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  • Site d'aide à la diffusion et à la programmation de spectacles vivants couvrant tous le grand Sud Est de la France, dédié aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs.
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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
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Découvrez sur le site www.vivantmag.fr, le catalogue des spectacles repérés... et l'ensemble des services de l'Association d'Aide à la Diffusion Interrégionale du Spectacle Vivant, l'AdAdiff.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 19:01
Rose
Rose

Spectacle de la Cie Le Mouton Carré (69), vu le Mercredi 6 avril 2016, à 18h30, au Théâtre du Chai du Terral, Saint Jean de Védas (34)

D'après le roman de Colas Gutman (2009)

Mise en scène : Nathalie Baussand

Scénographie et création de marionnettes : Bénédicte Gougeon

Création musicale et univers sonore : Romain Baranger

Création Lumière : Jordan Lachèvre

Genre : Théâtre d'habits sur fil musical

Public : à partir de 7 ans

Durée : 1h15

Création 2015

Prix du Jury Coup de Pouce 2012, Festival Au Bonheur des Mômes

Rose est une petite fille qui déménage dans une nouvelle ville, elle change d’école, de professeur, de copains et découvre sa nouvelle vie. Petit bémol, Rose a un défaut de langage et parle comme une "tartinouille" quand sa langue se "croche-patte". Elle aurait pu se replier sur elle-même, mais elle a fait le choix d’aller vers les autres, et d’assumer sa différence.

Bénédicte Gougeon campe parfaitement cette enfant et, dans une mise en scène très originale, occupe totalement l’espace. Romain Baranger lui donne la réplique, en musique, en bruitages et en dialogue. Les deux acteurs donnent vie à différents objets qu’ils transforment en une multitude de personnages. L’actrice virevolte d’une personne à l’autre en mimant chaque attitude avec grâce et dextérité : les professeurs sont des lampadaires, la mère une ventouse mouvante. Elle anime les habits d’une étonnante garde-robe, donnant vie à de nombreux personnages suspendus à deux fils à linge, tendus sur scène, servant de support à tout ce beau monde. Une grande place est accordée à la lumière. Elle crée des ambiances tantôt festives, tantôt chaleureuses, et délimite de nouveaux espaces. Les intrigues et les amitiés se nouent autour de la cour d’école et de l’épicerie du quartier.

Cette pièce, joyeuse, est destinée à un jeune public, mais les adultes, grâce au rythme soutenu et à une mise en scène ingénieuse, peuvent y retrouver également leur âme d’enfant. La pièce porte un message de tolérance et d’amitié. C’est un spectacle où les enfants et les parents partagent les mêmes émotions.

Richard Gineste

Published by Richard Gineste - dans Spectacle Jeune Public
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10 avril 2016 7 10 /04 /avril /2016 14:01
Phèdre (Racine)
Phèdre (Racine)

Spectacle de la Cie Théâtrale Francophone (34), vu le 13 et revu le 20 Mars 2016, à 18h, au théâtre Pierre Tabard, Montpellier (34)

Tragédie de Jean Racine (1677)

Mise en scène : Damiane Goudet, assistée de Christophe Roche

Avec : Joël Abadie, Nicole Fournière-Ney, Karine Laleu, Hélène Poulain, Jacques Rebouillat, Jean-Louis Sol

Costumes : Sophie Bastide

Genre : Théâtre classique

Public : Tous dès 12 ans

Durée : 2h10

Jauge : de 50 à 800

Création Mars 2016

"Phèdre" est vue comme la meilleure pièce de son auteur avec ses scènes cultes, ses vers qui ont marqué des générations et la profondeur de ses personnages aux passions intemporelles. Monter "Phèdre" engage donc talents et énergie. Conquise malgré les petites hésitations que j'avais observées lors d'une des premières représentations, j’ai pu en le revoyant plus tard apprécier l’harmonie bien rodée de ce spectacle qui est une réussite.

L'intrigue s'inspire d'un mythe grec. En résumé, Phèdre, petite-fille du Soleil, éprouve une passion irrépressible pour Hippolyte, fils d’un premier lit de son mari Thésée, héros mythique et roi d’Athènes. La pièce commence alors que Thésée est parti en confiant son épouse et la cour à la protection d’Hippolyte. Or Phèdre s'épuise à tenter de contrôler son amour incestueux, ce qui inquiète sa nourrice Œnone. L'imprudence de cette dernière et la rumeur de la mort de Thésée conduisent Phèdre à rompre les digues et avouer son désir à Hippolyte, qui la repousse. Prise de jalousie délirante lorsqu’elle apprend qu’il aime la jeune Aricie, puis piégée par le retour de Thésée et par une maladresse d'Œnone, Phèdre provoque morts et désespoir autour d'elle, jusqu’à son propre suicide. Thésée, Aricie et Théramène précepteur d'Hippolyte restent seuls.

Le public s'installe alors que sur le plateau rêve érotique et passion s’offrent aux regards : une femme drapée dans un drap rouge sang, gît, effondrée mais vivante, en préfiguration de la forme que prendra la mort de Phèdre à la fin de la pièce. Cette vision charnelle annonce une mise en scène ancrée dans les corps et leurs vibrations émotionnelles.

