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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
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les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

5 janvier 2022 3 05 /01 /janvier /2022 22:54
lemonde.fr

lemonde.fr

Un vivant qui passe

 

Un spectacle produit par le Festival d’Automne et le Téâtre de la Bastille (75) et vu au Théâtre de la Bastille (Pantin) le 4 janvier 2022.

 

D’après Claude Lanzmann

Adaptation : Nicolas Bouchaud, Eric Didry, Véronique Timsit

Mise en scène : Eric Didry

Comédiens : Nicolas Bouchaud, Frédéric Noailles

Genre : théâtre

Public : tout public à partir de 14 ans

Durée : 1H35

 

Fort de son succès, « un vivant qui passe » a joué les prolongations. J’ai donc pu, après que mon compagnon le découvre seul, jouer la session de rattrapage. En amont, nous l’avions tellement décortiqué - jusqu’à revenir à la source primaire - que j’ai eu peur d’un ressenti biaisé. Mais l’amie qui m’a accompagnée  a confirmé ce sentiment mitigé.

 

 

« Un vivant qui passe » est une adaptation du documentaire de Claude Lanzmann sorti en 1997 à partir des rushes non utilisés de « Shoah ». « Un vivant qui passe », c’est l’expression inouïe du protagoniste, Maurice Rossel, délégué au CICR, missionné pour recueillir des informations sur Auschwitz et Theresienstadt - et qui n’a rien vu.

Le décor, plutôt dépouillé se compose de deux espaces. A cours, la reconstitution fidèle, sous forme de trompe-l’œil, de la pièce dans laquelle Maurice Rossel a été interviewé par Lanzmann. A jardin, un espace neutre, délimité par des panneaux grisés et qui contient, au sol des enceintes et quelques cartons Cauchard. Côté cours évolue Nicolas Bouchaud dans le rôle de Rossel ; le côté jardin étant plutôt réservé à Frédéric Noailles, alias Lanzmann.

Les comédiens endossent parfaitement leur rôle. Ils sont drôles et fort pertinents quand, en préambule, ils expliquent leur méthodologie, rappellent le contexte historique, précisent le lexique. Ils sont touchants dans les deux petits intermèdes sous forme de pantomime. Ces indéniables qualités, soulignées par un travail lumière qui rythme la joute, ne compensent pas les faiblesses théâtrales.

Il y a d’abord, à mon sens, une erreur de casting. Frédéric Noailles est trop jeune pour le rôle. Par ce choix, Nicolas Bouchaud a peut-être voulu montré que, contrairement à l’argument derrière lequel se planque Rossel, « la valeur n’attend pas le nombre des années ». Peut-être a-t-il voulu camper la jeune génération qui demande des comptes. Il n’empêche, ça ne passe pas et ça révèle un manque de choix dramaturgique. « Un homme qui passe » se réduit trop à une translation  du documentaire sur les planches. Les incessants bruits de fond, le ballon rouge qui apparaît ou la coucou qui sonne et interrompent l’interviewe sont de piètres stratagèmes pour faire théâtre. Le mystère Rossel, c’est « un vivant qui passe », qui est supposé voir et voir au-delà mais qui ne voit rien. La question de la révélation est donc cruciale et si le théâtre à quelque chose à dire en plus, c’est bien là.

 

« Un vivant qui passe » a le grand mérite de transmettre le travail de Claude Lanzmann. Mais c’est une transcription littérale et au final amoindrie de l’original.

 

Catherine Wolff

 

 

 

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9 décembre 2021 4 09 /12 /décembre /2021 00:02
Dracula
Dracula

Un spectacle produit par la compagnie « Plexus Polaire » (89) et vu au TQI le 8 décembre 2021.

