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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
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les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

26 septembre 2021 7 26 /09 /septembre /2021 22:48
Sébastien Marchal

Sébastien Marchal

Madame Fraize

 

 

Un spectacle produit par le TS3prod (75) et vu au Théâtre du Rond-Point le 25 septembre 2021.

 

Texte : librement inspiré de George Langelaan

Mise en scène : Papy

Comédiens : Marc Fraize

Genre : théâtre

Public : adulte

Durée : 1H15

 

 « Madame Fraize »ne faisait pas partie des spectacles que j’avais sélectionnés cette année. Mais mon ami, désirant le voir, je me suis laissé convaincre. Ma chronique est totalement paradoxale : à titre personnel,  je n’ai que moyennement aimé ; mais force est de reconnaître que « Madame Fraize » est un bon spectacle.

 

Madame Fraize est l’épouse de Monsieur Fraize auquel Marc Fraize avait déjà manifestement consacré un épisode. Cette ignorance du background a, nul doute, participé à ma réserve. Marc Fraize est donc travesti : robe longue verte, passe-coudes en latex rose, escarpins à bride rouges, perruque. N’hésitant pas à pousser la chansonnette, Madame Fraize semble être l’originale de son lotissement. Elle ne cache pas une certaine langueur mais c’est une bonne copine. Elle aime à raconter à son interlocutrice imaginaire, à la salle toute entière parfois, les petits riens du quotidien, les aléas de la vie de couple et les leçons qu’on peut en tirer.

Seul en scène, sonorisé, sur un plateau nu à l’exception d’une table haute de bistrot et d’un tabouret, Marc Fraize campe un personnage attachant et tendre, au sourire ravageur. Sa façon d’habiter le silence, de prendre son temps et de l’étirer, ce temps, d’un geste minimaliste jusqu’à l’absurde, est rare au théâtre et drôle. Et lorsque Madame Fraize vante les bienfaits de l’écoute au sein du couple, elle se lâche dans un très joli numéro qui rompt avec une certaine monotonie du timbre.

 

Madame Fraize est spectacle atypique : seul en scène, ce n’est pourtant ni un numéro de cabaret, ni un stand-up. C’est le partage, le temps d’un spectacle, des petits et grands tracas d’une femme de la classe moyenne. Sans mépris de classe, je l’espère, le propos ne m’intéresse pas plus que cela. Mais la salle a été conquise.

 

Catherine Wolff

 

 

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16 septembre 2021 4 16 /09 /septembre /2021 20:28
Théâtre des Bouffes du Nord

Théâtre des Bouffes du Nord

La mouche

 

 

Un spectacle produit par le Théâtre des Bouffes du Nord et la Compagnie Point Fixe (75) et vu au Théâtre des Bouffes du Nord le 14 septembre 2021.

 

Texte : librement inspiré de George Langelaan

Mise en scène : Valérie Lesort et Christian Hecq

Comédiens : Christian Hecq (sociétaire de la Comédie-Française), Valérie Lesort, Christine Murillo, Jan Hammenecker

Scénographie : Audrey Vuong

Plasticiennes : Carole Allemand et Valérie Lesort

Genre : théâtre

Public : adulte

Durée : 1H30

 

 

Il semblerait enfin que ce soit pour de bon ; la reprise des spectacles. Et pour compenser sans doute ces  deux années de presque abstinence, la saison démarre beaucoup plus tôt qu’à l’accoutumé. Et c’est tant mieux. En guise d’inauguration, j’ai choisi d’aller voir « la Mouche » ; moins attirée par l’histoire imaginée par George Langelaan  que j’ignorais (il en existe pourtant deux versions cinématographiques dont l’une de Cronenberg) que par la présence de Christine Murillo, à priori gage de qualité. Je suis sortie mitigée

 

 La mouche » met en scène, dans les années 60, une maman en âge d’être grand-mère et qui vit  avec son grand dadet de fils, Robert, qu’elle aimerait enfin caser. Le problème, c’est que Robert, la cinquantaine, n’a guère d’autre passion dans la vie que de mettre au point une machine à téléporter,  Par son mode de vie, ce duo atypique et le ton comique évoquent souvent  les Deschiens dont le chien qui évolue sur scène est une allusion directe. Mais suite aux aléas de la machine à téléporter, cet univers de petites gens bascule soudainement dans le fantastique, sorte anti-version de la « Métamorphose » de Kafka.

