compagnie-du-leon_questce-que-l-amour.jpgSpectacle de la compagnie du Léon (Pézenas - 34), vu à la Minga (Montpellier) le 14 Février 2013. Se joue aussi en rue.


Création et interprétation : Christophe Martin


Genre : Clown de théâtre (non circassien)

Durée : 60 min

Public : tout public à partir de 8 ans

Création 2011 (Aurillac)


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Ce soir-là, le clown a dû surmonter (avec humour et drôlerie) quelques difficultés propres à l'organisation de ce café associatif.


Une quinzaine de spectateurs dans cette petite salle. Devant un rideau, la scène est aménagée pour une conférence : une petite table, un petit tabouret et, sur le côté, un paper-board (grand rouleau de papier accroché sur un chevalet). C'est donc un spectacle pour gens sérieux. Léon Tramp (Christophe Martin) se présente avec gravité, costume sombre, chemise blanche, cravate... mais les détails ne correspondent pas à l'ambition affichée : vêtements trop courts, mal ajustés, de travers, expression un peu égarée. Après un démarrage hésitant mais solennel, tout se met à déraper et c'est un feu d'artifice de pantomimes, discours décalés, courses, chants. Tramp demande un câlin, un petit geste d'amour, déclare que l'amour c'est bas... haut ... large... petit, que l'amour abîme, que c'est une rédemption... une image, etc.

 

Équilibriste sur le fil de l'amour, pris de doutes, il glisse d’une idée à l’autre. On le voit à la fois perdu et concentré, manger une pomme, chanter Presley et Luis Mariano, aboyer, parler en anglais, pleurer, distribuer des kleenex, des préservatifs, houspiller le technicien-son, parler d’art contemporain ou d'apocalypse, transporter son tableau sur le dos... Cette conférence qui progresse dans un chaos apparent se termine tout de même sur un conseil : "Si tu as l’âme en peine il faut y croire quand même".

Le clown Tramp est assailli de doutes mais obstiné. Il est aussi imprévisible mais concentré. J'ai retrouvé un peu des ambitions pathétiques de Chaplin, de l’application de Keaton, du décalé des Monty Python. J'ai apprécié la grande plasticité de son visage (un peu à la Fernandel), ses pantomimes et ses jeux de mots. C’est cocasse, drôle et jamais dérisoire car Tramp est sincère. Hésitant et décalé, il a constamment besoin d'interagir avec le public et de le sentir en participation. Rien ne lui échappe. Il interpelle l'un ou l'autre, bondit dans la salle, se blottit sur les genoux d'un spectateur... Le public est surpris car rien d'attendu n'arrive. Les rires éclatent. Le clown est insaisissable par définition, celui-ci en particulier.

 

Ce spectacle hilarant touche les spectateurs à double titre. Les conférenciers (occasionnels ou de profession : enseignants, politiciens...) et  leurs auditeurs trouveront là une réjouissante parodie qui met en lumière les émotions que nous tentons d'escamoter. Quant à l'amour, Tramp nous confirme que c'est bien compliqué, et qu'une conférence sur le sujet l'est tout autant. En s'y empêtrant et en détraquant nos mécanismes bien réglés, il déclenche un rire salutaire. En cela le clown s'adresse à tous les publics, grands et petits. 

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