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  • Le blog VivantMag vous offre une veille artistique régulière sur les créations de spectacles vivant en France. Il est destiné aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs. Le blog est édité par l'association Adadiff Casi, dédié au spectacle vivant et à la médiation culturelle. Si vous souhaitez nous rejoindre pour chroniquer des spectacles, vous pouvez nous contacter sur le site ou par mail à contact@vivantmag.fr
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 17:36
Dieu habite Düsseldorf
Dieu habite Düsseldorf

Une production de la Compagnie Théâtre Java

Lieu : Petit Louvre

Dans le cadre du Festival Off d'Avignon, du 6 au 29 juillet, relâche les 11, 18, 26 juillet.

Vu le 12 juillet 2018

 

Distribution et Mise en scène : Renaud Danner, Éric Verdun

Une pièce de Sébastien Thiéry

 

Heure de début : 22h (1h10)

Genre : Théâtre 

Public : Adultes

 

La première impression que nous avons du spectacle, lorsque nous rentrons dans la salle, est le décor assez minimaliste : la scène est entièrement blanche et nos deux comédiens disposent de rideaux également blancs qu'ils déplacent pour créer les différents décors selon les différentes scènes. Cela crée une ambiance un peu futuriste, pourtant contrastée avec les costumes qui suggèreraient plutôt les années 70. Un choix de décor déjà intéressant.

 

Ce spectacle ne présente pas qu'une seule histoire mais bien plusieurs scènes, ou "dialogues", dans lesquelles évoluent deux personnages : Monsieur 1 et Monsieur 2. Dans presque toutes les scènes il y a une relation de supériorité entre les deux personnages ; le docteur et le patient, le conseiller et le client, etc. Et dans chaque dialogue, nous sentons chez l'un des personnages un étrange sentiment de solitude ou d'isolement de la société. Cette pièce est une critique de cette société dans laquelle nous vivons, qui regroupe les gens par critères et les séparent des autres ou qui défavorise les rapports humains pour favoriser les nouvelles technologies par exemple. Nous avons trouvé vraiment intéressant d'aborder ces sujets dans un spectacle comme ça, et de créer des personnages qui représentent cette société.

 

Nous ne savons pas si l'humour utilisé dans cette pièce est un choix des comédiens (qui sont aussi metteurs en scène) ou un choix de l'auteur (Sébastien Thiéry) ; ils nous font rire en nous touchant, en mettant en scène des personnages qui vivent des expériences assez émouvantes pour un regard extérieur mais dont la solitude et l'incompréhension de notre monde nous font rire. C'est un exercice très difficile mais qu'ils ont réussi dans ce spectacle avec brio.

 

Au final, ce spectacle nous offre un mélange d'émotions tout en nous mobilisant sur des sujets importants ; c'est un divertissement intelligent qui nous fait réfléchir tout en nous faisant rire et pleurer. Cette pièce mérite très largement trois étoiles, et une recommandation de notre part !

 

Gabriette

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14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 12:31
Le déni d'Anna
Le déni d'Anna

Spectacle de la cie Siparka, vu le 7 juillet, Avignon OFF 2018 à 17h15 au théâtre de l’entrepôt.

Création théatre Lucernaire Paris 2017

Durée : 1h40

Ecrit et mis en scène par Isabelle Jeanbrau
Avec : Thomas Durand, (acteur remplaçant), Mathias Guallarano, Cécile Magnet, Sandra Parra et Daniel Jea (guitare), France Cartigny et/ou Emilie Rambaud (batterie)

Genre : Tragi-comédie
Public : Adultes
Durée : 1h40

Le thème du spectacle, le déni, est abordé sous tous ses aspects lors de cette représentation. Tout d’abord nous sommes accueillis dans un petit patio où l’on peut se poser à l’ombre, boire un verre, au calme, en attendant l’ouverture des portes, ce qui est fort agréable, d’échapper l’espace d’un instant au tumulte avignonnais festivalesque.

Une fois rafraichis, nous sommes conviés à entrer dans la salle. J’ai adoré les 3 tableaux du départ : une famille heureuse, une famille bouleversée, une famille triste, mis en scène par un effet de lumière rappelant un flash photo. Cela donne immédiatement la tonalité du spectacle. Les décors sont simples et modulables, ils se suffisent à eux-mêmes, pas besoin de plus. Ici les personnages évitent sans cesse la réalité !  Déni de la mort d'un être aimé, déni de son enfant qui grandit...

Dans cette famille, on n’a pas le droit d’avoir mal, d’exprimer sa douleur, alors on compose on ne parle pas. On se remplit d’autre chose pour éviter de parler ou d’avoir mal, la nourriture a une part essentielle.

Il faut savoir que le comédien principal Benjamin Egner n’a pas pu assurer la représentation, à la veille du festival, l’acteur remplaçant a dû jouer texte en main et on ne peut que saluer sa prestation. Pour cela, et pour la première avec ce nouvel acteur, le théâtre a donc offert les places au public. Cette pièce est profonde, émouvante, sensible, l'ambiance est poignante, les deux musiciens amènent un autre dialogue avec une mélodie en parfaite harmonie, la musique est devenu un personnage, un personnage de mort…. Malgré quelques longueurs dues peut-être à cette réadaptation au pied levé, j'ai reçu une vive émotion en plein cœur et mes yeux ont souvent piqué.

