Quand toute la ville est sur le trottoir d’en face
Crédit photo  : Axelle Carruzo

Crédit photo : Axelle Carruzo

Spectacle de la Compagnie 1057 Roses (30), vu au théâtre Artéphile le mardi 19 juillet à 11h55 dans le cadre du festival Off d’Avignon. Relâches les mercredis. Première à Avignon.

De : Jean Cagnard

Mise en scène : Catherine Vasseur

Interprètes : Julien Defaye, Vincent Leenhardt

Scénographie : Cécile Marc

Lumière : Catherine Noden

Univers sonore et musical : Jérôme Hoffmann

Régie : Antoine Marc-Lanoy

Genre : Théâtre contemporain.

Durée : 1h30                                                          

 

Un texte de Jean Cagnard interprété par Julien Defaye, c’est dire si j’étais en terrain conquis : J’apprécie l’auteur et le comédien. Et même plus, je connais le texte et j’ai vu jouer l’acteur dans plusieurs productions assez différentes. Donc je suis rentrée dans la salle en me disant que j’allais passer un bon moment … Doux euphémisme !

 

Les premières répliques fusent, cinglantes, dans le noir absolu. Puis la lumière blafarde arrive et pulse comme du sang dans les veines gorgées de substances illicites.

Il est là, dans ce centre car il faut qu’il s’en sorte. Toxicomane en manque, il vacille entre douleur et espoir. Il se fantasme provocateur pour se prouver qu’il a le contrôle, il s’invente des prétextes pour tenter d’accepter.

Le shoot c’est bon parce qu’il y a l’oubli de l’abomination qui l’a amené là, le shoot c’est mauvais parce qu’il y a l’oubli de ceux à qui il tient. Puis cette souffrance et cette peur qui l’avalent tout entier, qui ne peuvent le digérer et qui le vomissent là, entre ces quatre murs. Il reste seul avec ses fantasmes, dans ce corps qui n’est plus tout à fait le sien, à se battre contre une entité abstraite qui le bouffe. Que peut pour lui cet éducateur désabusé qui croit aux pouvoirs des fleurs ? Pourra-t-il lui faire franchir le seuil des espaces clos de ce centre, de sa tête, de son corps, dans lesquels il est enfermé, pour enfin rejoindre la ville et son trottoir d’en face, avec les autres.

Quel jeu magistral de Julien Defaye qui, même recroquevillé sur lui-même et silencieux, occupe tous les espaces. L’espace de la scène, l’espace du texte, l’espace des tripes du public.

Quelle claque théâtrale ! Une de ces représentations où plus rien n’a subsisté autour de moi, où les mots pour décrire ce que j’ai vécu par procuration n’existent pas encore, où la scène s’est emparée de moi sans me lâcher.

 

Un shoot d’émotion pure !

 

Myriam Chazalon

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