Porté par d'excellents interprètes à la diction parfaite chargée de vie et d'émotions, et sans aucune emphase, le texte révèle toute sa beauté et sa puissance évocatrice. J'ai été frappée par la générosité du jeu de chacun. K.Laleu fouille tous les aspects du personnage de Phèdre et transmet sa complexité, avec sa lucidité comme ses aveuglements. Sa souffrance est palpable mais sa cruauté peut être glaçante. Sans jamais déraper la comédienne prend des risques en poussant parfois gestes et voix à l'extrême débordement émotionnel : ainsi, menant magnifiquement la longue scène de l’aveu à Hippolyte, elle trouve les mouvements justes pour à la fin se ruer passionnément sur lui. J.Abadie révèle un Hippolyte profond et convaincant à qui les tourments font prendre de la maturité. Face à Phèdre comme face à Thésée, il exprime avec nuances toutes les émotions, jusqu'aux plus fugitives, autant que sa détermination. Son précepteur Théramène trouve en J.L.Sol un interprète de sa sagesse et de sa sensibilité. Regard bienveillant et diction posée dont la respiration rythmée comme un chant m’a épatée, témoignent de l’affection qu’il porte au prince. De sorte que le public est prêt à vibrer à sa douleur lorsqu’il rapporte à Thésée longuement et dans les moindres détails la mort horrible d’Hippolyte. Très belle scène. N.Fournière-Rey donne au rôle important d’Œnone toute son ambivalence en traduisant parfaitement son dévouement aveugle et ses affolements qui la conduisent involontairement à provoquer sa propre perte comme celle d'Hippolyte et de Phèdre. H.Poulain est une Aricie digne et attachante. Quant au malheureux Thésée, J.Rebouillat traduit bien les balancements de ce héros mythique fort de ses exploits, massif mais sensible, déconcerté mais réactif, avant d’être définitivement ébranlé et ne plus être qu'un simple humain. Bravo à tous !

Les costumes très beaux sans esthétisme révèlent les rangs et les caractères : du raffinement rouge foncé pour la grandeur et la passion de Phèdre et un autre rouge plus enrobant pour la passion maternelle d'Œnone, un drapé près du corps pour Aricie, enfin du brun pour les hommes, marqué de cuir et métal pour les héros, comme dans l'iconographie antique.

Jouant sur une véritable incarnation des personnages, ce spectacle révèle le génie actuel de "Phèdre" et, ne serait-ce que pour les émotions qu'il procure, il mérite d'être vu. Le classicisme de la pièce est respecté et les enseignants verront là une excellente mise en jeu. Les publics scolaires découvriront le plaisir d'apprécier la vitalité d'une grande pièce. Les amateurs de "classique" retrouveront de grands moments de théâtre, mais ce spectacle ne doit pas leur être réservé. Très vivant, il peut en effet séduire un large public et donne à réfléchir sur les passions humaines et les agitations qu'elles suscitent, ouvrant de vastes débats.

Catherine Polge

Spectacles pour adultes de la Cie sur le blog : La Mort de Don Juan , Antigone

Published by Catherine Polge - dans Spectacle Tout public
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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 17:03
Tess & Ben
Tess & Ben

Concert de Tess & Ben (84), vu le 2 mars 2016, à 21 h au Théâtre de l’Oulle à Avignon (84)

Chant : Tess

Contrebasse : Ben

Genre : Concert

Public : Tous

Durée : 1h15

Le 2 mars dernier, le Théâtre de l’Oulle lançait son opération "Café Culturel", en accueillant Tess & Ben, un duo contrebasse et voix, accompagnés pour l’occasion de deux autres contrebasses pour un nouveau projet artistique.

L’univers de Tess & Ben est unique. Ce duo avignonnais, que j’ai découvert avec grand plaisir il y a deux ans, revisite les classiques de la chanson française et internationale dans un groove doux et rythmé, teinté de légèreté et d’humour. De Massive Attack à Michael Jackson, en passant par Madonna et Serge Gainsbourg, ces deux-là nous montrent qu’avec ces petits riens, il est possible de faire beaucoup.

Leur duo fonctionne parfaitement pour de grandes ou de petites jauges, et vous transporte avec élégance dans une musique minimaliste mais riche. Leurs arrangements sont légers et originaux, et vous font balancer le corps sans vous en rendre compte. Tess et sa voix sensuelle se posent sur les arrangements subtils et habiles de Ben et nous font redécouvrir des chansons connues de tous.

La version en quatuor, qu’ils nous ont présentée en seconde partie est toute fraîche et se cherche encore. Mais ils sauront sûrement trouver l’équilibre qu’ils recherchent. A suivre…

Eric Jalabert

Published by Eric Jalabert - dans Concert
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2 avril 2016 6 02 /04 /avril /2016 16:52
Opium
Photo : Anya Tikhomirova
Photo : Anya Tikhomirova

Spectacle de La Zampa (Artistes Associés), vu à L'Odéon (Théâtre de Nîmes), le 9 mars 2016

Une proposition de : Magali Milian et Romuald Luydlin

Avec la collaboration de : Laurent Benard, Benjamin Chaval, Sophie Lequenne, Valérie Leroux,Romuald Luydlin, Corine Milian, Magali Milian, Manusound, Lucie Patarozzi, Denis Rateau, Marc Sens, Anna Vanneau

Collaboration, phase préparatoire : Julien Cernobori (journaliste/anthropologue), Soraya Hocine et Anya Tikhomirova (photographes), Corine Milian (chanteuse), Marc Sens (guitariste)

Genre : Danse contemporaine-Cabaret-Concert

Public : Adultes et adolescents

Durée : 1h10

Création 2016

D’emblée, le son propulse le public dans une autre dimension, en dehors du cadre ordinaire : "l’ivresse pour s’extirper du réel" comme l’annonce le texte de présentation du Théâtre de Nîmes (dont La Zampa est artiste associé pour les saisons 2015 et 2016). De quoi manquer de repère, se perdre et s’oublier. Comme l’opium, "la drogue de l’oubli", qui a inspiré le titre. Pendant un peu plus d’une heure, les spectateurs vont osciller entre la frénésie musicale et la nonchalance des corps.