Je n’ai malheureusement pas pu voir la fin de cette représentation, ni dans son interprétation originale, donc sans être dans le déni, je vous propose de vous faire votre idée par vous-même.

Laurence Malabat

La compagnie nous informe que le spectacle a été annulé à Avignon après cette couturière.

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14 juillet 2018 6 14 /07 /juillet /2018 12:20
Les Frères Brothers
Les Frères Brothers

De la Compagnie Les Frères Brothers
Dans le cadre du Festival OFF d’Avignon, du 6 au 29 juillet, relâche les 17 et 28 juillet.
Heure de début : 21h05 (1h10)
Genre : Concert
Distribution : Jean Christophe Charnay, Vincent Charnay, Mathieu Ben Hassen, Manu Martin
Vu le 11.07.2018

La salle dans laquelle nous étions était spacieuse et climatisée ; ce n’est pas une très bonne idée le soir à 21h. Les sièges étaient confortables, la scène avait des dimensions correctes et nous avions tous une bonne visibilité.

Les quatre artistes avaient des voix avec des tessitures assez larges, elles étaient équilibrées ; ils avaient de la technique et chantaient très juste. Les mélodies principales étaient très plaisantes et les harmonies qui les accompagnaient étaient recherchées. Au niveau musical, c’était impeccable.

A l’aide des jeux de lumière, d’accessoires qui leur servaient de costumes, ils ont su installer une ambiance pour chaque chanson.

Pourtant chaque chanson avait des paroles très crues qui contrastaient avec l’atmosphère précédemment mise en place. En effet, nous avons été surprises par les thèmes abordés dans les chansons qui semblaient ne pas convenir à tous les âges (contrairement au public présent dans la salle). Par exemple nous avons entendu des clowns souriants chanter l’histoire d’un de leur confrère qui avait, par jalousie, assassiné tout un cirque en le brûlant et s’était pendu par la suite.

Leur humour, en revanche, convenait à tous les âges et ils interprétaient une ribambelle de personnages très différents les uns les autres (et de toutes générations).

Ils font vraiment participer leur public, nous donnant l’impression de ne pas être simplement spectateurs. A la fin du spectacle, ils engagent facilement la discussion autour de leur représentation. Par conséquent, nous leur attribuons trois étoiles.

Juliette et Gabrielle

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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 22:13
On n’est pas des chiens
On n’est pas des chiens

Un spectacle de complexe Production (69)

Vu le 8 juillet 2018 à 14h45, au Clash Théâtre dans le cadre du Festival Off d'Avignon, du 6 au 28 juillet, relâche les 16 et 23 juillet.


Avec : Jean-Rémi Chaize

Diffusion ! Gregory Gardon 05 12 99 44 89 production@complexedurire.com

Genre : Humour
Public: Adulte
Durée :

Comment doit-on rire à Jean-Rémi Chaize ? Du troisième degré, on a le rire décalé.

Joli théâtre, moins intimiste, plus… CGR ! On est bien assis, au frais, confortable, on est reçu par des vigiles très sérieux… tiens cela me pose question : y a-t-il plus de probabilité de subir une attaque terroriste au théâtre Pandora qu’au théâtre de l’Observatoire ??!!! Bref c’est joli, petits fours et accueil VIP. Pour ma part le strapontin de l’Atypik théâtre me convenait aussi bien.

Lumière sur Rémi, attablé, on ne met pas deux minutes à se rendre compte qu’il est en fait une vielle grand-mère acariâtre, et ce malgré sa barbe. Pas besoin pour Rémi de se travestir pour incarner ses personnages ou d’exagérer la caricature, ils deviennent réels en un quart de seconde, son jeu, son élocution est impeccable.

J’ai pleuré de rire en voyant cette mère menaçant son enfant de l’immoler par le feu avant de l’enterrer vivante si elle n’avoue pas qu’elle a mangé un bonbon, cet animateur qui présente sa vie scato comme un journal télévisé, cette grand-mère cynique, ce guide conférencier trilingue mais pour le même mot…

On sent qu’il tire son inspiration de la société, des vrais gens, de la vie, bon il exagère un peu certes, mais au fond…pas vraiment.

Ce mec a un vrai talent ! Talent de nous faire rire et de nous déranger en même temps.

Pur moment de plaisir. Courrez le voir je vous le conseille. Avec un peu de poudre de perlimpinpin, vous ne verrez plus jamais la Joconde de la même façon !

Laurence Malabat

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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 10:42
Et hop ! les guérisseurs
Et hop ! les guérisseurs

Production : Théâtre Toursky Cie Richard Martin International (Marseille)

Co-production : Théâtre du Sémaphone (Port de Bouc)

Co-réalisation : Théâtre du Balcon - Cie Serge Barbuscia (Avignon)

Lieu : Théâtre du Balcon- Cie Serge Barbuscia

Distribution : Rufus, Richard Martin et Zoé Narcy

 

Genre : Théâtre

Durée : 1h10

Public : Spectacle adultes

 

Une création signée Rufus vue le samedi 7 juillet 2018 au Théâtre du Balcon Avignon.

