Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Profil

  • www.vivantmag.fr
  • Site d'aide à la diffusion et à la programmation de spectacles vivants couvrant tous le grand Sud Est de la France, dédié aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs.
  • Site d'aide à la diffusion et à la programmation de spectacles vivants couvrant tous le grand Sud Est de la France, dédié aux programmateurs réguliers ou occasionnels, aux compagnies, mais aussi aux spectateurs.

Bienvenue

Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
Vous y trouverez l'ensemble des commentaires de nos correspondants sur les spectacles qui ont été vus. Ce service est en ligne en accès libre depuis février 2007.
Si vous souhaitez prendre contact avec l'une des compagnies présentées, adressez nous un mail à blog@vivantmag.fr, nous vous adresserons rapidement leur coordonnées.
Découvrez sur le site www.vivantmag.fr, le catalogue des spectacles repérés... et l'ensemble des services de l'Association d'Aide à la Diffusion Interrégionale du Spectacle Vivant, l'AdAdiff.
Le Catalogue Vivant 2013/2014 des Spectacles repérés est disponible...
> Commande en ligne sur le site.

Rechercher

Mode d'emploi...

Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 00:50
Au bord du lit
Au bord du lit

Spectacle de la Compagnie Théâtre atelier Frédéric Jacquot (75), vu au Théâtre de l’Archipel (Paris X), le 25/10/2016

 

Texte : Guy de Maupassant,

Adaptation : Frédéric Jacquot

Mise en scène : Frédéric Jacquot assisté de Lina Veyrenc

Interprétation : Elisa Birsel, Lina Veyrenc, Frédéric Jacquot

 

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1h

 

A l’approche de l’hiver, rien n’est plus doux que d’entendre parler d’amour ! Dans "Au bord du lit", l’équipe de Frédéric Jacquot nous susurre à l’oreille les croustillants secrets d’alcôve de personnages extraits des nouvelles de Maupassant.

Le spectacle s’ouvre par une ode à la femme, un tantinet misogyne mais déclamée avec tant de gourmandise qu’on en demande encore ! S’ensuivent, rythmés par des intermèdes de jazz New Orléans, cinq tableaux mettant en scène différents états amoureux : "Le signe" parle de cette jeune épousée qui, tant par désœuvrement que par curiosité, aguiche le passant et vient raconter à sa meilleure amie cette expérience grisante ; "Les caresses" nous exposent comment, par la seule force des mots, un homme parvient à convaincre une jeune prude des vertus de l’amour charnel ; "Sauvée" nous rend témoin du stratagème trouvé par une jeune mariée pour obtenir le divorce ; "Mots d'amour" est une délicieuse leçon d’amour donnée aux femmes par un fin connaisseur ; enfin, "Le bord du lit" nous conte la façon dont une femme a pris son mari volage au pied de la lettre pour mieux lui rendre la monnaie de la pièce.

Le dispositif scénique reproduit avec une grande économie de moyens un intérieur bourgeois : trois chaises, deux guéridons, deux lampes. Leur disposition, ingénieuse, permet de dessiner trois espaces scéniques. Cette prouesse, sur un si petit plateau, donne au spectacle une réelle dynamique. Tout le spectacle est à l’aune de ce petit rien qui fait toute la différence : l’adaptation est d’un naturel déconcertant et les chutes de chaque tableau tombent à point nommé, comme dans les nouvelles. Le jeu est généreux et sait faire entendre la truculence du verbe et des situations. Frédéric Jacquot est des plus convaincants en épicurien ; Elisa Birsel est tout simplement adorable en petite femme des faubourgs aussi jolie qu’écervelée ; Lina Veyrenc est redoutable de coquineries tout en nuances ! La mise en scène, à l’instar du dispositif scénique, installe une réelle dynamique. Par exemple, dans "La caresse", la conquête de la dame se déroule par voie épistolaire. Côté jardin, monsieur écrit. Quand il lit sa prose à haute voix il est en lumière. Côté cour, Madame reçoit les mots et quand, d’étonnement, elle se met à lire à haute voix, la lumière passe de son côté. Au fur et à mesure que les mots pénètrent la destinataire, les comédiens se lèvent, se rejoignent et disent ensemble la conclusion : « les femmes heureuses sont celles à qui ne manquent nulle caresse » !

