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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 11:39
Rimbaud en morceaux

Spectacle de la Compagnie Beau Parleur (30), vu au Théâtre du Verbe Fou, Avignon Off 2016

D'après l’œuvre d'Arthur Rimbaud

Adaptation, interprétation : Jean-François Homo

Direction d'acteur : Christiane Marciano

Voix off : Romain Isoard

Composition électro-pop/effets sonores : OMOH (Baptiste Homo, Clément Agapitos)

Genre : Théâtre musical

Public : Adultes, jeunes dès 13-14 ans

Durée : 55 min

Création 2016

A l'aube de Mai 68, Jean-François Homo adolescent découvre le désir de liberté et de contestation. Pour ce jeune en révolte, les écrits de Rimbaud ouvrent la voie. Il quitte sa famille et prend la route avec le désir de monter sur les planches et de mener une vie d'artiste. Installé à Nîmes, il crée après Les amuseurs publics associés (années 80), la Compagnie Beau Parleur composée d'artistes professionnels et de bénévoles, amateurs de théâtre. Création théâtrale, action culturelle à l'écoute de son temps... J.F.Homo assume la responsabilité artistique et la coordination. Actions de proximité, formation aux pratiques artistiques, travail avec les scolaires, la compagnie joue pleinement son rôle de tisseur de liens au quotidien. En 2016, elle vient de fêter ses 25 ans.

Seul en scène tout de noir vêtu, avec une malle, une corde et un gouvernail pour seul décor, Jean-François Homo nous résume l'itinéraire de vie du poète à l'âme tourmentée. Pour cette introduction la voix de Romain Isoard l'accompagne (Rimbaud en voix off) et déclame sur des fragments musicaux (groupe OMOH). Au fil du spectacle, Jean-François à la fois lecteur, témoin, interprète, navigue entre œuvre et vie, plonge, s'identifie, refait surface, porté par la transcendance rimbaldienne. Révolte, colère, paroles visionnaires... Cette interprétation innovante n'est pas sans me rappeler Léo Ferré, seul en scène. Force, puissance, délire des mots, des passages périlleux, attention ça tangue !

Tout en respectant une chronologie tant biographique que dramatique, le comédien metteur en scène choisira de garder dans leur intégralité : "Sensation" (mars 1870) et "Saison en enfer" (avril-août 1873), notons que le batteur Gael Galzin intervient en soutien avec du slam sur cette saison-là. Sur le pont, parmi cette poésie qu'il connaît par cœur, Jean-François a découpé patiemment, et sélectionné avec l'irrésistible désir de dire ; pour lui il s'agit d'un retour aux sources. Sous l’œil complice et avec la collaboration artistique de la danseuse-chorégraphe Christiane Marciano, avec les collaborateurs, amis de toujours, Carlos Moreno aux lumières et Albin Fontalba en régie, cet "OPNI", Opus poétique non identifié, entre théâtre et récital, slam et monologue, voit le jour.

Prise de risque, avidité d'expériences de toutes natures, cette création constitue une adaptation contemporaine d'une originalité pertinente. L'acteur à l'âme rimbaldienne est comme soulevé, les mots, les phrases s'en trouvent puissamment éclairés, soulignés. Les options musicales contribuent à faire ressentir au spectateur les paroles visionnaires du poète, cet état de dérèglement en tous sens jusqu'à tutoyer la folie, et passer une "saison en enfer". La puissance des mots est amplifiée par un accompagnement musical actuel et innovant. Pour cette création musicale spécifique, Clément Agapitos et Baptiste Homo (fils de J.F.Homo) ont déstructuré et remodelé l'instrumentation d'une piste musicale appelée "Tequila Sunrise". Ce duo compose le groupe OMOH, largement salué par la critique, en 2013, comme la prochaine sensation french pop.

La poésie de Rimbaud préfigure le surréalisme, révolté qu'il était par l'état du monde d'alors ! Bravo à Jean-François Homo, magistral dans ce solo. Toute sa sensibilité est à la hauteur du verbe et tout son être, sa voix, sert la beauté, la révolte et la liberté. Donner vie à l’œuvre de Rimbaud ainsi, constitue un engagement solidaire et tolérant vers et pour chacun(e) d'entre nous.

Parents, professeurs, amis des poètes, lieux de transmission, ce spectacle constitue une excellente façon de faire découvrir ou retrouver l’œuvre de Rimbaud savamment dépoussiérée, sa rage de vivre, d'écrire, sa soif de liberté.

Lydie-gisèle Brogi

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 10:00
Fight Night
Fight Night

Spectacle de la compagnie Ontroerend Goed (Belgique), vu le 15 juillet 2016, à la Manufacture (patinoire), dans le cadre du Festival d’Avignon Off 2016

Auteur : Ontroerend Goed

Metteur en scène : Alexander Devriendt

Interprètes : Angelo Tijssens, Aurélie Lannoy, Charlotte De Bruyne, Grégory Carnoli, Hervé Guerrisi, Jonas Vermeulen

Texte : Alexander Devriendt, Angelo Tijssens et les interprètes

Traduction française : Aurélie Lannoy, Joeri Smet

Régie générale : Babette Poncelet, Iben Stalpaert

Genre : Théâ-réalité irrévérenc
ieuse

Public : A partir de 14 ans

Durée : 1h10 environ

Création 2016


"Vous avez peut-être déjà vu 'A Game of You', ce spectacle très remarqué au Festival d’Avignon 2009 ?" me pose-t-on comme question dès mon arrivée à la billetterie de la Manufacture. Moi non ; mais c’est aussi ce que j’entendais dans toutes les bouches du bus nous amenant à la Patinoire d’Avignon.