Le décor rend admirablement compte du déterminisme social : en avant scène, une pelouse dégarnie et un parterre qui ne l’est pas moins malgré son inévitable nain de jardin. En fond de scène, un rideau de fer qui, une fois levé, laisse apparaître le laboratoire de Robert avec force consoles et habitacles. Le garage prend appui sur un mur aveugle traversé par des gouttières. A cour, une caravane, des attrape-mouches en tout genre, un clapier, une télé. L’ensemble est bien exploité et participe largement à la tonalité décalée des protagonistes.

Quelques scènes soulignent avec bonheur ce drôle de monde : la saignée du lapin, les aventures du chien Charlie qui par la grâce de la machine de Robert devient Laïka avant de finir en charpie, la métamorphose de Robert en mouche et sa déambulation sur le mur aveugle.

Mention spéciale donc aux plasticiennes et à la scénographe. Mais le jeu est inégal, desservi par un texte un peu bancal. Il est dommage, à mon sens, qu’il faille attendre les dernières minutes pour en venir à la métamorphose de Robert. Ce déséquilibre dans la construction provoque un manque cruel de rythme et des longueurs au risque de l’ennui.

 

« La mouche » est un spectacle populaire et divertissant, riche en belles trouvailles visuelles.  Mais la focalisation sur le phénomène social plus que sur le phénomène fantastique m’a parfois laissée planer ans le vide.

 

 

Catherine Wolff

 

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31 juillet 2021 6 31 /07 /juillet /2021 13:07
Histoire de la violence

Spectacle de la Compagnie Anima Motrix (85), vu à la Manufacture à 13 h 45. Dans le cadre du festival OFF d’Avignon, du 7 au 31 juillet 2021.

 

Metteur en scène : Laurent Hatat et Emma Gustfasson

Chorégraphe : Emma Gustfasson

Interprètes : Mathias Zakhar, Julie Moulier, Samir M'Kirech

 

Durée : 1 h 30

Public : plus de 15 ans

Genre : théâtre contemporain, nouvelle création

 

Histoire de la violence alors histoire du viol ? Non, histoire d'un viol, celui d'Édouard Louis, mais qui le détruit trop pour ne pas prendre les dimensions du monde.

Reda l'a pris de force un soir de Noël. Mais à la suite de cette violence fondamentale, d'autres violences lui sont faites : le comédien chargé d'interpréter le rôle du jeune écrivain doit courir après les projecteurs qui éclairent par fractions, par fragments le plateau, courir, crier pour ne pas rester dans l'ombre, pour que son témoignage soit entendu des policiers. Ses plus grands cris de douleurs succèdent au viol ; c'est lorsque à l’hôpital on examine avec mépris ses blessures qu'il est encore plus étranglé, le comédien se courbe, nos souffles sont coupés. Si "faire ce qu'on ne veut pas faire" est une définition du viol elle renvoie également à la violence omniprésente à laquelle Édouard est confronté alors qu'il se sent exclu de sa propre histoire, forcé de la raconter. Violence par-ci, violence par là, et même contre Reda réduit au stéréotype du “maghrébin” alors qu’il est kabyle.

 

Si Reda reste le grand coupable, le théâtre nous présente un homme aux traits charmants, conforme à la description qu'en donne Édouard. Il danse avec chaleur, aborde élégamment ce blondinet égaré entre les flocons qui pleurent du plafond, l'invite à tournoyer contre son corps pour la beauté du geste, et le geste est beau parce qu'ils sont beaux de le prolonger. Pas d'ironie tragique, on sait que la tragédie arrive pourtant rien ne l'annonce, ils font l'amour, deux, trois fois et déjà on comprend que le viol sera d'autant plus insupportable, agressif, douloureux, d'avoir été insoupçonné. La représentation scénique qui en est donnée est tellement surprenante qu'on en est pétrifié : un enchaînement chorégraphique précis et qui se répète, les corps roulent au sol, série d'à coups, Édouard est pantin, Reda aussi, et ça recommence. “Tu n’as plus besoin de parler, ton corps raconte ton histoire” mais une fois que les traces de coups, de coupures, de strangulation auront disparu, qui racontera l’histoire ?

