Vivre!
01 juil. 2015
Présent sur le Off 2015
Compagnie demain il fera jour (51), vu à 14h30, au Théâtre Les Lucioles, le 25/07/2014
Texte et mise en scène : Vincent Clergironnet
Avec : Vincent Clergironnet et Cécile Mauclair
Genre : Théâtre tout public
Durée : 1h10
J’ai découvert l’année dernière l’excellent « Madame K » par la même compagnie et souhaitais prolonger la découverte de son travail, bien qu’elle soit au-delà de la zone géographique sur laquelle l’Adadiff/Vivantmag travaille en priorité.
Vincent Clergironnet, seul sur scène, vient nous parler de son état d’homme, de ses états d’âmes, de ses hématomes, de son état môme. Il est Joseph, le mari d’Isabelle dont la promotion professionnelle l’amène à s’interroger sur qui il est. Car l’ascension professionnelle de sa femme lui inspire des sentiments négatifs malgré son ouverture d’esprit: jalousie, perte de confiance, colère…
« J’ai fait tout ce qu’on attendait de moi… mais je n’ai aucune idée de qui je suis vraiment », nous confie-t-il dans son long monologue, fragmenté par des moments de danse où Isabelle, créature évanescente et pourtant pleine d’énergie, vient nous apporter sa grâce, sa vitalité, sa respiration de vie. Ces moments de danse sont rythmés par des silhouettes, ombres projetées du comédien sur les tissus usés et suspendus à un arbre mort en fond de scène, comme autant de personnages qui lui ont apporté leurs conseils tout au long de sa vie.
Vincent Clergironnet est un remarquable comédien (et metteur en scène) qui nous emmène avec lui et nous fait partager tout haut les questions qui l’interpellent, sur la place de l’homme dans ce monde. Un monde de compétition, de performance, de pression sociale, de tensions professionnelles, de chantage affectif, d’exigences sexuelles…
Ce choix de la confidence, scandé droit sur scène, lui permet de dire ce qu’il ressent, de faire monter sa colère dans une belle dramaturgie, sans être dans la plainte et la rivalité. Il fait juste le constat amer d’un homme à la mer... Il est heureux que les femmes s’émancipent, se libèrent, volent de leurs propres ailes. Il est content pour sa femme. Mais plus elle rayonne, et plus ça le rend malade. Il ne trouve plus sa place dans cette nouvelle distribution des rôles, en tout cas, il a le sentiment étrange que quelque chose le dépasse. Et c’est un appel à se débarrasser des carcans que l’on se construit soi-même, un appel à vivre et à vivre pleinement qu’il nous lance.
Un très beau moment de théâtre.
Eric jalabert