vu à la Tâche d'Encre le 14 juillet 2013 LesVoletsClosvivant-3-toiles-4

dans le cadre du festival Off d'Avignon
Création 2013
Ecrit et interprété par Manuel Pratt
Chargée de communication : Valérie Duburc
Régisseuse : Audrey Anselmi

Genre : Théâtre documentaire
Public de 13 ans et plus qui n’a pas peur de choquer sa conscience
Durée : 55 minutes

Un de mes rendez-vous absolument incontournables quand je peux venir à Avignon, c’est d’aller à la Tâche d’Encre, pour découvrir le ou les derniers spectacles de Manuel Pratt, auteur et comédien admirablement excellent, aiguisé, tendre, prolifique, généreux, poétique, politique, et dont je sais à coup sûr, que je trouverai la sève (pas de mauvais jeu de mot) que j’attends, dans l’un ou l’autre de ses nouveaux écrits. Les yeux fermés, la chose est sûre : l’accueil sera chaleureux (nous sommes accueillis par Pratt lui-même, bien détaché des convenances et courbettes avignoniennes qui te feraient perdre ta précieuse écharpe blanche), la bière sera bonne et tu pourras même la boire avec lui, le texte sera soigné, précis, réfléchi, soucieux de la parole, parfois drôle, parfois cynique, parfois dérangeante, documentée, tendre, et toujours respectueuse, ce que beaucoup n’ont toujours pas compris à propos du banni. (Bon, c’est vrai qu’il a toujours un petit mot pour les militaires, mais ils l’ont bien cherché, aussi).

Ce que j'aime chez Manu Pratt, c'est que l'on plonge autant dans du sadisme malsain que dans l’histoire humaine, souvent la nôtre si l‘on regarde bien… On rentre dans des sujets rares, graves, mais terriblement humains, des sujets moins lisses qui dérangent un petit peu plus les esprits qu‘un simple hommage à Molière ou Barbara : les rapports entre un bourreau et sa victime en Algérie, nos envies de meurtre face au sadisme d’un tueur en série, les conditions de vie de condamnés à mort aux Etats Unis, notre souhait parfois de vouloir voir mourir les autres. Pratt sait nous montrer tels que l’on est, de vrais monstres d‘humains, en somme.

Avec Volets Clos, joué à la Tâche d'Encre à 11h, Manuel Pratt s’assagit (on croirait mal que le soir-même il jouera le pire des gros salauds finis). Nous racontant l’arrivée d’une jeune provinciale à Paris encouragée par une amie d'enfance, le comédien nous plonge dans les sombres couloirs d’une maison close, nous introduit ses filles amusées et craintives (pas de mauvais jeu de mot, on a dit), ses clients et leurs petites manies, les cours d’initiation sexuelle à la Monsieur Paul, sinistre prédateur et maître de maison, tenant ses pauvres petites à coups de giffles et de triques. Pratt ne hausse jamais le ton, ne néglige jamais aucun des personnages, n’humilie personne, leur histoire leur suffit, n’est pas malsain et ne dérange que ceux qui souhaiteraient qu’il se jetât dans le misérabilisme fini. Sous la beauté des lieux, on imagine un monde moins lisse, plus nauséeux. Quid du spectacle s’il avait voulu décrire Pigalle et les affres du Bois de Boulogne ?

Sur les 1200 spectacles du Off d’Avignon, ils ne sont pas nombreux à traiter de l’univers des bordels et des prostituées d’avant 1946. Ni même d’après bien sûr. Manu Pratt si.

     

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