Texte : inspiré de Bram Stoker

Mise en scène : Yngvild Aspeli

Comédiens et marionnettistes : Pascale Blaison, Dominique Cattani, Yejin Choi, Sebastian Moya, Marina Simonova

Musique : Ane Marthe Sørlien Holen

Fabrication marionnettes : Yngvild Aspeli, Manon Dublanc, Sébastien Puech, Elise Nicod, Pascale Blaison

Scénographie : Elisabeth Holager Lund

Genre : marionnettes

Public : adulte

Durée : 1H05

 

A la réouverture des salles au printemps 2021, à l’affût de la moindre opportunité, J’avais découvert l’incroyable travail de la Compagnie « le plexus polaire ». C’est donc tout naturellement que s’est imposé leur dernier opus, « Dracula ».

« Dracula », fantastique aidant, est un bon client pour l’art de la marionnette. Sur un plateau plutôt modeste en taille, Yndvild Aspeli et son équipe se plaisent à brouiller les dimensions pour créer un univers mystérieux et inquiétant. Des lumières en gobos se difractent sur la pénombre et les miroirs tandis que la musique installe une atmosphère de film d’angoisse. Au début du spectacle, Murnau n’est jamais loin. D’ailleurs, le texte, dit en anglais, est sur-titré dans des cartouches qui rappellent le cinéma muet. A mesure que le spectacle avance, il se libère de cette référence pour mieux se centrer sur le jeu des 5 comédiens-marionnettistes et leur rapport ambigu aux marionnettes grandeur nature. Dédoublement des personnages, jeu masqué, danse ou fusion avec les marionnettes, cette difficulté à dire qui interprète quoi participe du trouble de l’histoire.

C’est précisément là où le bât blesse, l’histoire. Le choix de resserrer au maximum la narration sur quelques épisodes de l’œuvre de Bram Stocker interdit au spectacle de décoller. Les redondances sont légion et on finit par s’ennuyer un peu.

Le « Dracula » de la Compagnie « le plexus solaire » est plastiquement superbe mais quelque peu décevant.

Catherine Wolff

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5 décembre 2021 7 05 /12 /décembre /2021 22:20
Mère
Mère

 

Un spectacle produit par  le Théâtre National de la Colline (75) et vu le 4 décembre 2021 au Théâtre National de la Colline.

 

Texte : Wajdi Mouawad

Mise en scène : Wajdi Mouawad

Comédiens : Odette Makhlouf, Wajdi Mouawad, Christine Ockrent, Aïda Sabra, et dans le rôle de l’enfant (sauf erreur de ma part, le programme ne précise pas lequel des quatre  jouait précisément le 4 décembre !) Emmanuel Abboud ou Théo Akiki ou Dany Aridi ou Augustin Maîtrehenry.

Genre : Théâtre

Public : adulte

Durée : 2 H10

 

Quand Wajdi Mouawad est à l’affiche, aucune hésitation, j’y vais. Quitte à être comme ce soir, à l’issue de la représentation de « Mère », perplexe.

 

Dans « Mère », Wajdi Mouawad inaugure un genre relativement nouveau au théâtre, l’autobiographie. Mais au-delà de son cas personnel, il s’agit en cinq tableaux, d’interroger les ravages de l’exil sur les individus.

Le spectacle commence façon seul-en-scène. Wajdi Mouawad, après les annonces d’usage en amont de la pièce, entreprend de nous présenter la genèse de son travail et les choix de traduction pour l’arabe libanais. Précision cruciale qui permet d’entendre un langage oriental fleuri et comique, du moins au début. Puis le metteur en scène s’efface derrière les comédiens qui l’incarnent lui et ses proches 34 ans auparavant. Le spectateur est témoin d’un huis-clos étouffant, hystérique et exubérant dans ce qui fut, pendant 5 ans, leur meublé parisien.

La reconstitution, standards de variété et de jingle compris, est parfaite. Une pièce unique dotée du strict nécessaire : une table pour s’adonner de façon obsessionnelle à la cuisine, un canapé et un fauteuil simili Louis XV, une reproduction du « vase bleu » de Cézanne, un transistor, une télé, un téléphone. En fond de scène  un panneau pour les projections et les sur-titrages.