Il n’est pas étonnant que la première chose qui me soit arrivée en allant voir un spectacle de la compagnie Ontroerend Goed, ce soit justement qu’on me pose une question. Ontroerend Goed est un auteur qui interroge son public. Il le questionne avant, pendant, et après le spectacle. Je me demande même jusqu’à quand ça va durer, vu que sa future création parle du "point de non-retour où l’humanité décidera si la terre continuera avec ou sans la présence de l’homme". Délicieux sujet. On a hâte de connaître la réponse. La fin du monde, on n’y est pas encore dans "Fight Night", mais on en approche, c’est certain. On vote pour même, avec un boîtier fourni à chaque spectateur pour "contrôler la situation" durant le spectacle. Nous entrons dans un jeu de "théâ-réalité". Les comédiens nous sont présentés comme des candidats, par un présentateur chargé d’animer la soirée. Des candidats à quoi on se demande, mais l’animateur nous informe qu’ils vont tous les 5 se soumettre à nos votes plus ou moins hésitants (délirants ?), en direct et pendant plusieurs rounds (5 aussi), afin qu’ils soient éliminés un par un et, comme vous le savez, "qu’il n’en reste plus qu’un". Pour la beauté de l’un par exemple ; ou encore pour la potentielle confiance qu’on accorde d'ores et déjà à l’autre ; et quand les 5 candidats ont le droit de prononcer quelques mots pour nous séduire et éveiller en nous de la commisération, puisqu’on nous demande ce qu’on en pense, la sympathie ou le dégoût finit de convertir ce qui n’était qu’un penchant en de vraies actions concrètes. On appuie sur le bouton. Et puis on élimine. Et c’est parfois (plus tard) notre leader qu’on élimine. Nous sommes des êtres conscients, mais pathétiques.

Doit-on forcément voter, d’ailleurs, quand on nous pose une question bête? Je veux dire quand précisément on ne nous donne que des choix absurdes à faire… C’est la deuxième question puissante que je me suis posée, tout comme bien sûr le public. Mon voisin de siège (et précieux ami) s’est bien marré devant mon incapacité rapide et totale à éliminer une personne à cause de la couleur de ses cheveux, par exemple (je ne dévoilerai aucune des vraies questions posées au public). Mais à chaque fois ça marche. Le public a voté. Malgré l’absurdité apparente des propositions, une majorité se dessine. Que signifie cette majorité ? Se sent-on proche des autres ? Et puis… que fait notre leader de cette majorité ? Que reste-t-il d’encore lisible, de la première fois où l’avions "sélectionné" ? La troisième question, si brûlante et si actuelle, qu’Alexander Devriendt choisit évidemment de poser dans "Fight Night", c’est celle des dangers de la démocratie prétendue représentative de la majorité. Et c’est aussi la question des contrôles qu’exerce cette majorité apparente. Que faisons-nous de notre droit de vote ? Que et qui représente-t-il aujourd’hui ? Le faisons-nous dans la même légèreté que lorsqu’on vote pendant le spectacle ? La question n’est jamais abordée frontalement durant la représentation, mais elle s’immisce avec dérision, au second degré, dans un jeu dont tout le monde voit qu’il est absurde, mais auquel tout le monde croit avoir le pouvoir de participer. Que fait-on de ce regard que l’on pose (tous) sur cette situation absurde ? Avec "Fight Night" nous en expérimentons - ensemble - les limites.

La performance de jeu (à mes humbles yeux), consiste en ce que 5 des 6 comédiens qui font face au public chaque soir ont appris 5 textes différents (ils ont tous appris le texte des autres comédiens), et vont devoir en jouer 1, parmi ces 5. Ils ne savent pas lequel avant d’entrer en scène, évidemment, celui-ci étant le fruit de… (Mais cela n’est pas annoncé au public. Alors chut, je ne dis rien.) Ce que je peux vous dévoiler, c’est que le spectacle est (presque parfaitement) joué en français. Car il a été brillamment traduit. Et si vous aimez l’accent belge, "ben, une fois" vous vous régalerez. Deux écrans télé au-dessus du présentateur, 5 candidats sur un plateau, et une table pour 2 consultants techniques qui se tiennent prêts à informer le public sur les statistiques des profils votants. La scénographie et la mise en scène restent simples. Familières. Comme les votes du public. Dommage que la majorité des Belges vivent en Belgique. Mais, allez, on pourrait voter pour une grande tournée de "Fight Night" dans toute la France en 2016! A la veille des élections de 2017, comme ce serait bien…

Danielle Krupa / Allez Zou ! (A voté.)

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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 17:38
Vita#bis ou L'Hypothèse Aveyronnaise
Source : www.influenscenes.com
Source : www.influenscenes.com

Spectacle de la compagnie Influenscènes (94), vu le 11 juillet 2016, au Théâtre du Girasole dans le cadre du Festival d’Avignon Off

Texte : Louise Doutreligne

Mise en scène : Jean-Luc Paliès

Avec : Louise Doutreligne, Alain Guillo, Jean-Luc Paliès, Magali Paliès, Nadira Annan et les voix de Célia Grincourt, Susana Lastreto, Marc Brunet, Philippe Risler, Estelle Andrea, David Baconnet, Julien Clément

Genre : Théâtre, Chant

Public : Adulte

Durée : 1h20

Le titre, bien que mystérieux, reflète un chassé-croisé entre deux thématiques. La trame oscille entre la religion et l’Argentine. Un souffle de spiritualité et de questionnements sur le rejet de la femme qui ne va pas spécialement reposer ni divertir. La salle (grande) n’est pas remplie. Pourtant, il serait dommage de passer à côté de cette pièce en se laissant dissuader par l’aspect "intello" du titre et de l’affiche. Vita#bis ou L’Hypothèse Aveyronnaise ne laisse pas indifférent. "Un éblouissement" résume une spectatrice.