Dès les premières secondes, une musique assourdissante se propage dans la salle de L’Odéon de Nîmes. Toutes les rangées sont occupées et les spectateurs attendent patiemment que la lumière se fasse sur scène. Mais le son électronique se prolonge crescendo et semble ne jamais s’arrêter. Presque infernal dans son semblant d’éternité. Venant tout droit du plateau, la musique "en live" annonce déjà la couleur d’un spectacle vivant. Trois musiciens, un chanteur et quatre danseuses sont sur scène. Petit à petit, leurs silhouettes plongées dans le noir se dessinent. Certains spectateurs se débouchent les oreilles, enfin. Les danseuses tournent lentement autour d’une table, comme les humains peuvent tourner en rond dans leur quotidien.

Jusqu’à la fin, la chorégraphie restera assez statique, sans doute pour représenter l’immobilisme des néo-révolutionnaires ou montrer l’espèce de schizophrénie humaine poussant à crier au scandale, implorer le changement, déborder d’énergie et d’idées, sans pour autant réussir à atteindre ses idéaux. La pièce navigue entre les notions d’individu et de collectif, d’indifférence et d’engagement politique. Pour faire ressortir cette ambivalence, la compagnie s’est appuyée sur la pensée d’Hannah Arendt. Mais encore faut-il le deviner... Les quelques paroles vides de sens adressées au public représentent-elles la tendance à parler plutôt qu'à agir ? L’étrangeté et les propos décalés déclenchent des rires dans la salle… ou laissent pantois. Le rythme très morcelé s’inspire d’un cabaret (plutôt sombre que festif, ne serait-ce qu’au niveau des couleurs), à l’image des costumes déjantés et dépareillés des danseuses qui se changent sur scène.

Cette fragmentation, ces cassures sonores, ces changements de tenues, brisent définitivement toute tentative de lecture linéaire, comme pour montrer l’absurdité de ce monde. Sans doute une manière d’exprimer la difficulté à "faire peuple" puisque la compagnie interroge la notion de communauté et de groupe. Les masques "cabaret" portés par les danseuses en début de spectacle représentent-ils l’hypocrisie cachée derrière certains discours qui unissent les Hommes autour d’une nation, d’un idéal commun, pour le meilleur et pour le pire ? Soudainement, une voix "off" masculine parle de guerre avec un accent et raconte avoir "tué à 15 ans".

Mais derrière cette critique sociale martelée par la batterie, la guitare électrique et des chansons en anglais à tendance rock, on perçoit aussi de la beauté et de l’harmonie. Par moment, les mouvements s’accordent. Des galipettes en file indienne, délicates, aériennes, parfaitement maîtrisées, apportent un peu de légèreté et de douceur en bord de scène. L’absence d’élan, sublimée par la danse, semble s’infiltrer dans chaque membre du corps : une paresse dévore les danseuses, parfois jusqu’à leur chair, dévoilant leurs torses et leurs seins nus. La nudité serait-elle un passage incontournable du spectacle contemporain ? La pièce se veut originale mais utilise des mécanismes qui ont un air de déjà-vu. Cela pourrait passer, mais l’on aimerait surtout que passe l’émotion…

À la fin, la boucle est bouclée. On retrouve la même configuration qu’au départ autour d’une table. Un tableau qui semble illustrer l’aspect cyclique, répétitif, des crises et des euphories sociétales. La musique se déchaîne alors que les corps s’engourdissent. Les applaudissements, eux, sont énergiques et des "bravos" fusent dans la salle. Le public semble toutefois mitigé. Derrière moi, j’entends un adolescent conclure : "je n’ai rien compris". Si l’expression des corps en danse contemporaine n’est pas toujours compréhensible ou accessible aux profanes, le travail esthétique et recherché de La Zampa mérite tout de même d’être souligné. Leur création s’inscrit dans un projet lancé il y a plus d’un an : le fruit d’une collaboration avec un journaliste anthropologue et deux photographes.

Lauren Muyumba

Published by Lauren Muyumba - dans Spectacle Adultes
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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 00:41

Laurent Rochut, directeur du Théâtre de l’Oulle depuis 2015, dispose d’un des plus beaux plateaux d’Avignon, avec une capacité d’accueil de 195 personnes.

Non content d’offrir une nouvelle scène permanente à la ville-festival, avec une programmation dense et un accueil régulier de compagnies en résidence, le directeur a lancé le 2 mars son opération "Cafés Culturels". L’idée est de proposer le lieu aux associations du Grand Avignon œuvrant dans le domaine culturel, en offrant un vrai plateau pour des rencontres diverses : concerts, spectacles et toute la diversité du spectacle vivant, mais également conférences thématiques, débats et échanges autour de tout ce qui touche la culture.

Vous me direz que l’idée n’est pas nouvelle, mais la particularité est de ne pas louer le lieu et de proposer une entrée gratuite ou un tarif inférieur à 10 € qui revient, pour la plus grande partie voire la totalité, aux associations organisatrices.

Les prochaines dates se trouvent sur le site internet du théâtre, mais la programmation est d'ores et déjà ouverte pour la rentrée prochaine, à partir de septembre 2016. N’hésitez pas à contacter l'équipe pour lui présenter vos projets et caler des dates avec elle. Ce sera tous les mercredis et jeudis soirs.

