VacheriesSpectacle de la Compagnie Zigzags (34), vu à Montpellier, dans le cadre de la ZAT 7, Quartier Boutonnet / Beaux-Arts le 10 Novembre 2013, 14h. Représentation en présence des vaches Tempête et Indienne, accompagnées par leur éleveur Serge Decroix (48).

 

Poèmes dits par Jean-Louis Trintignant et Michel Arbatz  

Musique : Olivier-Roman Garcia

Eleveur et dresseur : Serge Decroix


VIVANT-3-COEURS-5Durée : 30 minutes

Genre : spectacle de poésie et musique

Public : tous

Création 2013 pour la ZAT 7

 

 

Je connais la mise en scène soignée et la qualité pleine de fantaisie des spectacles poétiques de la Compagnie Zigzags. Jean-Louis Trintignant, qui prêtait déjà sa voix à « Villon, la vie », nous fait ici cadeau de sa présence aux côtés de Michel Arbatz et Olivier-Roman Garcia à l'occasion de la 7è ZAT. Combien de spectateurs ? Impossible de les compter tant ils sont nombreux sur cette esplanade où autrefois s'élevait une ferme. Le cadre est fascinant. Au premier rang du public, une belle vache ferrandaise élégamment décorée et sa génisse, toutes deux paisibles. Objets de cet étrange et original débat poétique, il était bien normal qu'elles soient aux premières loges ! Sur l'estrade, les comédiens et le musicien : tout cela crée une vision inoubliable. Que dire des vaches sur le lieu même où elles ont régalé de leur lait quelques générations de Montpelliérains, avant de prendre le chemin de l’abattoir voisin ?


La poésie mène à tout : depuis d’aimables « Vacheries » car « les épreuves de la vie de vache les ont rendues prudentes et secrètes »… jusqu’à un tonitruant « Faut qu’ça saigne ! » de Boris Vian. La guitare d'Olivier-R. Garcia attise mon imagination qui déjà zigzague entre les poèmes. D'une voix troublante Jean-Louis Trintignant plante le décor étrange d'un « pré vénéneux ». Ensuite, un peu d'anatomie : apprenons que la vache a « environ 4 pattes »... La question brûlante du méthane n'est pas éludée du spectacle et la ruminante accusée sort victorieuse de ce débat au terme d'un truculent poème. "Une vache qui méditait" se voit accompagnée par deux guitares mélancoliques (O.R. Garcia et M. Arbatz). Et comme toujours la poésie dit la vie : "Après le pré l’étable / Après l’étable la mort / Et après la mort quoi ?" Enfin, une superbe envolée musicale d'Olivier-Roman Garcia, un débat sur les "morceaux" de l'animal et une amusante discussion entre Trintignant et Arbatz, et Brassens clôt le spectacle.

 

Je les quitte à regret après ce superbe voyage en ruminations poétiques et musicales. Ce spectacle, joué deux fois, était un grand moment de la ZAT. Les textes très diversifiés, choisis chez Apollinaire, Arbatz, Brassens, Dubillard, Rimbaud et d'autres, alternent nostalgie, comique, cruauté, tendresse et une certaine philosophie de la vie. La voix et la diction magiques de Trintignant, la force d'Arbatz, les émotions musicales de Garcia, la complicité des trois artistes soulignée par la mise en scène, tout cela m'a emballée. Une réflexion au ras des pâquerettes m'effleure : après un spectacle pareil je ne peux que changer de regard sur la brique de lait UHT et  rêver d'une ferme en pleine ville... Des pensées plus "élevées" me révèlent la puissance de la poésie, ce drôle de monde où un ruminant vous emporte dans des voyages imaginaires inédits. Ce fut un très beau moment.  

 

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