 

La violence de l'agression sexuelle existe aussi par son esthétisation, sa transformation, par cette manière qu'ont les personnages de voler à Édouard sa parole trouée : les jacasseries et digressions de sa sœur retranchent souvent dans un coin de scène son corps qui danse, tremble et tombe en silence. Clara se plaint à son mari ainsi qu’au spectateur de n'avoir pas été mise au courant plus tôt, s'étonne de cette horreur qu’il ressent à la vue du bonheur des uns et de l’illégitimité qu’il attribue aux malheurs des autres, se plaint, s’étonne, s’épouvante en remuant fort les bras. “La guérison vient de la possibilité de nier le réel” pourtant Edouard y est sans cesse ramené. Comment renouer avec son histoire ? Le théâtre qui s’approprie ses mots et lui greffe un visage au-dessus d’un corps, n’ajoute-t-il pas une violence symbolique à la violence physique, politique et sociale dont il est déjà la proie ? Non, car son roman polyphonique accueille toutes les voix idiotes ou cruelles qui accaparent sa bouche et s’il ouvre la bouche ce n’est pas pour crier, mais pour trouver un accord, un milieu, une parole qui puisse être entendue.

Edouard ne hurle jamais, mais arrache les longues bandes noires pendues comme des barreaux de prison au fond de scène transparent : nos œillères tombent, nos oreilles s’ouvrent, on commence à voir ce qui se murmure parmi les éclats et alors la violence s’éclipse un peu.

 

Célia Jaillet

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28 juillet 2021 3 28 /07 /juillet /2021 09:10
Rabudôru, poupée d'amour

Spectacle de la Compagnie La Cité Théâtre (14), vu au théâtre des Halles à 14 h. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet. 

 

Interprétation : Alexandre Chatelin, Laura Deforgue, Didier de Neck et David Joncquieres

Mise en scène : Olivier Lopez

Public : à partir de 12 ans

Genre : théâtre contemporain

Durée : 1 h 30
 

Rabudôru est le nom de la femme qui succède à Lysistrata : cette dernière chez Aristophane ne fait plus l'amour à son mari, il faut bien lui trouver un substitut. Rabudôru ne se révolte pas, ne se refuse jamais, et conservera toujours les traits sublimes et plastiques de sa jeunesse.

Rabudôru est une poupée d'amour. Si elle ne vient pas remplacer Nora, elle est directement fabriquée dans l'usine au sein de laquelle elle travaille. Elle était sortie de sa maison de poupée depuis Ibsen, la voilà qu'elle y retourne. Mais Nora ne peut accepter la représentation de femme-objet véhiculée par la poupée alors elle saisit dès la première scène le mégaphone, revêt un "chapeau bite" et organise un véritable mouvement de révolte qui porte alors préjudice à cette entreprise au sein de laquelle son mari travaille aussi. Alors que le couple était parfaitement heureux et harmonieux, Thierry abandonne ses valeurs et condamne la lutte dans l'espoir d'augmenter son salaire et leur bonheur mutuel, Nora ne le reconnaît plus, on voit ses yeux agrandis par la vidéo projetée en fond, pâlir, se perdre, jusqu'à pleurer. 