Le jeu est époustouflant de justesse, en particulier pour la mère et le tout jeune Mouawad. Il laisse exploser la douleur du déracinement, la peur de la perte de l’identité et le choc des cultures,  la séparation d’avec le père et mari resté au pays, l’atomisation de la famille réfugiée au quatre coins du monde, la violence de la guerre enfin et qui envahit tout : ce sont  d’abord ces images d’archives projetées à mesure que le 20H se déroule en présence même de la vraie Christine Ockrent, c’est ensuite ce téléphone, seul cordon avec le monde extérieur, dont la sonnerie se meut peu à peu en tir de mitraillette ; ce sont enfin ces histoires « drôles » que l’on se raconte en faisant la cuisine et dont les narrateurs n’entendent même plus la part d’horreur. Dans cet espace, Wajdi Mouawad, dans le rôle de régisseur plateau, erre tel un fantôme de théâtre ou tel l’adulte d’aujourd’hui qui regarde avec recul ceux d’avant. Autant cette présence muette fait sens, autant la scène où il convoque sa mère morte pour un dialogue entre adultes frise le pathos.

L’articulation entre l’histoire personnelle et la grande histoire est donc parfois bancale. L’histoire est tristement plate dans le sens où, théâtralement parlant, il n’y a pas d’intrigue. Tout repose sur l’hystérisation de la mère, si admirablement réussie que le spectateur ressort les oreilles saturées. Pour eux, c’est moins la reproduction du tableau de Cézanne qui aura servi de fenêtre extérieure que ce jeu admirable, ces clins d’œil au années 80 et la surprise de voir Christine Ockrent jouer le jeu.

 

La salle a longuement ovationné. Les comédiens le méritaient amplement. Sur le fond, c’est l’acte politique de Wajdi Mouwad que je salue : à l’heure des discours obscènes à force d’être décomplexés, il est essentiel de rappeler que l’on ne fuit pas son pays par opportunisme et que l’exil est bien souvent un naufrage.

 

Catherine Wolff

 

 

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5 décembre 2021 7 05 /12 /décembre /2021 21:25
La Villette.

La Villette.

Age of rage

Un spectacle produit par  l’internationaal Theater Amsterdam vu le 1 décembre 2021 à la Grande Halle de la Villette.

 

Texte : d’après Euripide et Eschyle

Mise en scène : Ivo Von Hove

Chorégraphie : Wim Vanderkeybus

Scénographie et Lumières : Jan Versweyveld

Musique : Eric Sleichim

Comédiens : Achraf Koutet, Aus Greidanus jr., Chris Nietvelt, Gijs Scholten van Aschat, Hans Kesting, Hélène Devos, Ilke Paddenburg, Janni Goslinga, Jesse Mensah, Maarten Heijmans, Majd Mardo, Maria Kraakman, Birgit Boer.

Danseuses : Bai Li Wiegmans, Flory Curescu, Emma Hanekroot

Musiciens : Bl !ndman, Hannes Niewlaet, Yves Goemaere, Ward Deketelaere

Genre : Théâtre, danse et musique

Public : adulte

Durée : 4 H

 

 

« Age of rage » avait doublement retenu mon attention dans la programmation de la Villette : l’histoire des Atrides monté par Ivo Von Hove que je croyais, à tord, issu du TG-Stan laissait présager une belle aventure théâtrale. Mon ressenti est plus mitigé mais il est sujet à caution dans la mesure où il ne porte que sur la première partie.

 

Ivo Von Hove a réalisé un montage de six pièces d’Euripide et d’une d’Eschyle. En quatre heures, il synthétise l’histoire, la retranscrit surtout du point de vue des femmes et en facilite l’intelligence par la projection récurrente de la généalogie.

A l’ambition narrative répond l’ambition scénographique. C’est une très grosse machine : quinze comédiens-danseurs, quatre musiciens, un plateau immense que sépare en deux dans la longueur une cloison en métal ajouré qui dissocie l’extérieur de l’intérieur et fait office de support pour les projections. En avant-scène, on compte encore deux tours ainsi que les cintres, également mis à contribution. A ces éléments fixes, s’ajoutent force lumières, fumigènes, braseros et sang. Le ton de la fureur est donné.