La pièce sort du lot par la qualité de la mise en scène et sa scénographie très travaillée. Même si l’écriture demande une attention particulière, nous ne tombons pas dans une atmosphère pesante. L’émission de radio "Spirales spirituelles" ouvre le bal de manière particulièrement réaliste (tellement qu’on en oublie presque que l'on est au théâtre), la voix et les apparitions enchanteresses d’une chanteuse lyrique offrent une respiration régulière, le décor de la boutique d’un vieil antiquaire nous fait voyager à Buenos Aires, les vinyles de Carlos Gardel et les rétroprojections forment des parenthèses d’évasion poétique…

Nous sentirons l’amour pour l’Argentine jusqu’au bout avec, pour clôturer la pièce, quelques pas de tango traditionnel argentin. On aimerait que cet élan de vie dure un peu plus longtemps car la pièce reste globalement statique. Bien que le titre "Vita#bis" soit une ode à la vie et au renouveau, la représentation ne s’appuie pas sur l’énergie ni le mouvement, à l’image des lectures d’extraits de lettres réalisées derrières des "pupitres" comme dans les conférences. Pourtant, les come-back et les déplacements entre le plateau radio et la boutique à Buenos Aires ne manquent pas. Quitte à se perdre un peu d’ailleurs. Du français, de l’espagnol, du latin et un peu d’anglais. Un bond historique pour remonter à l’époque de Saint-Augustin, alors que l’on croyait encore être en face du lecteur assidu et silencieux de l’étrange librairie argentine…

Même si cette contre-enquête théâtrale met du temps à démarrer, avec l’histoire du payement par carte bancaire du manuscrit découvert par hasard dans la boutique de Buenos Aires et la question incessante "est-ce que le document est un faux ?", le sujet délicat et complexe est amené avec finesse. Le personnage principal, journaliste et auteure du livre à succès "La femme rejetée", rappelle qu’être "spécialiste du fait religieux ce n’est pas être religieux", tout en se considérant agnostique. "L’athée ne croit en rien, l’agnostique doute de tout. Je me range du côté du doute" explique-t-elle. Une citation qui illustre bien le fil rouge de la pièce : le questionnement. Pas de jugement. L’écrivaine reste dans le constat, sans entrer dans une démarche féministe ni anticléricale brutale ou sectaire. Il s’agit d’un éloge fait à la féminité avec intelligence et douceur. "Pourquoi la femme est-elle abandonnée ?" se demande la protagoniste.

La journaliste nous entraîne dans son investigation à la fois personnelle et collective. Est-elle une descendante du chanteur argentin Carlos Gardel dont le père pourrait être un séminariste augustinien originaire de l’Aveyron ? Et dans ce cas, la chasteté de cet aïeul pourrait être remise en cause… On en vient donc au thème principal de la pièce : la place de la femme au sein des religions et, au-delà de la question féminine, le goût de l’Homme pour le plaisir charnel. On découvre alors un Saint-Augustin en proie à ses pulsions, partagé entre son désir et ses convictions. La langue et le crâne seraient liés au ciel, à Dieu, mais pas le sexe. À travers la découverte d’un manuscrit non reconnu par le Vatican, révélant le témoignage de la concubine de Saint-Augustin, la pièce explore le combat intérieur d’une des plus célèbres figures chrétiennes.

Une invitation à un voyage à la fois philosophique et historique. On suit la vie du théologien romain qui deviendra prêtre puis évêque. Sa quête de sens et de soi. La recherche de l’essentiel. La critique d’une société basée sur l’apparence (de l’artisan au couturier) mettant au même niveau l’importance du dedans et du dehors. La culpabilité. La notion de péché à travers le plaisir charnel. Au-delà de l’homme d’Eglise, on découvre l’homme tout court, sa vie, son intimité. Son état dépressif suite à la mort d’un ami. La mort de son enfant. La femme qu'il a abandonnée. On revient alors à la question qui taraude la journaliste-écrivaine : pourquoi l’abandon des femmes, avant même Jésus-Christ, depuis l’Antiquité, à l’image de Didon, reine de Carthage, dont la légende raconte qu’elle s’est tuée après avoir été délaissée par son amant Enée ?

Lauren Muyumba

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15 juillet 2016 5 15 /07 /juillet /2016 06:51
L'opposante
Source : compagnie Via Négativa
Source : compagnie Via Négativa

Spectacle de la compagnie Via Négativa (34), vu le 11 juillet 2016, à la salle Roquille à 19h au festival d’Avignon Off

Auteur : Lydie Parisse

Mise en scène : Lydie Parisse et Yves Gourmelon

Comédien : Yves Gourmelon

Genre : Monologue théâtre

Public : Adulte

Durée : 1h05

Nouvelle création

Une très vieille femme vient de mourir et prend enfin la parole... C’est stupide me direz-vous, quand on est mort, on ne parle pas. C’est pourtant sur ce postulat surnaturel que démarre ce monologue hors du commun, avec comme fil conducteur le lyrisme et la poésie d’un texte qui résonne de manière unique. C’est du théâtre, tout est permis pourvu que cela se tienne et justement cela se tient merveilleusement bien. D’abord et avant tout grâce à l’écriture de Lydie Parisse, une auteure contemporaine bien vivante, également metteur en scène de ce spectacle.