Une belle initiative pour l’un des lieux partenaires de Vivantmag.

www.theatredeloulle.com

Published by Eric Jalabert - dans Salle de spectacles
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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 21:29
Le Chant des pierres
Le Chant des pierres

Spectacle de la Cie La Morena (34), vu le 16 Fév. 2016, 15h30, dans le cloître de St Trophime, Arles (13)

Conception, textes et chant : Emmanuelle Bunel

Piano, arrangements : Vincent Lafont

Et le Quintet vocal Les Cytèles dirigé par Emmanuelle Bunel

Genre : Visite-Spectacle-Concert

Public : Tous

Durée : 1h15

Création : 2010, formule renouvelée ce jour

Dans la ville d’Arles classée "ville d’art et d’histoire", la plupart des monuments sont inscrits au patrimoine mondial de l’humanité et le cloître St Trophime n’est pas un des moindres à recevoir des visiteurs. Originale et passionnante, la visite, aujourd'hui, convoque la musique, la voix et la culture locale. Elle nous fait entendre "le chant des pierres" de deux salles (du XIIe siècle) de ce très beau cloître. Proche du public, E.Bunel tisse une trame narrative documentée qu'elle incarne devant nous en y entrelaçant ses chants, dans une première partie en solo, puis ceux des Cytèles, très beau chœur. Dans la salle des tapisseries illustrant les exploits des croisés, E.Bunel chante un poème de troubadour, une berceuse hébraïque, des rythmes séfarades et arabo-andalous, accompagnée au piano. D'une très belle voix qui module les émotions, elle dit la nostalgie des "dames" restées seules et rappelle aussi l'exil des Juifs et Musulmans fuyant l'Espagne pour d'autres rivages où ils apportent leur langue. L'ambiance change dans la seconde partie de la visite : alors que nous nous dirigeons vers l'ancien dortoir, voici, sculptée sur un chapiteau du déambulatoire, la Tarasque, monstre hideux tapi dit-on au fond du Rhône, qui terrifiait les riverains ! Et, dans l’ambiance dépouillée du dortoir éclairé par des vitraux de tonalités vert pâle, E.Bunel raconte la légende de cette bête affreuse réfugiée dans le fleuve, et que Ste Marthe, exilée elle aussi, a su apitoyer. La fin est dure pour la bête car l'humain est cruel. S'appuyant sur des textes d'archives, la comédienne parle de ces "temps de peur et de lamentation". En contrepoint le chœur des Cytèles chante de superbes mélodies. Enfin, un poème d'E.Bunel sur la mer et une belle mélodie italienne chantée par les Cytèles nous ramènent à notre époque. Si ce spectacle enchante en faisant voyager dans le passé, sa dimension poétique propose une réflexion enrichissante sur notre temps qui vit, lui aussi, ses amours, ses guerres, ses exils et ses peurs sources de haines.

En circulant dans le cloître au rythme de la musique, des chants médiévaux et des légendes du passé, je suis sortie de la posture simple de touriste pour m’immerger dans ce monde ancien. Les tapisseries prennent sens, les sculptures sont regardées plus attentivement et l'architecture renvoie les échos de la voix et de la musique, comme si l'oreille aidait le regard à mieux voir. Le choix très diversifié des chants m'a fait découvrir un magnifique pan de notre patrimoine musical, nullement démodé, et aux rythmes envoûtants ou entraînants. Nostalgie de la "dame " délaissée avec "L’on dit qu’amors est dolce chose", aventure et cavalcade avec "Una tarde de Verano", tendresse, conseils rassurants, etc., ils sont fascinants. En ponctuations bien amenées, ils introduisent même parfois un certain humour. Ainsi les Cytèles chantent, avec raison pensais-je..., "Las, je n’irai plus au bois feuillu" en contrepoint de la description épouvantable de la Tarasque, contée par E.Bunel. La comédienne sait emmener son public avec elle. Dans ce spectacle, corps et voix ne font qu'un, c'est stupéfiant. Chez E.Bunel comme chez les Cytèles, déplacements, gestes, regards vivent en accord spontané avec les mots et la musique. V.Lafont est excellent. Que de beauté et d'émotions dans cette visite !

Accessible à tous, enfants comme adultes, sans exiger de connaissances préalables, divertissant et instructif, ce spectacle est une excellente forme de visite de monuments historiques. Associant plusieurs formats artistiques, il procure de nombreuses satisfactions esthétiques tout en questionnant sur des problématiques actuelles. La compagnie propose d'enchanter ainsi d'autres sites chargés de mémoire.

Catherine Polge

Autre spectacle de la cie sur le blog : "Un lion derrière la vitre"

Published by Catherine Polge - dans Concert
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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 20:49
L'Apoplexie méridienne
crédit photo : JO Badia
crédit photo : JO Badia

Spectacle de la Cie Rhapsodies Nomades (34), vu le 10 Fév. 2016, 20h, au théâtre Jean Vilar, Montpellier (34)

D'après "Voyage au bout de la nuit" (Partie africaine) de L.F. Céline (1932)

Mise en scène : Chloé Desfachelle

Avec : Antoine Bersoux et Gahé Bama

Chorégraphie : Gahé Bama

Création lumière : Clélia Tournay

Scénographie : Antoine Bersoux et Chloé Desfachelle

Genre : Théâtre

Durée : 1h15

Public : Tous à partir de 15 ans

Création 2016

Premier roman de Céline, "Voyage au bout de la nuit" utilise des éléments biographiques mais reste une œuvre de fiction où l'auteur révèle sa vision désabusée et cynique de la condition humaine. Rhapsodies Nomades a déjà monté la première partie de l'ouvrage où le personnage principal, Bardamu, affronte la guerre de 14. La compagnie propose ici une adaptation de la deuxième partie, dite "africaine". Après la guerre, Bardamu (A.Bersoux) part en Afrique et devient tenancier de comptoirs de brousse. Il y découvre un autre enfer et touche une fois de plus le "bout de la nuit". C.Defaschelle explore et nous donne à voir la puissante beauté du langage de Céline, chargé de nihilisme et d'ironie. Bardamu raconte sans détours ce qu’il voit : le comportement ignoble de Blancs investis de pouvoir ; la vie pathétique et dérisoire des petits employés européens ; la misère, les mauvais traitements et les humiliations subies par les Noirs ; la veulerie de ceux d’entre eux qui se commettent avec les Blancs ; les trafics, l’hypocrisie, l’inutilité de tout. Maladies étranges, dysenterie, délires enterrent les derniers rêves des pauvres types coincés comme lui dans cet enfer. Témoin lucide mais détaché, il n'intervient pas. Un Noir (G.Bama) accompagne son récit. Tantôt immobile, tantôt bougeant au rythme d’une chorégraphie douloureuse, ironique, déchaînée ou cruelle, il ponctue le texte de sa présence et pousse le spectateur à s’interroger sur le couple Blanc-Noir. Lumières, musique, bruitages, masques accentuent la beauté morbide de ce voyage entre pénombre et nuit.