 

"Et hop ! les guérisseurs" est une création signée Rufus, présentée au Festival off d’Avignon du 6 au 28 juillet 2018 à 15h40 au Théâtre du Balcon, avec Rufus, Zoé Narcy et Richard Martin.

 

Un huis-clos vertigineux qui se déroule dans un cabinet de docteur. C’est l’histoire de Lebeurlard, réputé être un guérisseur efficace. Le voici devant un patient qui se nomme Jean Dube. Le cas est difficile. L’homme craque. Toute sa vie, il a été malheureux.

il avoue son métier : il est tueur professionnel. A chaque fois qu’il exécute quelqu’un, il en éprouve une douleur à l’estomac. Il demande au médecin de pouvoir exercer son métier sans souffrance au travail ! Il essuie un refus catégorique. Totalement perdu, Jean Dube, supplie, menace… Il veut à tout prix sortir de cet enfer.

La rencontre entre les deux hommes permettra-t-elle la guérison ? A la manière de Beckett, le masque de la Tragédie et de la Comédie à la main, nous sommes tous en attente d’un miracle. Ces deux-là n’y échappent pas : deux anti-héros comiques qui émeuvent par leur pathétique.

J’ai été complètement déroutée par cette pièce dont le décor minimaliste fait écho en opposition à l’avalanche de mots déversés dans ce huis-clos. Au début du dialogue, j’étais partie sur une idée préconçue où je m’attendais à suivre une histoire, rire aux éclats et me délecter du jeu des personnages. Mais en fait, à partir du moment où j’ai compris que j’aurais dû laisser mes attentes au vestiaire pour me laisser totalement emporter par l’univers si singulier de Rufus, j’ai vraiment commencé à adorer ce texte atypique qui vous emmène loin, très loin en absurdie.

De quoi parle cette pièce ? On ne le saura jamais ! On assiste à une psychanalyse par le vecteur du théâtre, comme une catharsis. Les rôles s’inversent tour à tour, le psy devient patient, et le patient est impatient… d’être guéri, pas seulement soigné non, guéri !

J’ai beaucoup apprécié la mise en scène millimétrée, avec un enchainement de dialogues percutants comme un jeu de ping-pong donnant du rythme et les monologues provoquant l’émotion à fleur de peau.

« Je suis un boomerang, je vous arrive en pleine gueule », c’est une des répliques de la pièce qui me parait résumer cette œuvre dont l’interprétation magistrale de Rufus, qui vient vous chercher les tripes, conjuguée au talent d’acteur de Richard Martin m’a percutée de plein fouet.

Attention, le texte est très exigeant et assez hermétique, les sujets sont lancés comme autant d’appâts vers le spectateur, à vous de les attraper et vous plonger dans la réflexion.

On ressort de cette représentation transformés, remplis de questionnements, et étourdis par la qualité du jeu d’acteurs et du texte bourré de jeux de mots et d’allusions. Et si le sujet de la pièce était en fin de compte le pouvoir de l’imagination, la magie de la volonté et notre finitude qui façonne notre condition d’être humain ?

Alice Masson

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24 juin 2018 7 24 /06 /juin /2018 18:00
Le triomphe de l'amour
photo de Pascal Gely

Un spectacle produit par le C.I.C.T. – Théâtre des Bouffes du Nord, vu le 16 juin 2018, au théâtre des Bouffes du Nord (Paris 10e).

Mise en scène : Denis Podalydès
Comédiens : Edwige Baily, Jean-Noël Brouté, Christophe Coin, Philippe Duclos, Stéphane Excoffier, Leslie Menu, Dominique Parent, Thibault Vinçon.

Genre : théâtre musical
Public : Adulte
Durée : 2h15

Il m’a fallu résoudre un drôle de dilemme, de l’ordre du dilemme cornélien, au moins ! Aller voir "Le triomphe de l’Amour" alors que je déteste Marivaux. Ne pas y aller au risque de rater la dernière proposition de Podalydès qui nous avait offert, dans les mêmes lieux, il y a quelques années, un "Bourgeois gentilhomme" époustouflant. A la simple lecture de cette introduction, vous aurez deviné la résolution du problème. C’était un bon choix !

Pour autant, je ne suis pas réconciliée avec Marivaux. De surcroît avec "Le triomphe de l’amour" que je ne connaissais pas jusqu’à cette représentation et que je trouve encore plus tordue, mièvre et futile que les pièces plus généralement montées ! Pour faire simple, une jeune princesse, Léonide, se travestit pour aller chercher dans sa retraite le prince légitime dont feu son père (celui de la princesse !) a usurpé le pouvoir en tuant les parents ! Vous me suivez ? Le bel enfant qui n’en n’est plus un, Agis, vit caché auprès de son oncle, philosophe de son état, Hermocrate et de la sœur d’icelui, Léontine. Echaudés par l’histoire familiale, ils ont déclaré la guerre à l’amour et ne vivent, en leur ermitage, que d’esprit, de nature et de musique. C’était sans compter sur l’arrivée de Phocion, alias Léonide, qui tel l’ange de l’amour va éveiller ou réveiller en chacun le désir, les sens et les sentiments.