Il faut donner du sens à ces poupées d'amour, ces poupées sexuelles, alors Thierry décide d'en offrir une à son père malade pour mettre en lumière un potentiel effet thérapeutique. Pareil au vieil Eguchi des Belles endormies (Kawabata) le vieil homme atteint d'Alzheimer fait la rencontre de ses souvenirs enfouis, renoue avec sa langue maternelle, cesse de compter opiniâtrement cette cinquantaine de fourchettes et retrouve son sourire. Alors comment se positionner ? On dit oui ou non à la poupée qui dit oui ? De la même manière que la scénographie n'évolue pas - avec ses néons stricts et immobiles, ses deux caméramans, sa table - l'alternative n'est pas résolue. On préfère noyer le poisson en allongeant les scènes, en ajoutant quelques digressions et un concert de rock mené par le médecin chargé de diriger l'enquête sur la poupée, Madeleine. Est-ce son pouvoir de séduction et de mise à nu qui a causé cette conversion soudaine vers la musique ? Ce qui est certain, c'est que Madeleine, incarnation plastique des proportions du nombre d'or, beauté rousse et dérangeante, ne laisse pas indifférent, même si son visage, indifférent, il l'est. 

 

Célia Jaillet

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 22:54
Crédit : Arnaud Bertereau

Crédit : Arnaud Bertereau

Les détaché.e.s

Un spectacle de la compagnie le Chat Foin (76), vu au 11 à Avignon le 11 juillet 2021 à 22 h 15. Dans le cadre du Festival OFF d'Avignon du 7 au 31 juillet.



Texte : Manon Thorel

Mise en scène : Yann Dacosta, Stéphanie Chêne et Manon Thorel

Interprètes : Bryan Chivot, Jade Collinet, Aurélie Edeline, Martin Legros, Manon Thorel



"Tu penses que c'est simple ? Ça fait quinze ans, Jean ! Quinze ans. Je sais pas comment on fait."

Je sais pas comment on fait. On est une épouse, on a un mari violent, comment on fait. On est psychologiquement instable, on nous retire la garde de notre enfant, comment on fait. On a un fils en prison, on le retrouve quinze ans plus tard. Comment on fait. Comment on dit. Quand on a la bouche pleine de points de suspension à s'en mordre les mots, quand on a l'adjectif nauséeux et la tendresse violente. Comment on compose avec le reste, les cris, les corps, le rire, la danse, pour sortir quand même quelque chose, parce que tout ça ne peut pas rester coincé dans la gorge. Dans la gorge, il n'y aura jamais assez de place pour une famille, à part pour une famille une famille où tout va bien, une famille qui n'existe pas.

Alors on rit bien sûr. Parce que tout ne va pas si mal, parce qu'on peut bien faire comme si tout allait bien et pour un moment tout ira bien. On peut étendre le linge en famille, jouer à des jeux de société, mettre des lunettes de soleil pour cacher les bleus et faire croire que sur nos pommettes c'est le ciel qui s'y reflète. On peut serrer les dents et rendre coup pour coup. On peut rejouer la même scène à toutes les générations, tous les soirs, dans toutes les familles et tous les théâtres. Au bout du compte on se retrouve toujours au même parloir, et c'est le même fils, et c'est la même mère, parce que c'est toujours le même silence.

Et d'où vient-il, ce silence ? Procède-t-il d'une parole, d'une erreur, d'un pot cassé dont on pourrait patiemment recoller les morceaux ? À qui la faute ? Le fils, qui commet l'irréparable ? Les parents ? Les parents des parents ? Les ministères de la culture et de l'éducation ? Dieu ? Suffit-il de ne plus chercher de coupable pour détruire le crime ? Elles servent à quelque chose, mes questions ? Non.

Non, parce qu'il ne s'agit pas d'un problème sociologique ni d'une leçon de morale. Il s'agit ici fermement de théâtre. Oui, on donne des coups sur ce plateau, des gifles et des injures, oeil pour oeil et dent pour dent, commerce des offenses. Mais on donne surtout quelque chose de bien plus contingent, de nécessairement gratuit, qui n'appelle pas de réponse : tous les caillots de larmes, tous les cailloux pleins les poches et les poches plein les yeux. Ici, la douleur, elle se tient bien droite, bien digne, et elle ose se dire. Larme pour coup. Bleu pour coup. Couleur pour coup. Couleur pour douleur. Bien sous le feu des projecteurs, qu'on en voit toutes les nuances, et n'ayons pas peur que le public soit voyeur, ça ne risque pas de le réjouir d'un pli.