Tout dans ce spectacle restitue fidèlement le tracé de cette œuvre qui ne franchit jamais la frontière la séparant des "bons sentiments" : le cynisme y dédouane de toute compassion, les observations fines sont cruelles, la sensibilité évacue toute empathie. Excellent, A.Bersoux parle, invoque ou crie avec les mots de Céline. Il se dresse, chancelle, s’assied ou se replie sur lui-même et me fait visualiser les nuits terrifiantes, les levers de soleil dorés avec des ciels splendides, la forêt et le fleuve au son des tam-tams, la case miteuse d’un Blanc paumé, l’eau boueuse pour boisson, les conserves immondes pour pitance, etc. Les éclairages sculptent le visage du comédien et, au paroxysme de son délire, n’en laissent plus deviner que la charpente osseuse. Il y a du tragique, du burlesque et du fantastique. On retient sa respiration, mais on rit aussi. Chants africains et morceaux musicaux très choisis (Gabon, Côte d'Ivoire) accompagnent la narration. L'introduction, entre mythe et réalité, du personnage africain joué par G.Bama, donne un peu de sens et d'humanité dans la cruauté oppressante du texte. Sur une belle chorégraphie, il danse ou s’immobilise, se rapproche de Bardamu, s’en éloigne ou disparaît pour laisser la place à un danseur masqué. J’ai vu là un regard plein d'humour sur les fantasmes des Blancs, la tentative de partage d'une humanité commune et l’abîme creusé par le colonialisme. Les deux comédiens ne sortent à aucun moment d’un cercle délimité au centre de la scène. Le Noir et le Blanc sont ainsi enfermés dans une vie sans destin et liés l’un à l’autre par l’absurdité d’un système destructeur. La mise en scène exprime ainsi remarquablement le roman qui ne nous fait grâce d’aucun détail, n’épargnant rien ni personne, les bons comme les méchants. A la sortie du spectacle, je me suis plongée dans la relecture du "Voyage au bout de la nuit".

Le seul nom de L.F.Céline est indissociable d'un débat à jamais ouvert : quelle place donner à la beauté et au style novateur du roman face aux engagements ignominieux de son auteur ? Où situer et comment apprécier la singularité de la création littéraire dans l'Histoire ? La mise en scène de cette œuvre est toujours un pari, et il est ici réussi. Les lecteurs de Céline, autant que ceux qui souhaitent le découvrir et les amateurs de littérature, trouveront dans ce "Voyage" un très beau spectacle et matière à discussions fondamentales.

(La compagnie se déplace avec son régisseur lumière.)

Catherine Polge

Autre spectacle de la Cie sur le blog : La petite poule qui voulait voir la mer

Published by Catherine Polge - dans Spectacle Adultes
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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 19:53
 "Avant l'aube" chronique plurielle et populaire

Film "Avant l'aube" de Raphaël Jacoulot, vu ensemble le 24 février 2016, à Pézenas, dans le cadre de la 54ème édition des "Rencontres Cinématographiques"

Film de : Raphaël Jacoulot

Avec : Jean-Pierre Bacri, Vincent Rottiers, Ludmila Mikaël, Sylvie Testud, Céline Sallette

Sortie le 2 mars 2011

Chronique plurielle et populaire écrite par : Jean-Luc, Odile, Grégory, Isabelle, Corinne, Léonie, Xavier, Jean-Marie, Roseline, Cécile, Emilie, Denis et Didier

Voilà bien qu’on profite à Pézenas du programme des "Rencontres Cinématographiques", rendez-vous annuel, 54ème édition ! Parmi les films britanniques, à l’honneur cette année, se sont glissés les longs-métrages du Français Raphaël Jacoulot, "Barrage" (2006), "Coup de Chaud" (2014) et, donc, "Avant l’aube" (2011).

- A 21h, le réalisateur en personne présente son œuvre ; il reviendra après la projection pour débattre avec le public encore présent. Il nous prévient "ça se passe à la montagne ; vous allez sentir le froid !" Ayant vu "Coup de chaud" l’avant-veille, je n’avais pas alors ressenti la chaleur annoncée par le même Raphaël Jacoulot lors de la présentation du film. "Avant l'aube", c'est annoncé comme un polar ; effectivement, une intrigue se tisse devant mes yeux qui n’arrivent pourtant pas à s’ébahir complètement. Pourtant il y a Jean-Pierre Bacri que j’adore d’habitude, dans un rôle taillé pour lui : directeur de l’hôtel… Mon impression générale est que cela sonne un peu creux, tant au niveau des situations humaines que de l’intrigue en général. Je n’ai rien trouvé de plus que de me dire que ce n’est pas un polar, mais une fable sociologique sans grande conséquence. Jean-Luc