De cette invraisemblable fable, Denis Podalydès a su tirer le meilleur parti en l’imaginant comme une partie de chasse dans des marais. Marécage de l’amour où chacun s’enfonce peu à peu ; gibier de l’amour qu’il convient de piéger, de perdre ou de cacher. Le décor montre donc sur fond de cyclo nuageux une cabane d’affût translucide qui ressemble à une cabane à carrelet du littoral charentais. Devant, un jardin parsemé d’herbes hautes des marais. L’éclairage tamisé, les fantaisies interprétées au violoncelle par Christophe Coin, la richesse des costumes dessinés par Christian Lacroix, tout nous transpose au XVIIIe.

La cabane paraît d’abord comme le refuge du philosophe et le bel éclairage donne à voir le tableau du philosophe de Rembrandt. Mais dès la première scène, on voit que la cabane pivote. Telles les pirouettes de l’amour ou l’illusion des moulins de Don Quichotte, objet dramaturgique entre tous, elle ne cessera plus de tourner pour servir les desseins de Phocion. Elle est tantôt refuge, tantôt moucharabieh, tantôt balcon fort évocateur, et tantôt abri des amours bien charnels de Corine et d’Arlequin. Car pour mener à bien son stratagème, Phocion alias Léonide peut compter sur ses complices. Celle de toujours, Corinne, mais aussi les deux serviteurs d’Hermocrate, Arlequin et Dimas le jardinier, entrés dans la confidence avec force monnaie. Podalydès file la métaphore de la chasse en faisant communiquer ces quatre-là au moyen d’appeaux. L’effet comique de ce marivaudage n’en n’est que plus drôle.

Pour servir l’intrigue, ils sont, outre le violoncelliste, sept sur scène et tous fantastiques. Mention spéciale pour Dominique Parent dans le rôle de Dimas le jardinier et qui, tout en patois, campe un personnage grotesque, frustre et truculent. Le numéro au cours duquel, paille sur la tête en guise de perruque, il imite la femme sous les traits de Phocion en braillant une chansonnette et en se flagellant à la paille a suscité, à juste titre, les applaudissements du public !

La partie de chasse s’achève avec la résolution de l’intrigue. C’est aussi la fin de la mise en abyme. Le cyclo tombe, la lumière devient crue et l’illusion se dissipe. Phocion a conquis le cœur d’Agis et lui restitue le trône. "Plaisir d'amour ne dure qu'un temps, chagrin d'amour dure toute la vie". Comme le chantent les personnages, on comprend qu’Hermocrate et Léontine ont moins été victimes d’une duperie que de leur propre aveuglement. C’est tout le mérite de Podalydès d’avoir su mettre en exergue, par la justesse et la beauté de sa mise en scène, la dimension peut-être philosophique de la pièce. C’est un spectacle parfaitement réussi et maîtrisé.

Catherine Wolff

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11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 16:45
Paroles gelées

 

Un spectacle co-produit par le Théâtre National de Toulouse Midi-Pyrénées et le TGP de Saint-Denis, vu le 20 mai 2018, au TGP (93, Saint-Denis).

Mise en scène : Jean Bellorini
Comédiens : Marc Bollenger, Patrick Delattre, Karyll Elgrichi, Samuel Glaumé, Jacques Hadjaje, Camille de la Guillonnière, Blanche Leleu, Clara Mayer, Teddy Melis, Judith Perillat, Geoffroy Rondeau, Hugo Sablic, Damien Zonobly

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 2h15

Grande aficionada de Jean Bellorini, j’avais raté il y a six ans "Paroles gelées". Je le remercie de m’avoir donné une seconde chance en le reprogrammant au TGP qu’il dirige. En 2014, "Paroles gelées" a été récompensé du Molière du meilleur spectacle de théâtre public et de la meilleure mise en scène d’un spectacle de théâtre public. C’est tout juste une évidence !

"Paroles gelées" porte sur le plateau la parole de Rabelais à travers, essentiellement, le quart livre. Ça tombe bien, toute littéraire que je sois, je ne suis jamais parvenue à aller au bout de Rabelais tant la langue est dure à entendre pour une oreille contemporaine, tant la farce philosophique s’est complu à me perdre en route maintes fois.

Pour relever cette gageure, ils sont treize sur scène. Trois musiciens et dix comédiens polyvalents, aussi incroyablement à l’aise dans le texte que dans la danse, le chant ou la musique.

Le texte est donné à entendre dans sa langue originale. Quand le sens risque d’échapper au spectateur, l’excellent Camille de la Guillonnière, par ailleurs co-adaptateur du texte avec Jean Bellorini, intervient, tel un docte professeur, depuis son bureau couvert de livres côté jardin, pour nous éclairer. Mais la plupart du temps, le verbe truculent résonne par lui-même et trouve le chemin de notre intelligence par l’époustouflante mise en scène.