La vieille dame a fini sa vie dimanche dernier et vit ses premiers jours de morte, assiste à son enterrement, ne se prive pas de faire des remarques sur ses enfants, la décoration fleurale... C’est cocasse parfois, tendre aussi et touchant souvent. Avec cette mémoire morcelée par l’âge, par bribes, elle nous livre des passages de sa vie et remonte peu à peu jusqu’au secret tu si longtemps. Bien gardé de son vivant, bien livré de sa mort.

Pour ajouter de l’insolite au propos, ce texte de femme est interprété par un homme : Yves Gourmelon. Aussi étrange que cela puisse paraître, cela ne me gêne pas. Plutôt que de m’identifier au personnage sur scène, je reste ancrée sur la narration. Cela crée un décalage original, accentué par un choix de mise en scène atypique. Durant la première partie du spectacle, le comédien fait une lecture du texte avec la distanciation que produit l’exercice. Par la suite, Yves Gourmelon se dégage du livre pour incarner le texte. C’est très intéressant, pour ma part, c’est la première fois que j’assiste au glissement entre lecture et jeu. J’aime sa façon de dire le texte, avec pudeur et retenue.

"L’opposante" est opposée à l’idée de vivre plus longtemps, elle revendique le droit de mourir. Elle s’oppose à la souffrance et à la déchéance. Le thème est grave mais il est traité ici avec légèreté et profondeur. Il n’y a ni lourdeur ni pathos, parfois même le public et moi-même rions de bon cœur. Je sors de là avec l‘envie de profiter du moment présent, de la vie. Merci ! A voir donc de toute urgence !

Marie-Madeleine Pons

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1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 21:04
C'est (un peu) compliqué d'être à l'origine du monde
C'est (un peu) compliqué d'être à l'origine du monde

Présent sur le Off d'Avignon 2016

Spectacle de la compagnie Les filles de Simone (93), vu au Théâtre du Rond-Point (Paris 8°), le 30 octobre 2015

Mise en scène : Claire Frétel

Texte : Tiphaine Gentilleau

Interprétation : Tiphaine Gentilleau et Chloé Olivérès

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1h10

"C’est (un peu) compliqué d’être à l’origine du monde". Pour une féministe revendiquée et peintre de surcroît, voilà un titre qui avait retenu mon attention alors que je dépouillais le programme du Rond-Point. Le spectacle n’a pas déçu mon attente. En 1h10, tout est dit et diablement bien dit, sur les affres de la maternité dans notre société contemporaine. Parole de femme, parole de mère !

Ce spectacle est une création collective de la compagnie si bien nommée "Les filles de Simone". Tiphaine Gentilleau signe un texte à la fois référencé et hilarant. Elle l’incarne avec brio avec la non moins brillante Chloé Olivérès. Elles sont portées par la mise en scène époustouflante d’inventivité de Claire Frétel.

C’est l’histoire – vieille comme le monde – d’une jeune femme qui devient mère. Vieille comme le monde, enfin, pas tout à fait ! Nous sommes au XXIème siècle, Simone de Beauvoir et le MLF sont passés par là : la jeune femme a donc choisi d’avoir un enfant et elle travaille. Comédienne de son état. Le détail a son importance. Outre la mise en abyme que ce scénario quelque peu autobiographique permet, les horaires atypiques en vigueur dans le métier et le chantage affectif de l’employeur compliquent encore un peu plus ce que chacune d’entre nous connaît si bien !

Bref, en quelques tableaux, nous allons suivre ce devenir-mère depuis le verdict du test de grossesse jusqu’au premier gros craquage de la superwoman épuisée, en passant par tous les rendez-vous incontournables de ce moment clef de la vie d’une femme : la gynéco castratrice, l’annonce à l’employeur, les séances psychédéliques d’haptonomie, l’accouchement et son (in)évitable épisiotomie, la grand-mère abusive, le "congé mater" entre tétées, tétées et re-tétées, le retour à la vie active avec son lot de complications, à commencer par une vie sexuelle en berne.

Chloé Olivérès et Tiphaine Gentilleau endossent tous les rôles et incarnent tour à tour cette mère en devenir dans tous ses états. Ce choix de mise en scène est judicieux car il permet de généraliser le problème : ce n’est pas le one man show d’une jeune mère, c’est le problème de la maternité et de toutes les injonctions paradoxales dont elle est l’objet dans notre société contemporaine qui est montré. C’est un spectacle éminemment politique.

Ce qui fait la force du spectacle, c’est l’équilibre parfait entre la forme et le fond et qui irrigue la totalité de la représentation, du texte au jeu en passant par les accessoires.

Avec notre jeune accouchée, nous révisons notre bréviaire féministe. Car elle interpelle Simone de Beauvoir et Bad-Inter (jeu de mot de l’auteure) pour leur demander des comptes. Et quand Edwige Antier et Yvonne Knibiehler s’en mêlent, ça devient tout bonnement inaudible par rapport à la réalité de la maternité.

Car la maternité et tout ce qui y affère, c’est cru. Le texte n’y va pas par quatre chemins et dit tout haut ce que nous savons toutes – nous les mères – mais que la bienséance (patriarcale ?) nous somme de taire. Surgit soudain l’image désopilante de Rachida Dati qui "joue à Madame la Ministre" au lendemain de son accouchement.