- Une voiture grimpe à travers la montagne par une petite route sinueuse dans un milieu froid et hostile. Neige. Nuit. Mauvaise visibilité. Une musique anxiogène accompagne cette lente montée, laissant présager un danger. A son bord, un jeune homme, joué par Vincent Rottiers, en stage de réinsertion dans un hôtel de luxe d’une bourgade isolée. Alors qu’il est chargé de la réception, il est témoin d’agissements suspects de la part de son patron et du fils de celui-ci. Bacri, le patron, qui incarne ici la fascination et le pouvoir, se montre ambigu puis résolument toxique et Vincent est confronté à un jeu de dupes auquel il ne veut rien comprendre. Les personnages qui les entourent (mère, fils, belle-fille, amie, chargée d’enquête) déversent tour à tour incompréhension, angoisse, peur, dégoût, colère et espoir sur ce duo infernal. Sur fond d’affrontement entre les classes sociales, le monde bourgeois d’en haut, et le monde ouvrier de la vallée, Raphaël Jacoulot nous entraine, avec une maîtrise certaine, dans les bas-fonds de l’âme humaine ! Odile

- Il faisait chaud dans la salle de cinéma, peut-être que cela était dû au suspense du film. C’était un peu long pour moi pour rentrer vraiment dans l’histoire, mais j’ai eu beaucoup d’émotions. La musique a ajouté du piment à l’action. Je me sentais proche du jeune homme, pourtant la fin du film ne m’a pas beaucoup plu. Ces trois petits points de suspension m’ont donné un sentiment plutôt négatif. J’aurai voulu que le film finisse autrement. Grégory

- Adossé à la montagne, un hôtel 4 étoiles est le lieu où se concentre toute la tension entre les personnages. Dès lors va se mettre en place un jeu dangereux et ambigu entre eux, que va retranscrire l'atmosphère enfumée du film. Ces trois hommes fument cigarette sur cigarette. Comme pour mieux se cacher derrière un écran de fumée. Nous, spectateurs, assistons à ce jeu dangereux entre Jacques et Frédéric, à ce mouvement entre sincérité et manipulation, à ces rapports simili filiaux, à ce jeu de dupes qui n'en est pas un. Jusqu'à la fin. Cette fin qui n'est pas une surprise en soi. Je n'ai pas été étonnée et pas déçue de ne pas l'être. Il ne pouvait en aller autrement que cette fin qui porte en elle le gâchis du mal-amour, des abandons à répétition, des ruptures... J'ai adoré le jeu tout en finesse de Bacri, Rottiers et Testud. La force des regards m'a impressionnée. Et je souligne la qualité du scénario qui m'a donné l'impression de suivre des funambules en équilibre sur un fil à la fois tendu et prompt à s'affaisser au moindre pas. Isabelle

- J’ai trouvé que le film avait une bonne durée, ni trop long, ni trop court. Je n’ai pas vraiment cru à l’histoire mais je ne peux pas expliquer pourquoi. Pourtant, je me suis sentie à l’aise et j’ai bien aimé ce film. Je suis heureuse de l’avoir vu. Corinne

- On entre dans ce film en montant avec Frédéric dans sa petite voiture, sur cette route de montagne qui serpente vers l’hôtel, son lieu de stage… Et on en sort en redescendant cette même route à côté de lui dans le fourgon de la gendarmerie. La scène clé du film est le moment où Frédéric (incarné par Vincent Rottiers), ayant compris ce qu’il s’était passé avec le client "Cassany" disparu, s’immisce dans la conversation entre Jacques, son patron, et le policier, et où il prétend avoir congédié cet homme. Cette route sinueuse et dangereuse, est comme un fil conducteur autour de laquelle se tissent les évènements qui racontent cette histoire, bien ficelée et rythmée qui m’a rapidement captivée. Léonie

- J’ai trouvé cela un peu long, un peu angoissant par moments. Pourtant j’ai beaucoup aimé le jeu d’acteur de Vincent Rottiers. C’est le personnage dont je me sentais le plus proche, je croyais à fond en lui. Le film en général m’a bien plu mais ne m’a pas laissé de trace particulière. Xavier

- Un film noir dans un décor blanc… Ambiance sombre et pesante dès les premières images, dont la musique ne fait qu’accentuer ce sentiment, de façon pressante (oppressante)… C’était pour moi un bon début mais le déroulement du film, toujours sur le même ton pesant et monocorde, sans véritable suspense, m’empêchera de rentrer dans l’histoire avec plaisir et intérêt. Durant le déroulement du film, seul le personnage décalé de l’enquêtrice m’amènera une bouffée d’oxygène salutaire. Heureusement, les acteurs tous très talentueux ont su apporter à chacun de leur personnage une justesse et une crédibilité certaines. J’ai toutefois particulièrement apprécié la mise en scène et les dialogues, dans la forme de dualité père/fils entre l’hôtelier et son fils aux rapports détestables, et entre ce même hôtelier et le jeune stagiaire en réinsertion. C’est à l’image du décalage de deux mondes sociaux opposés et qui de façon inexorable renverra chacun à sa place (?!...). Au total, un film d’une grande honnêteté artistique et professionnel, où l’investissement du réalisateur ne fait aucun doute, mais qui me laisse sur ma faim. Jean-Marie

- J’ai trouvé le film très bon. Le paysage était magnifique, surtout l’hôtel qui était très beau. Seul au milieu de la neige dans l’hiver. Pour moi le décor était plus que parfait. Pourtant, je suis arrivée dans la salle de cinéma un peu angoissée mais je suis bien rentrée dans l’histoire. J’y ai cru car les acteurs étaient très bons. Les rapports ambigus entre le patron et son employé, pseudo filial, m’ont mise en tension psychologique. Certaines scènes m’ont stressée et au final cette fin, qui n’en est pas une, m’a laissée un peu frustrée. Mais je garde, malgré tout, en mémoire le joli paysage des montagnes enneigées. Roseline