Le spectacle est une succession de tableaux qui relatent l’Odyssée de Panurge et de Pantagruel à la recherche de l’oracle de la dive bouteille. Après une mise en bouche, façon cabaret avec le torche-cul, le rideau s’ouvre sur un bassin carré, plein d’eau. Tout le monde joue en bottes de caoutchouc ! En fond de scène, un podium pour les musiciens. Quatre lustres, des escabeaux, des tables et des chaises, un vieux poste à tubes et un fantastique jeu de lumières vont s’animer au gré de la quête. Il est impossible de relater les scènes tant chacune est riche de trouvailles dramaturgiques. Je me contenterai d’en relater une ou deux pour donner un aperçu de cette fête intégrale de tous les sens. Pour commencer, la scène du presque mariage de Panurge. Visuellement, c’est un régal. Panurge est sur un vélo, lequel est incliné en équilibre sur une table et une chaise. Sa dulcinée dont la robe vient de tomber des cintres est assise derrière, sur un escabeau. Derrière vient la suite. Deux couples assis l’un derrière l’autre. Devant, Pantagruel qui tient une grosse bouée en guise de volant. La noce  s’élance : lumière blanche sur fond noir, Panurge pédale, les couples évoluent en portées comme s’ils avançaient, Pantagruel conduit bel et bien : l’illusion est totale. Puis la jeune femme ramène sa robe sur son ventre, telle l’annonce d’un heureux évènement et Panurge de tomber en aporie. Doit-il ou non se marier ? Se marier, c’est risquer l’infidélité de sa femme. Ne pas de marier, c’est renoncer aux "pagnios" et il en veut plein, des "pagnios" qu’il appellera tous Jean. S’ensuit une énumération de tous les noms composés possibles auxquels les deux co-adaptateurs ont pris plaisir à en rajouter encore avec des "Jean-cul" et autre "Jean-Paul II". Tout le spectacle est à l’avenant. Et lorsque décidément le texte se fait trop retors, qu’importe, il reste le plaisir inouï de ces images sidérantes. Ainsi, au cours de leur Odyssée, Panurge et ses compagnons tombent sur une femme. Je ne saurais vous raconter : je n’ai rien compris. Mais j’ai vu une sirène blanche sortir d’un demi-cercle d’eau, blanc aussi, et miroitant si bien que je me suis laissée porter tranquillement jusqu’à ce que le texte fasse sens de nouveau, ou pas.

Les paroles gelées, nous dit Rabelais, sont des dragées précieuses, des paroles de vérité. C’est au théâtre qu’elles se dégèlent car, au cas où le sens resterait obscur, les images, la musique (et sur ce texte précisément, "L’air de l’hiver" de Purcell), le jeu des comédiens, les lumières ou la danse sont autant d’adjuvants pour nous aider à entendre. Par son aspect baroque, le spectacle de Jean Bellorini est une réussite totale. A tel point que j’y retourne dans quinze jours avec ma cadette !

Catherine Wolff

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8 juin 2018 5 08 /06 /juin /2018 10:28
Bérénice

 

Photo: Elisabeth Carecchio

Un spectacle produit par le Centre dramatique de Besançon Franche-Comté, vu le 18 mai 2018 à l’Odéon, ateliers Berthier (Paris 17e).

Mise en scène : Célie Pauthe
Comédiens : Clément Bresson, Marie Fortuit, Mounir Margoum, Mahshad Mokhberi, Mélodie Richard, Hakim Romatif

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 2h15

Quand votre ado de 17 ans vous supplie d’aller voir des classiques, c’est totalement irrésistible. Voilà qui tombait bien. Célie Pauthe montait "Bérénice" à l’Odéon, aux ateliers Berthier. Nous sommes donc allées à la découverte de sa proposition.

Célie Pauthe signe une mise en scène élégante, originale dans sa forme mais quelque peu décevante dans son jeu. 

La mise en scène décale, avec une grande délicatesse, l’unité de temps et de lieu pour mieux nous faire entendre la portée universelle et résolument moderne du texte. Pour relever ce défi, Célie Pauthe a travaillé trois axes : le texte, la scénographie et les costumes.

L’originalité du projet réside sans conteste dans l’insertion d’autres matériaux  au cœur même du texte de Racine. Le spectacle s’ouvre par une projection d’un petit résumé du fait historique suivi d’un extrait du court métrage de Marguerite Duras, "Césarée". Tels des intermèdes, ces extraits s’invitent régulièrement au cours du spectacle et fonctionnent comme un chœur antique : la voix chaude de Marguerite Duras, son style répétitif et les images non moins obsessionnelles interrogent encore et encore l’affront fait à Bérénice, reine de Judée, promise à l’empire par Titus et finalement répudiée pour raison d’Etat ; les Romains ne pouvant se résoudre à accepter en leur sein une reine. De 79 ap. JC à aujourd’hui, en passant par le XVIIe, le comment du pourquoi, l’abandon et l’injustice résonnent toujours !

Deux autres ajouts s’invitent dans le texte et ne font pas moins sens. Ainsi, lorsque Bérénice apprend sa répudiation elle se met à échanger avec Phénice, sa confidente-nounou, en hébreu, comme si seul le retour à la langue maternelle pouvait exprimer la déchirure. Dans une belle réciproque, Antiochus, l’amoureux éconduit, récite "Recueillement" de Baudelaire. La douleur ainsi dite paraît toute naturelle, sans heurt avec le texte de Racine.

