Spectacles de la Rampe TIO commentés sur Vivantmag :
http://vivantmag.over-blog.com/article-23817331.html 
http://vivantmag.over-blog.com/article-24484302.html 
http://vivantmag.over-blog.com/article-rugby-club-village-38828280.html 
http://vivantmag.over-blog.com/article-l-estanquet-creation-53274628.html

 

Autre spectacle utilisant des costumes de Suan Czepczynski, commenté sur ce blog : Kan'Ji

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