En pleine lumière, Cloé Olivérès et Tiphaine Gentilleau nous parlent comme à des copines. Elles nous montrent les photos de leur gosses ; elles nous parlent de périnée, de slips-filets, de sexe, elles nous offrent en dégustation ( !) le lait qui jaillit sans prévenir des têtons ou bien un p’tit bout de placenta parce que c’est revigorant. Ce n’est jamais vulgaire car c’est toujours admirablement interprété et mis à distance par des accessoires aussi simples (ballon de baudruche, drap, poupon…) qu’efficaces. Ainsi, en guise de nudité, elles portent sous leur petite robe estivale une espèce de combinaison gaine qui dessine une anatomie grotesque. Les poils pubiens se dé-scratchent pour devenir barbe postiche du psy, immanquablement consulté pour résoudre la quadrature du cercle : comment être la meilleure des mamans possible tout en vivant sa vie de femme moderne dans une société qui nous enjoint d’être parfaite dans les deux rôles sans pour autant nous en donner les moyens !

C’est un spectacle drôle, enlevé, sur un sujet bizarrement tabou et pourtant fondamental. Il est porté par deux comédiennes talentueuses, débordantes d’énergie et d’authenticité. C’est un spectacle d’utilité publique ! Le public, justement, ne s’y est pas trompé et a offert une ovation des plus méritées à ce spectacle collectif. A voir absolument !

Catherine Wolff

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30 juin 2016 4 30 /06 /juin /2016 23:08
King du Ring
King du Ring

Présent sur le Off 2016

Spectacle de la compagnie Corps de Passage (84), vu au théâtre Artéphile, Festival d’Avignon 2015

Auteur : Rémi Checchetto

Interprète : Adeline Walter
Metteuse en scène : Alexi
a Vidal

Genre : Théâtre « Mouvementé »
Public : Adulte à partir de
14 ans

Durée : 1h30

C’est après 20 spectacles en tout et 3 spectacles le même jour que je suis allée voir « King du ring ». Jamais je n’aurais dû.

Jamais je n’aurais dû avoir les paupières si lourdes et gonflées par le manque de sommeil. Jamais je n’aurais dû avoir le cerveau si ralenti par la chaleur et la moiteur des rues. Jamais mon cœur n’aurait dû faillir tant, balayé par des mâchoires que je ne pouvais contenir en arrivant. C’est ainsi que je suis montée sur le Ring. KO. Et pourtant.

Et pourtant jamais combat ne fût aussi beau.

Dans le glossaire sur la boxe de Wikipédia, on peut lire à la lettre I : « Incertitude événementielle: caractère de ce qui ne peut être déterminé, connu à l’avance. Dans les sports de combat, l’incertitude donne une indication sur le caractère imprévisible du comportement adverse ». Partons de là. C’est une actrice, pas un acteur qui arrive sur scène, une belle jeune femme blanche en tenue de boxe (même pas le nez cassé), autour de laquelle le Ring se dessine au fil de l’exploration du texte.

Le 1er coup part, et c’est par le portrait intime et psychologique d’un homme (Mohamed Ali), qu’Alexia Vidal nous invite à entrer dans le jeu. Un texte long comme une bonne vingtaine de rounds alors qu’un match en moyenne ne durerait qu’une douzaine de rounds, voyez ? Mais un match de la vie en quelque sorte. Un match qui secoue le monde avec des mots pour se révolter et le mettre KO. Un match avec des coups mortels, douloureux, portés ou reçus, amorcés, esquissés par Adeline Walter dans un souffle gracieux et quasi unique durant l’intégralité du spectacle. Un texte qu’elle joue de manière très impressionnante, performante, incarné dans sa chair, par la viande qui frappe, qui porte des coups oui à la vie, à la toute-puissance, à la dignité, à la force, à la souffrance, sans jamais y mettre de point final.

En contrepoint de cette densité physique, un discret mais prenant travail de vidéo enferme ou libère ce corps, contredit la nudité du plateau : cadre du ring, évaporations de fumée, suave envol d'oiseaux sur un paysage d'Afrique, cette délicate scénographie prolonge la lecture induite par la comédienne : ça parle de coups, oui, de boxe et de corps, de rythme et de danse, mais ça parle aussi d'émancipation, de combat pour la reconnaissance des Noirs dans une Amérique raciste et violente, de révolte. Et quand résonnent, à la toute fin, les notes de « Strange Fruit » et que sont projetées sur le corps de la comédienne les images d'Ali en pleine démonstration de grâce, on se dit que ce texte et sa mise en scène réussissent l'impossible : faire de la politique en parlant de chair.

Sur la base de deux définitions du petit Robert : « Théâtre » et « Mouvementé », la compagnie Corps de passage (ou Cordes pas sages) basée à Avignon adapte le texte de Rémi Checchetto dans « un théâtre en mouvement, accidenté et vivant », inattendu, beau, dense, profond d’intelligence, impressionnant dans les choix de mise en scène, dans la scénographie et dans le jeu d’acteur, mêlant le corps au mot, la chair à la syntaxe, le sang aux battements d’ailes, la guerre aux papillons.

Certainement une des propositions les plus travaillées entre toutes celles ce que j’ai pu voir (avec cet autre : « Sur la Page Wikipédia de Michel Drucker il est écrit que ce dernier est né un douze septembre à Vire » de et par Anthony Poupard, mais toujours pas Francis Lalanne, non), « King du Ring » est la démonstration spectaculaire qu’un texte long et exigeant, saisissant par ses multiples lectures, peut être mis en scène et interprété brillamment.