La scénographie opère ce même entre-deux. Le décor est fixe, comme il convient à l’unité de lieu, mais ce qui est donné à voir est comme mouvant. Deux allemandes blanches incurvées dessinent selon la lumière un intérieur bourgeois, un temple romain, une tente de général en bivouac. Le sol est recouvert de sable blanc qui évoque tantôt la terre de Judée, tantôt celle de Rome. Un double sofa agencé comme un triclinium, une petite table basse et une lampe composent le reste. Seules taches de couleur dans ce décor très blanc, les costumes, en particulier celui de Bérénice, vert d’eau (!), tout en réinterprétation contemporaine de la toge. Quelques accessoires complètent le tout. Certains sont du plus joli effet tel ce plaid rose dans lequel se renverse une Bérénice de vert vêtue et qui, encore innocente du sort qui l’attend, paraît ainsi jouer à la princesse. D’autres sont si appuyés qu’ils en deviennent ridicules, à l’instar du diadème que Bérénice arbore pour mieux faire preuve d’autorité. C’est cette lourdeur-là, malheureusement, qui pèse sur le jeu des comédiens, sauf notables exceptions.

Je ne sais pas si cette piètre qualité de jeu relève d’une direction d’acteurs, d’un choix de mise en scène ou bien de comédiens peu à l’aise. Toujours est-il que le phrasé est lent, et que l’alexandrin - bien audible - est respecté comme pour une récitation. Les voix portent peu : nous étions au 5e rang et c’était déjà limite. Seul Clément Bresson, dans le rôle de Titus, m’a fait frémir par la justesse de son jeu, sa voix pleine et l’immense palette de ses émotions. Mahshad Mokhberi fait de Phénice, la confidente de Bérénice, une belle mama juive et sa proposition tient la route. Mais son rôle est discret. Quant à Bérénice, en la personne de Mélodie Richard, son jeu est professionnellement très bon mais émotionnellement très plat. C’est Mounir Margoum, dans le rôle d’Antiochus qui cristallise mes interrogations. Est-il balourd dans son jeu parce qu’au fond le personnage qu’il interprète est un peu l’idiot de la farce et, en ce cas, c’est très réussi et très émouvant? Ou bien est-il maladroit comme pourrait l’être un comédien peu rompu à l’exercice du classique? Je ne saurais trancher. J’ai juste été agacée et lasse bien des fois !

"Bérénice" mise en scène par Célie Pauthe donne à voir un très joli spectacle d’un point de vue esthétique. Les choix scénographiques, originaux et intelligents, donnent une lecture rénovée de la pièce. Il est dommage, à mon sens, que le jeu gâche quelque peu l’ensemble.

Catherine Wolff

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30 avril 2018 1 30 /04 /avril /2018 15:43
Jusque dans vos bras

 

Un spectacle produit par les Chiens de Navarre (Paris, 12e), vu le 24 avril 2018 à la MC93 (Bobigny).

Mise en scène : Jean-Christophe Meurisse
Comédiens : Caroline Blinder, Céline Fuhrer, Matthias Jacquin, Charlotte Laemmel, Athaya Mokonzi, Cédric Moreau, Pascal Sangla, Alexandre Steiger, Brahim Takioullah, Maxence Tual, Adèle Zouane

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 1h45

Vingt ans environ que  je n’étais pas allée à la MC93 de Bobigny : il fallait les Chiens de Navarre pour m’y ramener.  Depuis, le théâtre a été rénové. Le hall central est spacieux et lumineux, doté d’une petite cafète sympathique  et d’une librairie théâtrale de poche. Le tout est très accueillant. Pourtant, on a beau se trouver au cœur du 93 bigarré, le public est à peine plus diversifié que par ailleurs, quoique plus jeune. Or "Jusque dans vos bras" parle précisément de ce problème ; de notre société française telle qu’elle est et telle que le discours délétère ambiant la réfute, la relègue, l’ostracise. "Jusque dans vos bras", un spectacle magistral, interroge le concept d’identité nationale pour mieux en révéler l’aspect chimérique et la déprime d’une société tout entière.

Le théâtre a été refait à neuf et pourtant lorsque l’on pénètre dans la salle, après la contrôle, une odeur de moisi et d’humus vous saisit à la gorge. Je m’interrogeais sur la qualité des travaux entrepris quand j’ai débouché sur une vaste pelouse. Elle occupe tout le plateau. Elle tient lieu de décor - tantôt parc urbain, tantôt Méditerranée - aux 10 tableaux qui vont se succéder dont un prologue qui annonce, avec force causticité et irrévérence, la couleur.

Chaque tableau dresse une rencontre avec l’autre ou supposé tel. Chacun se termine généralement en zizanie. On assiste, dans l’ordre, à l’enterrement d’un mort pour la France (à moins que ce ne soit l’enterrement de la France elle-même), puis à un pique-nique bobo, à un marivaudage entre De Gaulle et Marie-Antoinette, à la traversée de la Méditerranée, à l’entretien d’un migrant à l’Ofpra, à la famille d’accueil, à la conquête intergalactique, à Jeanne d’Arc et enfin à Obélix. Pour interpréter l’ensemble, ils sont 18, sept techniciens et onze comédiens, tous fantastiques dans la multitude des rôles endossés.

Il serait vain de vouloir résumer un spectacle d’une telle richesse et qui emprunte tous les ressorts théâtraux pour faire prendre conscience au public de la lepénisation des esprits. Je me contenterai d’évoquer quelques exemples qui m’ont particulièrement plu et qui rendent compte de l’intelligence du propos.