Les détaché.e.s . Mais moi je ne veux pas me détacher, je ne veux pas qu'on me lâche la main, on sera tous tout seul au sortir de la salle et on ne saura pas quoi faire. Heureusement qu'on était au théâtre pour que nos solitudes tiennent compagnie à leurs impossibilités. Heureusement que j'ai encore cet article à écrire pour ne pas me taire.



Mathieu Flamens

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25 juillet 2021 7 25 /07 /juillet /2021 14:50
Je suis une saucisse

Spectacle de la compagnie Les Semeurs (75), vu au Studio de la Scierie, le 23 juillet à 15 h 20, dans le cadre du Festival OFF d’Avignon du 7 au 31 juillet 2021.

 

Auteur et interprète : Isabelle Esposito

Genre : Théâtre contemporain

Type de public : Adulte

Durée : 50 minutes

 

Seule en scène, Isabelle Esposito incarne une saucisse Montbéliard voulant devenir knacki Herta, pour parler avec inventivité des diktats imposés aux corps des femmes.

C’est tout d’abord le titre qui m’a intrigué. Un spectacle qui parle des femmes en faisant une métaphore avec des saucisses, on ne voit pas ça tous les jours. Et pourtant, c’est une métaphore qui est ici très intéressante : la saucisse Montbéliard, qui est une belle saucisse parfumée (la meilleure si je puis ainsi donner mon avis) veut devenir une star, une actrice (après avoir vu le film Sausage Party, dans lequel elle admire l’actrice principale, une knacki). Pour ce faire, elle subit des opérations pour modifier son corps et le rendre « parfait » (elle n’a plus aucune forme, elle est plate, ses proportions sont égales partout) : elle devient ainsi « reproductible à l’infini ».

Dans cette société de saucisses, qui ressemble beaucoup à notre société d’humains, elle doit se considérer comme un objet pour être reconnu, et effacer tout ce qu’elle a de singulier et de beau. De saucisse de Montbéliard, « parfumée et chair », elle devient knacki Herta, « fade et plastifiée ». Ces propos que la métaphore nous révèle sont aussi appuyé par des références que j’ai découvertes avec plaisir. "Beauté fatale : Les nouveaux visages d’une aliénation féminine" de Mona Chollet, dont la saucisse nous lit des extraits, parle de l’emprisonnement du corps de la femme dans la sphère culturelle, et pourtant tout ce que dénonce Chollet la saucisse le fait.

Comme support de la parole, elle projette à côté d’elle des photos (parfois assez amusante, qui illustrent l’anecdote qu’elle est en train de raconter en montrant effectivement une saucisse avec un petit bonnet), des images de films ou des vidéos.

Le personnage, interprété par Isabelle Esposito, est attachant. Malgré quelques hésitations de la comédienne qui bute parfois sur les mots, on a envie d’écouter son histoire et rire sur ses anecdotes ou jeux de mots. Son costume, une robe à carreaux rouges et blancs, m’évoque peut-être une certaine marque de saucisson (mais était-ce voulu ou seulement une interprétation de ma part ?)

Ce spectacle dénonce avec humour la place du corps des femmes dans la société d’aujourd’hui, notamment des stars qui doivent entrer dans des cases normatives pour être appréciées du public ; c’est un sujet qu’il est important de révéler de nos jours, afin avoir une chance de libérer les femmes de ces normes et leur enlever leur position d’objet.

 

Juliette Lartillot-Auteuil

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24 juillet 2021 6 24 /07 /juillet /2021 13:23
PAN !
PAN !

Spectacle de la Compagnie Darius (75), vu au théâtre La Scierie le vendredi 23 juillet à 17 h 20. Dans le cadre du Festival Off d'Avignon du 7 au 31 juillet 2021.

 

Mise en scène : Florian Sitbon

Interprétation : G.d'Arbessier Cadot, I. Badnjar, M.C Bury, C.Drzewuski, L. Ducornoy, P. Fournier, C. Nivet, C.Otayek, J. Ottavi, T. Schneider, L.Schwartz

Genre : Théâtre contemporain

Durée : 1 heure 45

Public : adulte

 

Le petit Ralf Pan est un monstre. Et il le sait. Ses parents protègent leur enfant-roi, si doué pour son âge qu'il a déjà éliminé sa sœur jumelle, sans intérêt, dans l'utérus de sa maman...