Le spectacle abonde en belles trouvailles : c’est d’abord le bruit lancinant du sang qui coule, c’est l’ironie de 3 meuleuses qui servent à aiguiser les couteaux des sacrifices. C’est aussi la bitte d’amarrage de la première scène qui symbolise, à elle seule, l’armada en partance pour Troie mais qui devient, dans ce but, autel sacrificiel d’Iphigénie. Une fois immolée, l’image de la comédienne qui danse en robe rouge dans l’Ether est projetée. Et l’image se démultiplie à mesure que les enfants des héros, grecs ou troyens, sont sacrifiés. C’est encore cette image de Tantale qui traverse le plateau en rappelant sa malédiction, à contre-jour et dans un nuage de fumée. C’est enfin ces chorégraphies sauvages qui ponctuent les différents épisodes.

Mais à titre personnel, j’ai du mal avec ce type de grosses machineries. Elles sont plastiquement superbes mais tendent à écraser le jeu. Et à part la comédienne qui interprète Hécube, l’émotion n’est pas au rendez-vous. A décharge du projet, c’est peut-être un problème de langue. En principe, j’évite les spectacles sur-titrés. En l’occurrence, ma confusion sur le parcours d’Ivo Von Hove m’avait induite en erreur. Pis, le sur-titrage est ici si mal placé et la police si petite qu’on s’épuise à lire. L’effort était tel que la migraine est venue et que j’ai quitté les lieux à l’entracte.

 

La première partie d’« Age of rage » est spectaculaire au sens littéral. C’est plaisant mais ce n’est pas uniquement cela que je viens chercher au théâtre.

 

 

 

 

 Catherine Wolff

 

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24 novembre 2021 3 24 /11 /novembre /2021 19:07
Battre encore
Battre encore

Spectacle produit par Cie La mue/tte (54) et vu au théâtre Mouffetard le 16 novembre 2021.

Mise en scène : Delphine Bardot et Pierre Tual

Interprètes : Delphine Bardot, Bernadette Ladener et Amélie Patard

Genre: Théâtre et marionnettes

Public : à partir de 12 ans

Durée : 1 h

Au tout début de ce spectacle, la poésie des marionnettes, la musique sud-américaine, le violoncelle et le jeu subtil des 3 comédiennes pourraient nous transporter dans un monde imaginaire et bucolique : il n'en est cependant pas question dans la mise en scène de ce conte qui s'inspire d'un drame qui s'est vraiment déroulé  : l'assassinat de 3 sœurs « Mariposas », surnom des soeurs MirabaI, dominicaines assassinées par le dictateur Trujillo en 1960. Le spectacle interpelle aussi sur la lutte des femmes et des peuples qui refusent toute forme de dictature.

Dans ce conte, trois jeunes filles sont invitées à un bal donné par un oppresseur avide de s'emparer des plus belles filles du royaume. Dans un tango aussi langoureux qu'inquiétant, les trois comédiennes mènent le bal magistralement, en compagnie de marionnettes grandeur nature, (magnifique moment) mais elles ne se soumettent pas et tentent de résister au monarque et à ses hommes de main. Elles n'y parviendront pas mais la révolte grondera et redonnera voix au peuple d'opprimés et de laissés pour compte.

Le message reste clair : la lutte n'est pas terminée. Tous les peuples opprimés peuvent et doivent relever la tête et ne pas se soumettre à la dictature, même si la mort en est souvent le prix à payer.

Dans tout le spectacle, il n'y a pas besoin de mots pour invoquer la domination et le refus de se soumettre aux dictateurs, tant le langage corporel est « parlant »... Le masculin devient un « corps-objet » dans ce duo dansé qui renverse les clichés traditionnels.

Chaque tableau du spectacle présente une spécificité et une réelle poésie. La musique y tient un rôle prépondérant, Les marionnettes sont stupéfiantes et les comédiennes, parfaites, nous embarquent dans un monde qu'on aimerait juste imaginaire...