La mise en scène relativise ce qui est donné à voir et contredit ce qui est donné à entendre. Ainsi, dans le tableau n°2, nous assistons au pique-nique bobo. Le groupe d’amis s’assoit en avant-scène. Côté cour, en fond de scène, sous un lampadaire, un homme noir fume en silence après avoir poétisé à la façon d’Hugo et joué de l’harmonica. Côté jardin, un homme vient faire bronzette. Les convives discutent et ceux qui se revendiquaient naguère de gauche abondent en propos racistes, homophobes, jusqu’à remettre en cause la nationalité d’une de leur copine qui a le malheur d’avoir des origines. La question que pose la mise en scène est la suivante : qu’est-ce qui est le plus choquant? Qu’est-ce qui fait le plus peur? L’homme noir à capuche en fond de scène, le naturiste exhibitionniste qui essaie de faire de son sexe un hot dog (!), ou le groupe de trentenaires, bien propres sur eux et qui surenchérissent dans l’ignorance crasse et l’amalgame ? 

La prise à partie du public est une autre façon de questionner notre rapport actuel au monde. Le tableau n°4 est celui de la traversée de la Méditerranée. Le canot est en fond de scène, plein à craquer, et, comme il se doit, en perdition. Les malheureux appellent le public à l’aide. Seules quatre personnes oseront descendre des gradins et affronter des requins de pacotille, façon Interville. Quatre et pourtant nous sommes au théâtre ; quatre et pourtant, même dans la vraie vie, nous ne sommes plus à l’époque où aider signifiait risquer la mort…

Commencer par soi-même. Autrement dit, la troupe est un bel exemple de diversité. Des filles, des garçons, des couleurs, des jeunes et des moins jeunes et même un géant. Brahim Takioullah interprète De Gaulle. J’ai pensé qu’il s’agissait d’un comédien en échasses ou bien juché sur un collègue. Mais, au salut, Brahim Takioullah apparait dans toute sa singularité : vérifications faites, il est le deuxième homme le plus grand du monde et mesure 2,46 mètres ! C’est un comédien amateur mais qui campe un De Gaulle posé face à une Marie-Antoinette bien délurée.

La convocation des figures historiques est hilarante. Les Chiens de Navarre leur tirent dessus à boulets rouges pour démystifier ce qui constitue sans doute le meilleur terreau de la supposée identité nationale. Marie-Antoinette atteint le summum du gore et du mauvais goût dont le spectacle raffole pour le meilleur effet. Couverte de sang, elle comble sa trachée ouverte d’un tampon, seul moyen qu’elle ait trouvé, dit-elle, pour stopper l’hémorragie. Jeanne d’Arc, notre chère pucelle éthérée, se présente sous la figure d’une poissarde à l’armure poussiéreuse en quête d’un bon coup qu’elle choisira dans le public.

Néanmoins, le spectacle ne se réduit pas à une succession de sketchs. Il sait faire la part belle aux images, riches en émotions et desquelles l’habillage musical n’est pas étranger. J’évoquerai, parmi d’autres, le dernier tableau. C’est un peu la Madeleine de Proust. L’identité nationale, si elle existe, se résume simplement au souvenir de la lecture, enfant, d’Astérix et d’Obélix. Obélix est là, d’ailleurs, sur scène. Il déprime. Mais à la demande de son interlocuteur, il rejoue une énième fois la scène de la poissonnerie dans la "Zizanie", sur le thème des "Variations Goldberg".

Mon compte rendu tient un peu du catalogue mais il est difficile de faire comprendre ce qui ne peut qu’être vu. Par l’excellence du jeu, l’audace, le rapport au public, l’irrévérence et le côté décalé, les Chiens de Navarre s’inscrivent dans la même lignée que les 26 000 couverts. Mais "Jusque dans vos bras" est un spectacle autrement plus politique et juste essentiel par les temps qui courent. Quel dommage qu’il ne joue qu’une semaine !

Catherine Wolff

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9 avril 2018 1 09 /04 /avril /2018 15:48
Notre innocence

 

Spectacle produit par le Théâtre National de la Colline, vu le 31 mars 2018, au Théâtre National de la Colline (Paris, 20e).

Texte et mise en scène : Wajdi Mouawad
Comédiens : Emmanuel Besnault, Maxence Bod, Mohamed Bouadla, Sarah Brannens, Théodora Breux, Hayet Darwoch, Lucie Digout, Jade Fortineau, Julie Julien, Maxime Le Gac-Olanié, Etienne Lou, Hatice Őzer, Lisa Perrio, Simon Rembado, Charles Segard-Noirclère, Paul Toucang, Mounia Zahzam, Yuriy Zavalnyouk  et en alternance, Inès Combier, Céleste Segard, Aimée Mouawad

Genre : Théâtre
Public : Adulte
Durée : 2h10

C’est lorsque les lumières ont baissé que j’ai pensé à demander à l’amie qui m’accompagnait : "Au fait, ça s’appelle comment ?". Car lorsque Wajdi Mouawad est à l’affiche, qu’importent les détails, je vais voir Wajdi Mouawad. J’ai été totalement prise à contre-pied par cette nouvelle forme et c’est tant mieux.