Arrivé pour retourner le monde et le sortir de sa paralysie, il nous assène dès son plus jeune âge quelques pensées très déplaisantes pour forcer l'entrée dans nos consciences endormies. On frôle l'absurde sans complaisance, quelques tirades aussi longues que percutantes, nous font réfléchir sur la résistance au politiquement correct, et ça fait du bien !

Pan, avec toutes ses qualités de petit dictateur, nous abreuvera de son machisme, de son manque total d'empathie pour le genre humain, de son égoïsme et de son désir de pouvoir inébranlable. Il a de grands projets et ne tolèrera aucun obstacle sur sa route. Sous couvert d'un concours pour Miss Univers qu'il organise, il dénonce les dérives de la politique contemporaine : il tire sur tout ce qui bouge.

Les comédiens sont très dynamiques et convaincants, se partageant tour à tour le rôle de Pan, le texte est très fourni et la dynamique fonctionne bien.

Un spectacle qui donne à réfléchir sur notre société et sur les petits dictateurs qui pourraient prendre le pouvoir si nous n'y prenions pas garde. À moins que … non, ce n'est pas déjà fait.

 

Evelyne Karam

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21 juillet 2021 3 21 /07 /juillet /2021 11:23

Spectacle de la compagnie GWEN SOLI & MONSIEUR G (26), vu à l’Atypik théâtre le 20 juillet 2021 à 16 h 50 dans le cadre du Festival OFF d'Avignon. Une seule date à venir : le 27 juillet.

 

Auteurs / compositeurs : Gwénaëlle Baudin, Daniel Gasquet et autres auteurs compositeurs.

Interprète(s) : Gwénaëlle Baudin et Daniel Gasquet

Genre : Chanson française

Public : Public adulte

Durée : 1 h 15

 

Trois dates chaque mardi du festival pour le duo savoureux de Gwen Soli et Monsieur G à l’Atypik théâtre, rendu possible par les jours de relâche du théâtre. Dans une ambiance noire et rouge, c’est l’occasion de découvrir un univers de tendresse et d’amour de la femme.

Gwénaëlle Baudin (chanteuse du groupe vocal Évasion) et Daniel Gasquet (créateur de Vocal 26) ont un long parcours autour de la musique et de la chanson. Ils se retrouvent ici pour un répertoire en toute simplicité. Lui, à la guitare et faisant quelques commentaires sur son amour des mots et de la belle orthographe. Elle, cheveux courts et sourire en coin, au chant d’une voix douce et limpide.

Ils ont ainsi composé un hommage autour des femmes, dans leur diversité, avec des textes doux et tendres, qu’ils ont écrit ou emprunté à différents auteurs et compositeurs (Amandine Barillon, Allain Leprest, Andrée Chedid, Garance Bauhain…). Ils mêlent ici ou là quelques pics comme son hommage à Christine Lagarde vantant les mérites de la bourse et la vie – « Modus Vivendi » ou sa lecture de « La parfaite ménagère » nous parlant des injonctions faites aux femmes.

Elle nous chante ainsi la femme sous toutes ses formes, mêlant désirs et rêves à des réalités plus triviales. Elle s’essaie au slam sur « Laissez-moi crier », nous offrant un changement de rythme bienvenu quand elle lâche un peu ses vocalises dans la dernière chanson (Allume !).

Je suis resté fasciné par le regard plein d’admiration et d’amour que pose Monsieur G sur sa partenaire. On le sent frétiller de plaisir et c’est un vrai bonheur à regarder.

 

Eric Jalabert

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20 juillet 2021 2 20 /07 /juillet /2021 14:32
La Ronde

Spectacle de la compagnie Ligne 9 Théâtre (93), vu au théâtre Présence Pasteur à Avignon le 19 juillet 2021 à 15 h 10. Dans le cadre du Festival OFF Avignon du 7 au 31 juillet.

