La Freak, journal d'une femme vaudou
La Freak, journal d'une femme vaudou

Produit par la Cie Sorcières et Cie (75), vu au théâtre de la Chapelle du verbe incarné le 12 juillet 2023 dans le cadre du Festival d'Avignon 2023.

 

Auteure, mise en scène, interprétation : Sabine Pakora

Genre : Théâtre contemporain

Durée : 1h15

Public : À partir de 13 ans

 

Sabine Pakora interroge : comment se faire une place dans notre société lorsqu'on est aux antipodes des codes de la beauté et de l'insertion ? Noire et grosse, elle convoque sur scène des personnages stéréotypés, face aux clichés qu'ils représentent dans notre société : noires et grosses, elles sont forcément des femmes de ménage, des « mamas » africaines en boubous, des nounous pour enfants blancs ou des prostituées dans les quartiers défavorisés de nos grandes villes blanches.

Depuis toute petite, elle a été confrontée au racisme, à la grossophobie et a fait de son expérience un outil de lutte contre ce cadre de référence de notre société occidentale. Son journal relate ses premières expériences à l'école, ensuite au collège où elle découvre le théâtre, les fêtes d'anniversaire où elle endossera un costume de Mickey beaucoup trop petit pour elle, le directeur de casting qui lui dépeint les rôles ridicules auxquels elle sera destinée vu sa couleur, sa rondeur, ses cheveux crêpus.... Sabine Pakora accompagne sur scène 2 mannequins faits de carton bouilli, étonnements réalistes qui nous mettent bien mal à l'aise : femme noire obèse en boubou dont le regard si triste nous interpelle et prostituée noire, mais à la chevelure décolorée, en body de dentelle de bien mauvaise qualité et trop étroit pour sa corpulence.

Le texte est magnifique, truffé de références au colonialisme, aux monstres de foire présentés lors des Expositions universelles par un Monsieur Loyal à la verve débridée.

La Freak (monstre de foire) c'est aussi L'Afrique et les origines ivoiriennes de la comédienne, un jeu de mots, des mots qu'elle manie avec humour et sensibilité. Le passage sur la « tchipologie » (pour les novices, le « tchip » est une communication non verbale, un bruit de succion, modulé par le passage de la langue et la position des lèvres, pour exprimer son dédain ou sa désapprobation chez les africains ou les antillais) est savoureux.

Le passage sur le corps et sa "liberté" est magistral, la musique très bien choisie, la mise en scène de qualité ; un sans-faute pour une auteure, metteur en scène et comédienne dont la jeunesse n'a d'égal que son talent et un bel avenir devant elle.

Le texte est dense et puissant, il nous fait réfléchir sans tomber dans le misérabilisme, la comédienne nous émeut autant qu'elle nous fait sourire vu le comique de certaines situations. À découvrir sans tarder !

 

Evelyne Karam

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