- J’avais déjà eu l’occasion de voir ce film en 2011 lors de sa sortie, mais ce fut un grand plaisir de me replonger dans l’ambiance montagnarde de cette enquête policière. Lorsque le corps du client disparu est enfin retrouvé, l’inspectrice quelque peu décalée, jouée par Sylvie Testud, va tenter de dénouer l’enquête. Va-t-elle faire éclater la vérité ?… et de quelle vérité s’agit-il ?... Le suspense est pesant, les personnages perfides et intrigants de non-dits et de mensonges, semblent nous entrainer dans cette machination machiavélique mais presque tellement ordinaire (dans le sens de possible, réelle). J’ai, personnellement, beaucoup apprécié revoir ce film. Pour la seconde fois, je l’ai reçu en étant plus attentive aux scènes, à l’intelligence de leurs progressions dans le dénouement, et avec un regard plus affiné sur la compréhension des personnages. J’ai trouvé le jeu des acteurs troublant de sincérité et de crédibilité, et redécouvert une histoire tristement "moderne et actuelle". Le tout est filmé dans un décor naturel magnifique, qui contribue au réalisme de ce scénario. Cécile

- Simple et efficace. Alors que je n’étais vraiment pas en de bonnes dispositions pour assister à cette séance, je me suis rapidement laissé happer par ce thriller psychologique que j’ai trouvé d’une froide justesse. Les longs plans sur des paysages neigeux alliés à des touches de musique augmentent le sentiment de prise au piège et d’oppression que nous inspire un jeu d’acteurs plus que crédibles. Des non-dits lourds de sens et une intrigue lente mais chargée d’émotions nous tiennent en haleine jusqu’au-delà de la dernière phrase… Un film inspiré de faits réels que je recommanderais. Emilie

- Durant le film, je me suis senti bien, à l’aise. Les acteurs étaient bien dans la peau de leurs personnages. Au début, j’étais très optimiste mais en question par rapport au dénouement, je fus très étonné par la fin. J’ai beaucoup aimé le choix des musiques, surtout le rap, et je garde un bon souvenir du film tout entier. Denis

- "Avant l’aube" est une œuvre, un film. C’est aussi un mille-feuille composé d’une couche de drame familial sur fond d’hôtellerie de luxe, d’une couche de social dont l’ascenseur retombe plus vite qu’il ne monte. Ce mille-feuille s’avère enveloppé dans une intrigue tout en contrastes très marqués : froid-chaud, intérieur-extérieur, pauvres-nantis, famille-solitaire, silences-musiques, montée-descente. La compréhension de cette intrigue est davantage suggérée qu’explicite, ce qui lui donne une dimension aussi concrète qu’une épaisse couche de neige avant qu’elle ne fonde, ce à quoi elle ne pouvait échapper, car il est impossible d’échapper à son destin. Même pour la neige. Tôt ou tard elle va fondre. J’ai aimé ce film à tiroirs. Chacun d’entre eux étant bien garni et se trouvant en dessous ou au dessus des autres avec chacun sa place et non une autre. J’ai passé un très agréable moment que le rythme un peu lent de ce film n’a pas terni grâce à l’efficacité assumée de l’ensemble images, paroles et musiques. Didier

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 00:33
Music-Hall
Music-Hall

Spectacle de la compagnie Hybrides & Compagnie et de la compagnie Où sommes-nous, vu le 15/03/2016, au Théâtre de la Reine Blanche, Paris 18ème

De : Jean-Luc Lagarce

Interprétation : Jacques Michel

Mise en scène : Véronique Ros de la Grange

Son : Alain Lamarche

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Le Théâtre de la Reine Blanche présente depuis le mois de janvier le spectacle "Music-Hall", un solo sur le monde du théâtre. C’est en voisine que je suis venue entendre ce très beau texte de J.L. Lagarce, admirablement porté par Jacques Michel.

"Mais, Madame, l’histoire, qu’elle est-elle ?" demande l’un des boys à la Fille avant de prendre, comme tous ceux qui l’ont précédé, la poudre d’escampette. D’histoire, il n’en n’est point d’autre que le récit nostalgique, digne et doux-amer de celle qui fut jadis une grande artiste de music-hall.

"Au point où nous en sommes" et toute honte bue, la Fille devient "je" et raconte à un public qu’elle sait absent (et de fait, nous étions 17 pour une jauge de 150 places environ) la déliquescence de sa gloire inversement proportionnelle au triomphe des "goguenards". Les goguenards, ce sont, au choix, le public irrespectueux ou les tenanciers véreux de salles éculées perdues au bout du monde. "J’en pleurerais !"

"Mais jouons quand même !", "faisons semblant !" Seule, juchée sur un tabouret, entourée de rideaux rouges à paillettes, la Fille fait son numéro : elle chante en play-back des airs de Joséphine Baker, elle ébauche quelques pantomimes et suspend son public à ses lèvres.

La performance est d’autant plus remarquable qu’Elle est un homme, Jacques Michel. Le comédien est travesti juste comme il faut pour incarner la gloire déchue. Son jeu est subtil, fait d’alternances de sourires, de silences, de soliloques drôles et ironiques. Il porte haut le verbe de Lagarce. Les dictons sont légion. Les mots ont quelque chose de précieux, presque de suranné pour mieux souligner l’époque révolue de "l’amour de l’art".

"Music-Hall" est une forme très resserrée autour du jeu et du texte. Sa force consiste à nous faire sentir ce quelque chose de dérisoire qui est l’apanage de notre présence au monde.