 

Texte : Arthur Schnitzler

Metteur en scène : Natascha Rudolf

Comédiens : Fanny Touron et Arnaud Cheron

Genre : Théâtre

Public : Adulte 

Durée : 1 h 15

 

J’entre dans la salle ou va se dérouler le spectacle. C’est une petite salle de classe, une vingtaine de chaises sont disposées autour d’une petite estrade noire de la taille d’un lit pour deux personnes. Le spectacle n’a pas encore commencé, mais déjà, la disposition des chaises et le frôlement des bras de mes voisins spectateurs m’indique le ton intimiste de la pièce.

Les comédiens apparaissent enfin : un homme et une femme. Il n’y a ni effet sonore, ni effet lumineux, seul leurs corps font évènement. Face au public, le corps féminin et masculin apparait dans toutes leurs complémentarités, leurs différences.  

La Ronde est constituée de dix brefs dialogues entre un homme et une femme. Chaque nouvelle scène investie des personnages différents et donc, des rapports de force différents : la séduction, la domination ou encore l’amitié. J’ai était très amusé de constater que cette complexité infinie dans les rapports hommes/femmes s’achevaient prosaïquement dans l’acte sexuel. En effet, lorsque, pour la troisième fois, les comédiens se rhabillent après l’acte (très pudiquement camouflé sous un drap) la pièce semble prendre une dimension attendue. Les corps s’habillent, se déshabillent tant de fois que toute mystification des rapports homme/femme devient dérisoire. La tendresse, les promesses d’amours, le viol, les agressions sexuelles ne sont plus des évènements, mais deviennent une succession de schéma possible et attendu. L'enjeu de cette pièce est de chercher une part d’inattendue dans cette chorégraphie mystifiée et orchestrée par les siècles.

Excellent spectacle qui donne à voir et à penser !

 

Claire ESTIVALET

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17 juillet 2021 6 17 /07 /juillet /2021 11:55
4.48 Psychose

Spectacle du Collectif 4.48 (67), vu à la Scierie à Avignon, le 15 juillet 2021 à 11 h 37, dans le cadre du Festival OFF d’Avignon du 7 au 31 juillet.

 

Auteur : Sarah Kane

Metteur en scène : Jocelin Massé

Interprètes : Mila Tisserant, Justine Stremler, Yasmine Khechab, Manon Clément (Créa son), Lucie Rouxel (Voix)

Genre : Pluridisciplinaire

Type de public : Adulte

Durée : 55 minutes 

 

Trois jeunes femmes interprètent sur la scène de la Scierie une pièce de Sarah Kane, traitant de sujets comme la dépression, la maladie mentale et le suicide.

Nous ne sommes pas très familières avec le théâtre particulier de Sarah Kane, c’est donc sans trop d’attentes et avec une grande curiosité que nous sommes entrées dans la salle. Assise au premier rang, avant même l’arrivée des spectateurs, il y a une femme cachée sous une bâche. Au fond de la scène, une deuxième attend près d’une statue en aluminium et une troisième nous regarde à l’avant.

Toutes trois sont vêtues de blanc, rappelant les tenues des malades en hôpitaux psychiatriques, également symbole de pureté et d’innocence. Pour exprimer les émotions des personnages, elles dansent, crient, comptent en attendant 4 h 48, heure du suicide.

Le texte est intéressant, mais difficile, nous offrant une introspection dans la tête d’une femme atteinte de dépression ; la mise en scène nous y projette, utilisant la lumière, les musiques ainsi leurs dialogues incessants. Cependant, le jeu des comédiennes ne nous a pas conquis ; le ton utilisé était le même tout le long de la pièce, la rendant vite lassante. Nous avions souvent l’impression de nous faire crier dessus, ce qui rentrait en résonance avec l’état mental du personnage, mais lui retirait la possibilité d’être nuancé.

Nous saluons la performance des trois comédiennes qui ont tout de même impeccablement délivré ce texte avec une diction propre et une projection très correcte. Nous n’avons malheureusement pas été séduites, malgré le discours de la pièce qui sensibilise à la condition des malades mentaux et leur rapport au monde qui les entoure.

 

Gabriette

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