 

Evelyne Karam

 

 

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13 novembre 2021 6 13 /11 /novembre /2021 02:00
Hamlet
Hamlet

 

Un spectacle produit par la compagnie Kobal’t (75) vu le 15 octobre 2021 et le 12 novembre 2021, respectivement au Mac Créteil et au Théâtre des Sources à Fontenay-aux-Roses.

 

Texte : William Shakespear

Traduction, dramarturgie : Clément Camar-Mercier

Mise en scène : Thibault Perrenoud

Comédiens : Mathieu Boisliveau, Pierre-Stefan Montagnier, Guillaume Motte, Aurore Paris, Thibault Perrenoud

Genre : Théâtre

Public : adulte

Durée : 2 H

 

 

Mon ami voulait me faire découvrir la compagnie Kobal’t. Et à travers cet « Hamlet », quelle découverte ! Si exceptionnelle qu’à peine vue, j’ai repris des places en lointaine banlieue pour montrer cette merveille à mes filles et chroniquer.

 

-L’une des grandes forces de la mise en scène tient dans le dispositif scénique : tout est fait pour que le spectateur soit non seulement témoin du drame mais aussi acteur de la farce de la folie qu’Hamlet joue pour piéger son oncle criminel. Aux gradins habituels répondent des volées de gradins en arrière-scène et à cour. Quelques spectateurs sont même invités à prendre place sur le plateau autour de quelques tables disséminées.  A l’angle de l’arrière-scène, côté cour, telle une chaire, une mini-scène qui porte les reliefs du récent mariage fait office de loges pour Horatio et Hamlet. La porte dérobée qui permet l’accès aux coulisses est également mise à contribution. Nulle autre fioriture. Plateau nu, effets de lumière et de sons, costumes plutôt contemporains et place au jeu.

-L’autre réussite du spectacle réside dans le jeu. Les cinq comédiens qui endossent au moins deux rôles (sauf Hamlet) se délectent d’un texte modernisé, cru et qui balance. Tous les registres sont convoqués depuis le fantastique jusqu’à l’outrance vulgaire en passant par l'émotion pure. Il y a une sorte de lâcher-prise hyper-maîtrisé dans un jeu très physique qui sait aussi laisser place au silence. Thibault Perrenoud qui incarne Hamlet mène le jeu dans tous les sens du terme : son interprétation est époustouflante et crée une telle complicité avec le public qu’il  repousse les frontières entre le réel et le théâtral.

- Les mises en abyme qu’affectionne tant Shakespeare sont ici magnifiées. C’est tantôt Hamlet qui exige le silence du public devant le stratagème de sa folie, c’est tantôt un spectateur qui devient « un muet figurant » (la fameuse scène du crâne), c’est encore l’ellipse judicieuse de la fin de la pièce qui offre une dernière occasion de saynète dans la saynète. Traversé d’émotions contradictoires, entre théâtre et réalité, raison et déraison, le spectateur perçoit le monde à l'unisson d' Hamlet.

 

Le « Hamlet » de la compagnie Kobal’t est un grand spectacle et l’inégalé « Hamlet » de Chéreau est, sous une toute autre forme, égalé.

 

 

 

Catherine Wolff

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26 septembre 2021 7 26 /09 /septembre /2021 22:48
Sébastien Marchal

Sébastien Marchal

Madame Fraize

 

 

Un spectacle produit par le TS3prod (75) et vu au Théâtre du Rond-Point le 25 septembre 2021.

 

Texte : librement inspiré de George Langelaan

Mise en scène : Papy

Comédiens : Marc Fraize

Genre : théâtre

Public : adulte

Durée : 1H15

 

 « Madame Fraize »ne faisait pas partie des spectacles que j’avais sélectionnés cette année. Mais mon ami, désirant le voir, je me suis laissé convaincre. Ma chronique est totalement paradoxale : à titre personnel,  je n’ai que moyennement aimé ; mais force est de reconnaître que « Madame Fraize » est un bon spectacle.