Danielle Krupa / Allez Zou !

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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 15:52
Opium
Photo : Anya Tikhomirova
Photo : Anya Tikhomirova

Spectacle de La Zampa (Artistes Associés), vu à L'Odéon (Théâtre de Nîmes), le 9 mars 2016

Une proposition de : Magali Milian et Romuald Luydlin

Avec la collaboration de : Laurent Benard, Benjamin Chaval, Sophie Lequenne, Valérie Leroux,Romuald Luydlin, Corine Milian, Magali Milian, Manusound, Lucie Patarozzi, Denis Rateau, Marc Sens, Anna Vanneau

Collaboration, phase préparatoire : Julien Cernobori (journaliste/anthropologue), Soraya Hocine et Anya Tikhomirova (photographes), Corine Milian (chanteuse), Marc Sens (guitariste)

Genre : Danse contemporaine-Cabaret-Concert

Public : Adultes et adolescents

Durée : 1h10

Création 2016

D’emblée, le son propulse le public dans une autre dimension, en dehors du cadre ordinaire : "l’ivresse pour s’extirper du réel" comme l’annonce le texte de présentation du Théâtre de Nîmes (dont La Zampa est artiste associé pour les saisons 2015 et 2016). De quoi manquer de repère, se perdre et s’oublier. Comme l’opium, "la drogue de l’oubli", qui a inspiré le titre. Pendant un peu plus d’une heure, les spectateurs vont osciller entre la frénésie musicale et la nonchalance des corps.

Dès les premières secondes, une musique assourdissante se propage dans la salle de L’Odéon de Nîmes. Toutes les rangées sont occupées et les spectateurs attendent patiemment que la lumière se fasse sur scène. Mais le son électronique se prolonge crescendo et semble ne jamais s’arrêter. Presque infernal dans son semblant d’éternité. Venant tout droit du plateau, la musique "en live" annonce déjà la couleur d’un spectacle vivant. Trois musiciens, un chanteur et quatre danseuses sont sur scène. Petit à petit, leurs silhouettes plongées dans le noir se dessinent. Certains spectateurs se débouchent les oreilles, enfin. Les danseuses tournent lentement autour d’une table, comme les humains peuvent tourner en rond dans leur quotidien.

Jusqu’à la fin, la chorégraphie restera assez statique, sans doute pour représenter l’immobilisme des néo-révolutionnaires ou montrer l’espèce de schizophrénie humaine poussant à crier au scandale, implorer le changement, déborder d’énergie et d’idées, sans pour autant réussir à atteindre ses idéaux. La pièce navigue entre les notions d’individu et de collectif, d’indifférence et d’engagement politique. Pour faire ressortir cette ambivalence, la compagnie s’est appuyée sur la pensée d’Hannah Arendt. Mais encore faut-il le deviner... Les quelques paroles vides de sens adressées au public représentent-elles la tendance à parler plutôt qu'à agir ? L’étrangeté et les propos décalés déclenchent des rires dans la salle… ou laissent pantois. Le rythme très morcelé s’inspire d’un cabaret (plutôt sombre que festif, ne serait-ce qu’au niveau des couleurs), à l’image des costumes déjantés et dépareillés des danseuses qui se changent sur scène.

Cette fragmentation, ces cassures sonores, ces changements de tenues, brisent définitivement toute tentative de lecture linéaire, comme pour montrer l’absurdité de ce monde. Sans doute une manière d’exprimer la difficulté à "faire peuple" puisque la compagnie interroge la notion de communauté et de groupe. Les masques "cabaret" portés par les danseuses en début de spectacle représentent-ils l’hypocrisie cachée derrière certains discours qui unissent les Hommes autour d’une nation, d’un idéal commun, pour le meilleur et pour le pire ? Soudainement, une voix "off" masculine parle de guerre avec un accent et raconte avoir "tué à 15 ans".

Mais derrière cette critique sociale martelée par la batterie, la guitare électrique et des chansons en anglais à tendance rock, on perçoit aussi de la beauté et de l’harmonie. Par moment, les mouvements s’accordent. Des galipettes en file indienne, délicates, aériennes, parfaitement maîtrisées, apportent un peu de légèreté et de douceur en bord de scène. L’absence d’élan, sublimée par la danse, semble s’infiltrer dans chaque membre du corps : une paresse dévore les danseuses, parfois jusqu’à leur chair, dévoilant leurs torses et leurs seins nus. La nudité serait-elle un passage incontournable du spectacle contemporain ? La pièce se veut originale mais utilise des mécanismes qui ont un air de déjà-vu. Cela pourrait passer, mais l’on aimerait surtout que passe l’émotion…

À la fin, la boucle est bouclée. On retrouve la même configuration qu’au départ autour d’une table. Un tableau qui semble illustrer l’aspect cyclique, répétitif, des crises et des euphories sociétales. La musique se déchaîne alors que les corps s’engourdissent. Les applaudissements, eux, sont énergiques et des "bravos" fusent dans la salle. Le public semble toutefois mitigé. Derrière moi, j’entends un adolescent conclure : "je n’ai rien compris". Si l’expression des corps en danse contemporaine n’est pas toujours compréhensible ou accessible aux profanes, le travail esthétique et recherché de La Zampa mérite tout de même d’être souligné. Leur création s’inscrit dans un projet lancé il y a plus d’un an : le fruit d’une collaboration avec un journaliste anthropologue et deux photographes.

