Un opéra de quat'sous-11octobre2013-Jean Vilar-Montpellier

 

Spectacle vu le 11 octobre 2013 au Théâtre Jean Vilar (Montpellier - dept 34).


Texte : Bertold Brecht
Musique : Kurt Weill
Mise en scène : Marion Guerrero
Création son : Thibault Lamy
Professeur de chant : Philippe Laboual
Pianiste accompagnatrice : Barbara Hammadi
Régie générale : Mustapha Touil
Création lumière : Guillaume Allory
Avec les comédiens de la Promotion 2014 de l’ENSAD : Elsa Agnès, Fanny Arnulf, Victor Assié, Laurie Barthelemy, Pauline Collin, Florent Dupuis, Katia Ferreira, Mathias Labelle, Quentin Menard, Valentin Rolland, Morgan Sicard, Camille Soulerin, Vincent Steinebach, Rébecca Truffot. 

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Genre : Un opéra de quat'sous-11octobre2013-Jean Vilar-MontpellierOpéra-comique

Durée : 1 h 30


 

« Le théâtre c’est la jeunesse ! ». Si cette citation n’est de personne, alors on dira que c’est de moi. Ok ?


Du Brecht interprété par de jeunes comédiens (et -diennes) de l’École Nationale Supérieure d'Art Dramatique de Montpellier ; autant dire pleins de hargne, pleins de soif (depuis des années) d’explorer leur champ des possibles, pleins d’envie de dépasser leurs limites, de composer et de créer ensemble dans les larmes, la joie et les fous-rires (bon, euh, oui, là c’est du Brecht), guidés par le regard de la jeune sétoise Marion Guerrero (comédienne et metteuse en scène d’une quinzaine de textes à à peine 37 ans), le tout dans le joli théâtre Jean Vilar. Ca ne pouvait que susciter la curiosité et les papilles culturelles de votre serviteur, vous pensez. !

Le décor fait de forêts de vêtements suspendus, de cadres de grillage, d’un piano joyeux et sulfureux, d’une batterie, et de la photo de Freddy Mercury laissait déjà amplement place à ma grande imagination (mais tout de même pas au point d’imaginer du Véronique Sanson sur des textes de Kurt Weill…). Si je n’ai été moi-même que tardivement éclairée sur la définition de « distanciation brechtienne » (5 mn environ avant le spectacle), il est évident que celle-ci est parfaitement mise en scène dans ce spectacle tout en jeux avec les codes du théâtre, et tout en anachronismes.

Ce que Marion Guerrero aime chez Brecht c’est, je cite, « que le ludique y est au service de l’idée. Reproduire le réel mais avec un effet déformant, grossissant, grotesque […]*».

 

Les 14 comédiens et la pianiste semblaient prendre plaisir à jouer ensemble, comme si tout le groupe avait vraiment confiance. Chacun apportant son univers (parfois de folie), et apprenant à connaître l’autre. Les personnages se dédoublent, se transposent, chantent, se changent ; et c’est dans une impression de liberté totale que je m’imaginais Marion Guerrero et Philippe Laboual (le professeur de chant) apporter leurs conseils, leurs visions pédagogiques, leurs expériences pour aboutir à ce résultat aussi travaillé. La répartition du texte, de la scène et du chant traduisait entièrement la volonté de Guerrero d’expérimenter « ensemble et de manière égale». Le résultat  jubilatoire m'a quand même fait regretter un peu le manque de profondeur dans la mise en abîme, surtout au niveau du chant.

 

N’est pas comédien qui chante, mais là... pari réussi ! Difficile de ne pas songer au travail accompli pour arriver à interpréter avec autant de justesse et de sensibilité le texte de Brecht, mais aussi « Bang Bang » ou « Something Stupid » de Sinatra, « À bout de souffle » de Nougaro ou « Bohemian Rhapsody (Mama) » de Queen… (bon ok, pas en entier, mais quand même…). Et puis tout ça en faisant un moonwalk... car oui, on a eu un moonwalk. Et c’est là que le bât blesse. La menace ne pèse pas. Marion Guerrero tombe parfois dans les filets de la facilité à vouloir libérer les tigres et en tirer la substantifique moelle juvénile. Résultat : tout n'est pas très fin, et la tonalité principale du spectacle devient la farce, oubliant l'aspect prophétique et violent du texte.

 

Mais ces quelques réserves n'enlèvent rien au grand plaisir que j'ai pris à suivre cette histoire extraordinairement moderne (les banquiers en prennent pour leur grade, ainsi que la police, les exploiteurs de misère...) et rythmée au millimètre, à regarder ces comédiens complets et homogènes, et à constater le nombre impressionnant d'idées que Guerrero essaime au gré des scènes. Elle est parfaite pour planter un décor d'un trait de crayon, pour définir un personnage par un simple détail, et pour tirer la sève comique de la moindre réplique. Son spectacle réchauffe le cœur en nous dévoilant une jeune génération d'acteurs impliqués, concernés et très drôles.

*Propos recueillis par Julie Cadilhac – BSC news 

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