zigzag michel arbatz poetreSpectacle de la compagnie Zigzags-Michel Arbatz (34), vu le 15 mars à 18h30 au Carré d'Art (Nîmes) et le 17 Mars 2013 à 16h au musée Paul Valéry (Sète) dans le cadre du Printemps des Poètes.

 

Interprêté par des comédiens de la Brigade d'Interventions Poétiques (BIP) : Charo Beltran, Michel Arbatz, Julien Guill, Marc Pastor, Patrick Vendrin.


vivant-3-toiles-4Genre : spectacle de poésie / "puzzle scénique"

Durée : 50 min

Public : adultes et adolescents

Sortie de création

 

La Brigade d'Interventions Poétiques, créée en 2003 à Montpellier sous l'impulsion de Michel Arbatz, rassemble des comédiens qui disent de la poésie par coeur, en tous lieux, toutes circonstances, de façon impromptue ou concertée.


Avec "Poêtre", je découvre un spectacle original et plein d'allant. Ici, pas de succession de déclamations, pas de théâtralisation de textes ni de réflexion distanciée. Au lieu de cela, les cinq comédiens discutent vivement de la poésie, de son «utilité», de ses formes et de ses objets ; et chaque question soulevée déclenche immédiatement une controverse. Circulant entre la salle, les coulisses et la scène, c'est alors par poèmes interposés qu'ils s’interpellent et se répondent, se croisant, s'associant, se dissociant. Scène et salle deviennent des lieux de surprise et de découverte avec la trentaine de textes qui sont ainsi parlés ou chantés, pièces d'un grand puzzle. Cette mise en scène interactive, où les comédiens endossent leurs multiples rôles avec bonheur, prend les spectateurs à témoin. C’est un vrai régal !

 

La tournure souvent contradictoire du débat fait réfléchir, la qualité et la profondeur des textes touchent profondément. Ainsi, lorsque de la salle Julien Guil crie avec Maïakowski « Ça ose s’appeler poète et carcailler tout  gris comme une caille » et continue en bondissant sur scène, nous sommes d'autant plus saisis que Charo Beltran s'approchant tranquillement  l’interpelle alors avec Leonard Cohen « Ne crie pas …l’angoisse des organes que tu tripotes n’intéresse personne ». Plus tard, alors que les cinq comédiens alternent les strophes d’un superbe « Bateau ivre » en rap, c’est pour moi la découverte d’un Rimbaud terriblement contemporain... et une autre vision du rap. Quand Charo chante en espagnol pendant que ses partenaires disent « Le chant » de Guillevic, c’est l’ouverture vers une autre manière d’écouter (et d'entendre) la musique des langues. Lorsqu’étrangement, au milieu du spectacle, tout le monde fait sur scène une pause sandwich qui débouche immédiatement sur « La faune » (de Norge) et « Est-il bon le goût du sang ?», nos propres repas prennent une dimension surréaliste. Et, quand Marc Pastor, Michel Arbatz, Charo Beltran et Patrick Vendrin s'apostrophent sur le sexe par poètes interposés (Neruda, Audiberti, Cortazar,  Petreu et Hardellet) avec des tentatives d'approches variées, c'est l'enchantement... Autant de poèmes, autant d'inattendu !

 

En transmettant la parole d'une vingtaine de poètes, Michel Arbatz et sa brigade nous font passer un merveilleux moment qui laisse des traces. En vers ou en prose, parlée ou chantée, sur le ton de l’humour, du drame, de la passion ou de la mélancolie, la poésie, ce soir-là, nous raconte des histoires, parle de meteo, d’amour, de sexe, de politique et d’aventure, pose des questions fondamentales ou légères, bref, musclée et habitée, elle déroule la vie devant nous... Alors, finalement, à quoi sert la poésie ? Chaque spectateur apportera sa réponse… en reconstituant son propre puzzle.

 

Ce spectacle nous emmène loin du "convenu" et des codes du quotidien. Peu importe que l’on connaisse ou non la poésie, il y a là 50 minutes de bonheur à ne pas laisser passer.

 

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