Lauren Muyumba

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 20:49
L'Apoplexie méridienne
crédit photo : JO Badia
crédit photo : JO Badia

Spectacle de la Cie Rhapsodies Nomades (34), vu le 10 Fév. 2016, 20h, au théâtre Jean Vilar, Montpellier (34)

D'après "Voyage au bout de la nuit" (Partie africaine) de L.F. Céline (1932)

Mise en scène : Chloé Desfachelle

Avec : Antoine Bersoux et Gahé Bama

Chorégraphie : Gahé Bama

Création lumière : Clélia Tournay

Scénographie : Antoine Bersoux et Chloé Desfachelle

Genre : Théâtre

Durée : 1h15

Public : Tous à partir de 15 ans

Création 2016

Premier roman de Céline, "Voyage au bout de la nuit" utilise des éléments biographiques mais reste une œuvre de fiction où l'auteur révèle sa vision désabusée et cynique de la condition humaine. Rhapsodies Nomades a déjà monté la première partie de l'ouvrage où le personnage principal, Bardamu, affronte la guerre de 14. La compagnie propose ici une adaptation de la deuxième partie, dite "africaine". Après la guerre, Bardamu (A.Bersoux) part en Afrique et devient tenancier de comptoirs de brousse. Il y découvre un autre enfer et touche une fois de plus le "bout de la nuit". C.Defaschelle explore et nous donne à voir la puissante beauté du langage de Céline, chargé de nihilisme et d'ironie. Bardamu raconte sans détours ce qu’il voit : le comportement ignoble de Blancs investis de pouvoir ; la vie pathétique et dérisoire des petits employés européens ; la misère, les mauvais traitements et les humiliations subies par les Noirs ; la veulerie de ceux d’entre eux qui se commettent avec les Blancs ; les trafics, l’hypocrisie, l’inutilité de tout. Maladies étranges, dysenterie, délires enterrent les derniers rêves des pauvres types coincés comme lui dans cet enfer. Témoin lucide mais détaché, il n'intervient pas. Un Noir (G.Bama) accompagne son récit. Tantôt immobile, tantôt bougeant au rythme d’une chorégraphie douloureuse, ironique, déchaînée ou cruelle, il ponctue le texte de sa présence et pousse le spectateur à s’interroger sur le couple Blanc-Noir. Lumières, musique, bruitages, masques accentuent la beauté morbide de ce voyage entre pénombre et nuit.

Tout dans ce spectacle restitue fidèlement le tracé de cette œuvre qui ne franchit jamais la frontière la séparant des "bons sentiments" : le cynisme y dédouane de toute compassion, les observations fines sont cruelles, la sensibilité évacue toute empathie. Excellent, A.Bersoux parle, invoque ou crie avec les mots de Céline. Il se dresse, chancelle, s’assied ou se replie sur lui-même et me fait visualiser les nuits terrifiantes, les levers de soleil dorés avec des ciels splendides, la forêt et le fleuve au son des tam-tams, la case miteuse d’un Blanc paumé, l’eau boueuse pour boisson, les conserves immondes pour pitance, etc. Les éclairages sculptent le visage du comédien et, au paroxysme de son délire, n’en laissent plus deviner que la charpente osseuse. Il y a du tragique, du burlesque et du fantastique. On retient sa respiration, mais on rit aussi. Chants africains et morceaux musicaux très choisis (Gabon, Côte d'Ivoire) accompagnent la narration. L'introduction, entre mythe et réalité, du personnage africain joué par G.Bama, donne un peu de sens et d'humanité dans la cruauté oppressante du texte. Sur une belle chorégraphie, il danse ou s’immobilise, se rapproche de Bardamu, s’en éloigne ou disparaît pour laisser la place à un danseur masqué. J’ai vu là un regard plein d'humour sur les fantasmes des Blancs, la tentative de partage d'une humanité commune et l’abîme creusé par le colonialisme. Les deux comédiens ne sortent à aucun moment d’un cercle délimité au centre de la scène. Le Noir et le Blanc sont ainsi enfermés dans une vie sans destin et liés l’un à l’autre par l’absurdité d’un système destructeur. La mise en scène exprime ainsi remarquablement le roman qui ne nous fait grâce d’aucun détail, n’épargnant rien ni personne, les bons comme les méchants. A la sortie du spectacle, je me suis plongée dans la relecture du "Voyage au bout de la nuit".

Le seul nom de L.F.Céline est indissociable d'un débat à jamais ouvert : quelle place donner à la beauté et au style novateur du roman face aux engagements ignominieux de son auteur ? Où situer et comment apprécier la singularité de la création littéraire dans l'Histoire ? La mise en scène de cette œuvre est toujours un pari, et il est ici réussi. Les lecteurs de Céline, autant que ceux qui souhaitent le découvrir et les amateurs de littérature, trouveront dans ce "Voyage" un très beau spectacle et matière à discussions fondamentales.

(La compagnie se déplace avec son régisseur lumière.)

Catherine Polge

Autre spectacle de la Cie sur le blog : La petite poule qui voulait voir la mer

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 00:33
Music-Hall
Music-Hall

Spectacle de la compagnie Hybrides & Compagnie et de la compagnie Où sommes-nous, vu le 15/03/2016, au Théâtre de la Reine Blanche, Paris 18ème

De : Jean-Luc Lagarce

Interprétation : Jacques Michel

Mise en scène : Véronique Ros de la Grange

Son : Alain Lamarche

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Le Théâtre de la Reine Blanche présente depuis le mois de janvier le spectacle "Music-Hall", un solo sur le monde du théâtre. C’est en voisine que je suis venue entendre ce très beau texte de J.L. Lagarce, admirablement porté par Jacques Michel.