C’est toujours compliqué de chroniquer un spectacle de Wajdi Mouawad tant la pensée est complexe, le télescopage des générations incessant, le verbe dense. Je vais essayer de faire simple. "Notre innocence" est chapitrée en 5 parties (le sang, la chair, le corps, l’esprit, la vie) assorties d’un prologue. Une jeune femme, dans un long monologue tout en mise en abyme, nous expose le projet pour lequel Wajdi Mouawad l’aurait contactée. Ecrire et monter une pièce avec les élèves qu’il dirige au conservatoire de Paris. Lorsqu’il avait leur âge, au conservatoire de Montréal, son meilleur ami et camarade de promo, Tristan, s’est suicidé. Wajdi Mouawad souhaite que le groupe invente un personnage de promo qui connaisse le même sort afin d’explorer le séisme émotionnel d’un tel évènement. Ce sera Victoire. C’était sans compter sur l’effraction de la terrible réalité et le suicide bien réel d’une camarade de promo, Camille. Comment des jeunes gens de 25 ans, a priori bien intégrés, en arrivent-ils à mettre fin à leurs jours ? A quel héritage sont-ils confrontés ? Leurs pairs ont-ils une part de responsabilité ? De Tristan à Camille en passant par le prisme fictif de Victoire, "Notre innocence" dresse un portait sans concession du monde tel qu’il a été reçu, tel qu’il est et tel qu’il faudrait le réinventer.

Ils sont donc 18 sur scène, âgés de 25 ans environ. Neuf garçons et 9 filles, tous issus du conservatoire. Chacun a son histoire singulière et beaucoup ont "des origines". Ils font corps. Corps de leur génération puis corps autour "d’une déesse de 10 ans" qui fera son entrée au chapitre "Esprit".
Premier contre-pied, la scénographie est étonnamment sobre. Un plateau nu. Dix-neuf chaises pliantes noires alignées contre un cyclo qui parfois coulisse en avant-scène. A cette base s’ajoutent tantôt des allemandes éclairées en contre-jour, tantôt une longue table en bois témoin d’une nuit fort alcoolisée, tantôt enfin des ouvertures dans le cyclo.

Les 5 actes qui constituent la pièce sont inégaux. "Sang" et "Chair" que l’on peut associer par la forme sauvage sont sans conteste le clou du spectacle. "Sang", surtout. Les 18 jeunes gens forment un chœur. De l’appartement dont s’est défenestrée Victoire, ils esquissent le destin des locataires précédents en remontant l’histoire depuis la Grande Guerre jusqu’à mai 68 en passant par l’Algérie et clament l’horreur du monde ; le sacrifice, à chaque génération, de la jeunesse ; l’égoïsme des pères. C’est tout à la fois un chœur tragique dans la grande tradition, une manifestation, un énorme doigt d’honneur. Les 18 voix sont à l’unisson. Pas de chef de chœur et pourtant, pendant 20 bonnes minutes, la synchronisation des voix est totale et la rythmique implacable. Lente, rapide, orgasmique, saccadée. Parfois, le silence se fait et le cri repart, de plus belle. Parfois le chœur tourne en rond tel un disque rayé : à l’inévitable question posée par les parents sur "qu’est-ce que tu vas faire de ta vie", le chœur entonne un "j’en sais rien" de 5 bonne minutes, suivi d’un acronyme créé pour la circonstance, un "jsr" qui chante longtemps avant de revenir à "j’en sais rien". Et face à la vacuité laissée en héritage, ce corps fait voix revendique haut et fort, comme seuls échappatoires, le cul, les écrans, et la régression dans le Nutella et autre Chocapic. L’énumération régressive de toute la gamme des céréales pour petits déjeuners est à mourir de rire malgré cette charge d’une rare violence et qui nous laisse dans un état de sidération cathartique !

"Sang" a pour corollaire "chair". Les jeunes gens se changent à vue. Tenues sexy pour les filles et noires pour tout le monde. Après le corps fait voix c’est la voix qui se fait corps. Ils sont en boîte pour fêter l’anniversaire de l’un d’entre eux. Ils dansent, que dire, ils se défoulent, s’abrutissent dans le bruit et la fureur de la boîte mais cette fois résolument seuls, chacun dans son trip.
Le réveil, avec la découverte du suicide de la camarade, est douloureux. C’est l’acte central mais, d’un point de vue théâtral, le spectacle retombe quelque peu. Il est à penser au vu des deux précédentes performances que les parties suivantes ont été moins travaillées. Le jeu individuel, qui révèle le délitement du collectif face à l’adversité (à l'exception de Jade Fortineau, d’Etienne Lou et Paul Toucang et j’espère ne pas me tromper !), fait résolument penser à un travail de fin d’études. Ça devient sérieusement longuet et bavard.
L’entrée en scène de la petite fille, alias Alabama, fille de Victoire la suicidée, fait basculer le spectacle dans un conte poétique où le verbe et l’imaginaire seraient rédempteurs. Ces deux derniers actes pèchent aussi par un excès de lenteur mais l’atmosphère d’ensemble - la pénombre, la sonorisation de la voix de la petite fille, les projections lumineuses, la trame narrative du conte - est plaisante.

"Notre innocence" est un spectacle riche de sens. Les deux premières parties sont totalement inouïes et valent, à elles seules, le détour. Elles compensent allègrement les insuffisances des autres parties. Fasse que le spectacle soit repris à la saison prochaine avec ces quelques corrections.

Catherine Wolff

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