 

Madame Fraize est l’épouse de Monsieur Fraize auquel Marc Fraize avait déjà manifestement consacré un épisode. Cette ignorance du background a, nul doute, participé à ma réserve. Marc Fraize est donc travesti : robe longue verte, passe-coudes en latex rose, escarpins à bride rouges, perruque. N’hésitant pas à pousser la chansonnette, Madame Fraize semble être l’originale de son lotissement. Elle ne cache pas une certaine langueur mais c’est une bonne copine. Elle aime à raconter à son interlocutrice imaginaire, à la salle toute entière parfois, les petits riens du quotidien, les aléas de la vie de couple et les leçons qu’on peut en tirer.

Seul en scène, sonorisé, sur un plateau nu à l’exception d’une table haute de bistrot et d’un tabouret, Marc Fraize campe un personnage attachant et tendre, au sourire ravageur. Sa façon d’habiter le silence, de prendre son temps et de l’étirer, ce temps, d’un geste minimaliste jusqu’à l’absurde, est rare au théâtre et drôle. Et lorsque Madame Fraize vante les bienfaits de l’écoute au sein du couple, elle se lâche dans un très joli numéro qui rompt avec une certaine monotonie du timbre.

 

Madame Fraize est spectacle atypique : seul en scène, ce n’est pourtant ni un numéro de cabaret, ni un stand-up. C’est le partage, le temps d’un spectacle, des petits et grands tracas d’une femme de la classe moyenne. Sans mépris de classe, je l’espère, le propos ne m’intéresse pas plus que cela. Mais la salle a été conquise.

 

Catherine Wolff

 

 

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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 20:28
Théâtre des Bouffes du Nord

Théâtre des Bouffes du Nord

La mouche

 

 

Un spectacle produit par le Théâtre des Bouffes du Nord et la Compagnie Point Fixe (75) et vu au Théâtre des Bouffes du Nord le 14 septembre 2021.

 

Texte : librement inspiré de George Langelaan

Mise en scène : Valérie Lesort et Christian Hecq

Comédiens : Christian Hecq (sociétaire de la Comédie-Française), Valérie Lesort, Christine Murillo, Jan Hammenecker

Scénographie : Audrey Vuong

Plasticiennes : Carole Allemand et Valérie Lesort

Genre : théâtre

Public : adulte

Durée : 1H30

 

 

Il semblerait enfin que ce soit pour de bon ; la reprise des spectacles. Et pour compenser sans doute ces  deux années de presque abstinence, la saison démarre beaucoup plus tôt qu’à l’accoutumé. Et c’est tant mieux. En guise d’inauguration, j’ai choisi d’aller voir « la Mouche » ; moins attirée par l’histoire imaginée par George Langelaan  que j’ignorais (il en existe pourtant deux versions cinématographiques dont l’une de Cronenberg) que par la présence de Christine Murillo, à priori gage de qualité. Je suis sortie mitigée

 

 La mouche » met en scène, dans les années 60, une maman en âge d’être grand-mère et qui vit  avec son grand dadet de fils, Robert, qu’elle aimerait enfin caser. Le problème, c’est que Robert, la cinquantaine, n’a guère d’autre passion dans la vie que de mettre au point une machine à téléporter,  Par son mode de vie, ce duo atypique et le ton comique évoquent souvent  les Deschiens dont le chien qui évolue sur scène est une allusion directe. Mais suite aux aléas de la machine à téléporter, cet univers de petites gens bascule soudainement dans le fantastique, sorte anti-version de la « Métamorphose » de Kafka.

Le décor rend admirablement compte du déterminisme social : en avant scène, une pelouse dégarnie et un parterre qui ne l’est pas moins malgré son inévitable nain de jardin. En fond de scène, un rideau de fer qui, une fois levé, laisse apparaître le laboratoire de Robert avec force consoles et habitacles. Le garage prend appui sur un mur aveugle traversé par des gouttières. A cour, une caravane, des attrape-mouches en tout genre, un clapier, une télé. L’ensemble est bien exploité et participe largement à la tonalité décalée des protagonistes.