"Mais, Madame, l’histoire, qu’elle est-elle ?" demande l’un des boys à la Fille avant de prendre, comme tous ceux qui l’ont précédé, la poudre d’escampette. D’histoire, il n’en n’est point d’autre que le récit nostalgique, digne et doux-amer de celle qui fut jadis une grande artiste de music-hall.

"Au point où nous en sommes" et toute honte bue, la Fille devient "je" et raconte à un public qu’elle sait absent (et de fait, nous étions 17 pour une jauge de 150 places environ) la déliquescence de sa gloire inversement proportionnelle au triomphe des "goguenards". Les goguenards, ce sont, au choix, le public irrespectueux ou les tenanciers véreux de salles éculées perdues au bout du monde. "J’en pleurerais !"

"Mais jouons quand même !", "faisons semblant !" Seule, juchée sur un tabouret, entourée de rideaux rouges à paillettes, la Fille fait son numéro : elle chante en play-back des airs de Joséphine Baker, elle ébauche quelques pantomimes et suspend son public à ses lèvres.

La performance est d’autant plus remarquable qu’Elle est un homme, Jacques Michel. Le comédien est travesti juste comme il faut pour incarner la gloire déchue. Son jeu est subtil, fait d’alternances de sourires, de silences, de soliloques drôles et ironiques. Il porte haut le verbe de Lagarce. Les dictons sont légion. Les mots ont quelque chose de précieux, presque de suranné pour mieux souligner l’époque révolue de "l’amour de l’art".

"Music-Hall" est une forme très resserrée autour du jeu et du texte. Sa force consiste à nous faire sentir ce quelque chose de dérisoire qui est l’apanage de notre présence au monde.

Catherine Wolff ​

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 22:31
King Kong Théorie d'après Virginie Despentes
King Kong Théorie d'après Virginie Despentes

Spectacle de la Compagnie 411 Pierres (75), vu au Théâtre des déchargeurs (Paris 1°), le 19/01/2016

D'après l'oeuvre de Virginie Despentes

Adaptation et mise en scène : Emmanuelle Jacquemard

Interprétation : Marie-Julie Chalu, Célia Cordani, Ludivine Delahays, Anissa Kaki, Lauréline Romuald

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1h15

Le chaleureux Théâtre des déchargeurs a le grand mérite d’avoir pris le risque de coréaliser le spectacle de la toute jeune Compagnie 411 Pierres qui met en scène, de façon admirablement convaincante, le brûlot féministe de Virginie Despentes, "King Kong Théorie".

"King Kong Théorie" (2006) est un essai autobiographique. Par ce livre, Virginie Despentes inaugure un genre original où, de ses expériences personnelles, traumatiques (le viol) ou transgressives (la prostitution choisie, la pornographie), l’auteur tire matière à une théorie féministe crue et combative. Les questions posées, comme pourquoi le désir est culturellement masculin, sont essentielles. Les réponses esquissées sont paradoxales. Ainsi, contrairement aux abolitionnistes, Virginie Despentes postule que la prostitution, activité certes pas anodine (nuance de l’auteur), peut être l’espace d’une reconstruction narcissique, d’une expérimentation de la sexualité, d’une vraie autonomie financière, d’une découverte de la solitude masculine.

La force de la Compagnie 411 Pierres est d’avoir réussi à faire entendre la profondeur du texte, son ironie et sa colère, sans le dénaturer. D’emblée l’espace scénique nous plonge dans le paradoxe. Nous entrons en salle tandis que sur scène, dans un décor dépouillé d’institut de beauté, 5 jeunes femmes s’apprêtent. Ce lieu, girly entre tous, devient tout autant espace de confidences trash que ring. Tantôt en peignoir, tantôt en sous-vêtements, les 5 comédiennes alternent vécu et théorisation de ce vécu. Le jeu est très physique. Elles dansent, parlent, s’engueulent mais s’empoignent aussi. Pour relater les scènes de sexe, elles s’enduisent le corps d’une sorte de mousse à raser aux effets tout à fait suggestifs.

Au-delà de la mise en scène, la qualité du spectacle tient aussi à la performance, dans tous les sens du terme, des 5 comédiennes. Chacune à sa manière s’approprie ce "je" et l’incarne tantôt avec douceur et fragilité, tantôt avec rage et colère, dans une sorte de monologue à 5 voix. Et malgré le sérieux du propos et la dureté du vécu, l’humour et l’ironie sont toujours sous-jacents. Ainsi, quand il est question de la masturbation féminine, l’une d’entre elle nous en fait une démonstration jouissive….à l’aide d’un brumisateur !

Ma seule réserve concernerait la dernière scène. Au beau milieu d’une tirade et alors que les jeunes femmes sont rhabillées, le noir tombe comme pour censurer la parole de la femme dans l’espace social. L’idée est intéressante mais le noir dure trop longtemps et l’effet n’est pas tout à fait maîtrisé. Mise à part cette remarque, "King Kong Théorie d'après Virginie Despentes" présenté par la Compagnie 411 Pierres est un très bon spectacle. Le texte, bien adapté, est fort dans son propos comme dans son écriture. Le questionnement qu’il soulève est généreusement porté par une équipe dynamique et pleinement investie. Elle propose d’ailleurs de poursuivre la réflexion à l’issu de la représentation. Je n’ai pas osé. Cependant, toutes m’ont convaincue de franchir le cap et de lire Virginie Despentes, finalement moins sulfureuse que féministe et sociologue de premier ordre.

Catherine Wolff

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