Catherine Wolff ​

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14 mars 2016 1 14 /03 /mars /2016 19:58
La Rémanence des lucioles
Photo : Marie Clauzade
Photo : Marie Clauzade

Spectacle de la Cie La Lanterne (66), vu le 22 Jan. 2016, 20h au Chai du Terral, St Jean de Védas (34)

Texte : Marie Clavaguera-Pratx

Mise en scène : Marie Clavaguera-Pratx assistée de Soline Déplanche

Avec : Matthieu Beaufort et Géraldine Roguez (comédiens), Vincent Clavaguera (danseur), Anatole Couëty (circassien)

Scénographie : Collective

Création sonore : Olivier Pot et Willy Connell

Lumières : Joël Hourbeigt et Vincent Loubière

Genre : Théâtre

Public : Tous à partir de 14 ans

Durée : 1h30

Création 2015/16

Avec ce spectacle profond et émouvant la Cie La Lanterne jette la lumière sur un monde parallèle au nôtre : une population de marginaux qui réussissent à survivre dans des conditions effroyables et dont l'existence fascine et dérange. Le plateau, étrange et poétique, baigne dans des nuances de noir, de gris, de brun, avec des nuages de fumée, des éclaircies d'un blanc cru ou l'orangé d'un brasero. C’est un monde souterrain, fait de tunnels, de caves oubliées, d’égouts... Une drôle de faune habite cette semi-obscurité. Ici on s’aime, on chante, on danse, on se bat, on rit, on vocifère, on est libre. Comédiens, danseur, circassien tissent des liens, se rejoignent ou s’éloignent, avec des gestes des premiers âges dans une chorégraphie où la vie semble se réinventer : c’est la danse innocente des lucioles, telle qu'elle fut évoquée par Pasolini. Lorsqu’un jour ceux qui vivent à la surface, au-dessus, découvrent, stupéfaits, cette population, ils veulent l’intégrer à leur monde. Mais ils ne font que l’assourdir et l’éblouir et provoquent une catastrophe qui fera une victime. Ce monde souterrain est-il la survivance d’une humanité innocente qui s’organise à l’abri de la violence qui règne au-dessus? L’Enfer décrit par Dante serait-il donc passé à la surface de la Terre, dans notre monde qui repousse les lucioles ? Dans un équilibre parfait entre métaphore des lucioles et réalisme social de l’exclusion, ce spectacle magistral secoue le spectateur. Il interroge sur le pouvoir du regard, aussi délétère lorsqu’il refuse de voir que lorsqu’il désorganise ce qu’il voit. Mais il donne aussi un éclairage plein d’espoir sur nos capacités de résilience.

J’ai été impressionnée par la beauté, la puissance et la cohérence de cette création qui associe plusieurs démarches artistiques. Ici, jeu dramatique, chorégraphie, art du cirque, créations sonores et lumineuses, décors, tout concourt à force égale à faire vivre un monde étranger et étrange dont le maître mot est "résilience". Dans ces souterrains glauques, le moindre objet jeté "d'en-haut" est recyclé par le groupe pour sa survie ou pour son confort. Pour sa sécurité aussi, car l’un d’eux (A.Couëty) dresse un mât, l’escalade et s’évanouit dans l’obscurité pour guetter "au-dessus". L’imaginaire même y a sa place : Micha (V.Clavaguera) ne joue-t-il pas d’un violon sans cordes? Il y a beaucoup de beauté dans les mouvements et de puissance dans le langage. Les jeux de scènes m’ont rappelé ces silhouettes recroquevillées, ces démarches furtives, comme ce vocabulaire restreint et ces insultes répétées jusqu'à épuisement, autant d'éclats de vie que nous avons tous un jour ou l’autre interceptés dans la rue. G.Roguez interprète une figure aussi maternante que capable de réaction agressive, dans un excellent jeu associant nuances et contrastes. L’intrusion violente de la société d’en-haut nous éclabousse avec un superbe texte de Pasolini (1940), dit off par une ombre humaine indiscrète et menaçante alors que "deux projecteurs très féroces", braquent leurs "yeux mécaniques". Au fil de la montée en puissance dramatique, la présence magique et le jeu de feu follet de M.Beaufort m’ont impressionnée. A partir de la régie, mise en cage sur le plateau, tout finit en feu d’artifice détraqué. Lumières, sons, décor témoignent d’un désastre d’après-guerre, mais le groupe est capable de se régénérer autour du corps de Micha porté par une grappe humaine.

Si l’ensemble du spectacle se joue entre réalisme et "inquiétante étrangeté", M.Clavaguera-Pratx impulse également un souffle poétique et une dimension philosophique avec la métaphore des lucioles. Libres et innocentes, signes de santé de la société, elles sont loin d’avoir disparu car on peut en apercevoir les lueurs fugitives la nuit, pour peu que l’on soit au bon endroit. Et voilà que le théâtre nous place au bon endroit. Entre les lucioles de Dante, âmes damnées en enfer, et celles, innocentes, de Pasolini, définitivement exterminées par le fascisme, c’est l'optimisme de G.Didi-Huberman que choisit M.Clavaguera-Pratx : les lucioles survivent à la destruction. Quelques extraits d'une grande beauté s'intègrent à son excellent texte sans l'encombrer artificiellement et le spectacle reste toujours accessible. Bravo !

Ce spectacle est inoubliable. Source d'interrogations sur la singularité, la liberté et la résistance, riche en plaisir esthétique et foisonnant d’émotions, il offre plusieurs registres de lecture et reste accessible à tous publics adultes et adolescents. La compagnie ouvre les représentations, à l’issue d’un stage, à des comédiens amateurs, et peut proposer aux lieux d'accueil d'élaborer des interventions adaptées à des publics différents (non seulement lycéen mais aussi milieu carcéral ou autre).

Lectures associées : Dante Alighieri. La Divine Comédie. L’Enfer ; P.P.Pasolini. Correspondance 1940-1975 et L’Article dit "des lucioles". Corriere della Sera, 1er Fév.1975 ; G.Didi Huberman. La Survivance des Lucioles, 2009.

Catherine Polge

Published by Catherine Polge - dans Spectacle Tout public
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