Quelques scènes soulignent avec bonheur ce drôle de monde : la saignée du lapin, les aventures du chien Charlie qui par la grâce de la machine de Robert devient Laïka avant de finir en charpie, la métamorphose de Robert en mouche et sa déambulation sur le mur aveugle.

Mention spéciale donc aux plasticiennes et à la scénographe. Mais le jeu est inégal, desservi par un texte un peu bancal. Il est dommage, à mon sens, qu’il faille attendre les dernières minutes pour en venir à la métamorphose de Robert. Ce déséquilibre dans la construction provoque un manque cruel de rythme et des longueurs au risque de l’ennui.

 

« La mouche » est un spectacle populaire et divertissant, riche en belles trouvailles visuelles.  Mais la focalisation sur le phénomène social plus que sur le phénomène fantastique m’a parfois laissée planer ans le vide.

 

 

Catherine Wolff

 

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31 juillet 2021 6 31 /07 /juillet /2021 13:07
Histoire de la violence

Spectacle de la Compagnie Anima Motrix (85), vu à la Manufacture à 13 h 45. Dans le cadre du festival OFF d’Avignon, du 7 au 31 juillet 2021.

 

Metteur en scène : Laurent Hatat et Emma Gustfasson

Chorégraphe : Emma Gustfasson

Interprètes : Mathias Zakhar, Julie Moulier, Samir M'Kirech

 

Durée : 1 h 30

Public : plus de 15 ans

Genre : théâtre contemporain, nouvelle création

 

Histoire de la violence alors histoire du viol ? Non, histoire d'un viol, celui d'Édouard Louis, mais qui le détruit trop pour ne pas prendre les dimensions du monde.

Reda l'a pris de force un soir de Noël. Mais à la suite de cette violence fondamentale, d'autres violences lui sont faites : le comédien chargé d'interpréter le rôle du jeune écrivain doit courir après les projecteurs qui éclairent par fractions, par fragments le plateau, courir, crier pour ne pas rester dans l'ombre, pour que son témoignage soit entendu des policiers. Ses plus grands cris de douleurs succèdent au viol ; c'est lorsque à l’hôpital on examine avec mépris ses blessures qu'il est encore plus étranglé, le comédien se courbe, nos souffles sont coupés. Si "faire ce qu'on ne veut pas faire" est une définition du viol elle renvoie également à la violence omniprésente à laquelle Édouard est confronté alors qu'il se sent exclu de sa propre histoire, forcé de la raconter. Violence par-ci, violence par là, et même contre Reda réduit au stéréotype du “maghrébin” alors qu’il est kabyle.

 

Si Reda reste le grand coupable, le théâtre nous présente un homme aux traits charmants, conforme à la description qu'en donne Édouard. Il danse avec chaleur, aborde élégamment ce blondinet égaré entre les flocons qui pleurent du plafond, l'invite à tournoyer contre son corps pour la beauté du geste, et le geste est beau parce qu'ils sont beaux de le prolonger. Pas d'ironie tragique, on sait que la tragédie arrive pourtant rien ne l'annonce, ils font l'amour, deux, trois fois et déjà on comprend que le viol sera d'autant plus insupportable, agressif, douloureux, d'avoir été insoupçonné. La représentation scénique qui en est donnée est tellement surprenante qu'on en est pétrifié : un enchaînement chorégraphique précis et qui se répète, les corps roulent au sol, série d'à coups, Édouard est pantin, Reda aussi, et ça recommence. “Tu n’as plus besoin de parler, ton corps raconte ton histoire” mais une fois que les traces de coups, de coupures, de strangulation auront disparu, qui racontera l’histoire ?

 

La violence de l'agression sexuelle existe aussi par son esthétisation, sa transformation, par cette manière qu'ont les personnages de voler à Édouard sa parole trouée : les jacasseries et digressions de sa sœur retranchent souvent dans un coin de scène son corps qui danse, tremble et tombe en silence. Clara se plaint à son mari ainsi qu’au spectateur de n'avoir pas été mise au courant plus tôt, s'étonne de cette horreur qu’il ressent à la vue du bonheur des uns et de l’illégitimité qu’il attribue aux malheurs des autres, se plaint, s’étonne, s’épouvante en remuant fort les bras. “La guérison vient de la possibilité de nier le réel” pourtant Edouard y est sans cesse ramené. Comment renouer avec son histoire ? Le théâtre qui s’approprie ses mots et lui greffe un visage au-dessus d’un corps, n’ajoute-t-il pas une violence symbolique à la violence physique, politique et sociale dont il est déjà la proie ? Non, car son roman polyphonique accueille toutes les voix idiotes ou cruelles qui accaparent sa bouche et s’il ouvre la bouche ce n’est pas pour crier, mais pour trouver un accord, un milieu, une parole qui puisse être entendue.

Edouard ne hurle jamais, mais arrache les longues bandes noires pendues comme des barreaux de prison au fond de scène transparent : nos œillères tombent, nos oreilles s’ouvrent, on commence à voir ce qui se murmure parmi les éclats et alors la violence s’éclipse un peu.

 

Célia Jaillet

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28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 09:10
Rabudôru, poupée d'amour

Spectacle de la Compagnie La Cité Théâtre (14), vu au théâtre des Halles à 14 h. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet. 

 

Interprétation : Alexandre Chatelin, Laura Deforgue, Didier de Neck et David Joncquieres

Mise en scène : Olivier Lopez

Public : à partir de 12 ans

Genre : théâtre contemporain

Durée : 1 h 30
 

Rabudôru est le nom de la femme qui succède à Lysistrata : cette dernière chez Aristophane ne fait plus l'amour à son mari, il faut bien lui trouver un substitut. Rabudôru ne se révolte pas, ne se refuse jamais, et conservera toujours les traits sublimes et plastiques de sa jeunesse.

Rabudôru est une poupée d'amour. Si elle ne vient pas remplacer Nora, elle est directement fabriquée dans l'usine au sein de laquelle elle travaille. Elle était sortie de sa maison de poupée depuis Ibsen, la voilà qu'elle y retourne. Mais Nora ne peut accepter la représentation de femme-objet véhiculée par la poupée alors elle saisit dès la première scène le mégaphone, revêt un "chapeau bite" et organise un véritable mouvement de révolte qui porte alors préjudice à cette entreprise au sein de laquelle son mari travaille aussi. Alors que le couple était parfaitement heureux et harmonieux, Thierry abandonne ses valeurs et condamne la lutte dans l'espoir d'augmenter son salaire et leur bonheur mutuel, Nora ne le reconnaît plus, on voit ses yeux agrandis par la vidéo projetée en fond, pâlir, se perdre, jusqu'à pleurer. 

Il faut donner du sens à ces poupées d'amour, ces poupées sexuelles, alors Thierry décide d'en offrir une à son père malade pour mettre en lumière un potentiel effet thérapeutique. Pareil au vieil Eguchi des Belles endormies (Kawabata) le vieil homme atteint d'Alzheimer fait la rencontre de ses souvenirs enfouis, renoue avec sa langue maternelle, cesse de compter opiniâtrement cette cinquantaine de fourchettes et retrouve son sourire. Alors comment se positionner ? On dit oui ou non à la poupée qui dit oui ? De la même manière que la scénographie n'évolue pas - avec ses néons stricts et immobiles, ses deux caméramans, sa table - l'alternative n'est pas résolue. On préfère noyer le poisson en allongeant les scènes, en ajoutant quelques digressions et un concert de rock mené par le médecin chargé de diriger l'enquête sur la poupée, Madeleine. Est-ce son pouvoir de séduction et de mise à nu qui a causé cette conversion soudaine vers la musique ? Ce qui est certain, c'est que Madeleine, incarnation plastique des proportions du nombre d'or, beauté rousse et dérangeante, ne laisse pas indifférent, même si son visage, indifférent, il l'est. 

 

Célia Jaillet

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