"Au bord du lit" est un joli spectacle, sans prétention mais sincère, honnête et généreux. Le ton est léger, le rythme est enlevé, le fond est coquin, le verbe est haut. Il a manifestement remporté un vif succès au festival off d'Avignon en 2016 ; succès amplement mérité. Car enfin, c’est un remède très efficace en cas de coup de cafard et de blessures amoureuses, précisément ! Croyez-en mon expérience !

Catherine Wolff

 

 

Published by Catherine Wolff - dans Spectacle Adultes
commenter cet article
25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 14:28
Tempos

Spectacle de la Compagnie le Baril (34), vu le 21 octobre 2016 à 20h30, Espace Culturel de La Colombière, Montpellier

                                                                                             

Avec : Aurélia Gonzalez, Virginie Nieddu, Tom Bertrand, Théo Le Perron

Orchestré par : Julien Meynier

Décor : Simon Valluet

 

Genre : Théâtre musical

Public : A partir de 7 ans

Durée : 45 minutes

 

Deux employés, un homme et une femme, prisonniers de leur quotidien rythmé par la routine métro-boulot-dodo ne prennent plus le temps de vivre. Ils partagent le même bureau dans la même société, travaillent face à face, mais chacun est absorbé dans le rythme infernal du travail, du téléphone qui sonne et des machines à écrire. Ils ne se voient plus, ne se parlent plus et n’ont plus conscience qu’il y a quelqu’un en face d’eux. Inévitablement, c’est le burn out et les personnages s’effondrent.

 

Dans un univers parallèle, deux créatures perchées observent ces personnages complètement déboussolés. Grâce à leur insistance, ils vont leur redonner la maîtrise de leur vie. Ils parviennent même à enfermer ces mots "je n’ai pas le temps" dans un bocal pour les aider à maîtriser ce temps qui leur échappe. Avec leurs instruments et des mélodies enjouées, ils redonnent vie aux employés qui s’animent au rythme de la musique. Le spectacle est quasi muet et la parole est remplacée par l’expression corporelle. Progressivement, l’atmosphère se détend et le métro-boulot-dodo laisse place à une ambiance intimiste et familiale. La femme prépare un gâteau sur le tempo imposé par les musiciens. Cette expérience culinaire dérape en danse endiablée et clôture la pièce sur une note positive, et nous rend optimiste sur les capacités humaines à rebondir.

 

Trois lieux sont représentés sur scène. Au-devant de la scène, le bureau et la cuisine constituent le monde réel. L’arrière de la scène composé d’un échafaudage représente le monde imaginaire dans lequel vivent les deux créatures. La musique live joue un rôle essentiel dans ce spectacle. Quoi de mieux que la musique pour donner le tempo ? Ce spectacle burlesque nous fait réfléchir sur notre mode de vie contemporain où le travail et la productivité écrasent les individus. Cette course après le temps conduit à des situations nocives et souvent absurdes. On passe un agréable moment en famille devant ce spectacle joyeux et bien rythmé.

Richard Gineste

Published by Richard Gineste - dans Spectacle Tout public
commenter cet article
16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 18:38
Deux Amis

Spectacle de la Cie Moustache (34), vu au théâtre Gérard Philipe, Montpellier (34), le 28 Mars 2015, 21h et revu le 7 Oct.2016, La Vista, Montpellier (34)

D'après une nouvelle de Maupassant (1883)

Ecriture et mise en scène: Philippe Hassler

Avec: Sarah Amiel Hassler, Robert Tousseul, Philippe Hassler

Création chants et musique : Sarah Amiel Hassler (guitare, accordéon, chant)

Décors et Costumes : Rémi Daviaud

Genre: Théâtre musical

Public: Tout public à partir de 12 ans

Durée: 1h05

Création 2015

J'ajoute un zeste de commentaire après avoir revu "Deux Amis" en Octobre 2016. Le spectacle, programmé en partenariat avec le Musée Fabre dans le cadre de l'exposition sur Frédéric Bazille, me semble avoir gagné en intensité et en intimisme, avec toujours cette même subtilité dans les émotions. J'ai noté l'excellent éclairage qui donne encore plus de profondeur aux couleurs. Le matin même, une représentation scolaire avait m'a-t-on dit, suscité un débat riche en questions pertinentes de la part de collégiens : si la question se posait de l'intérêt de ce spectacle pour cette tranche d'âge, démonstration est faite !

Cette nouvelle d‘à peine quelques pages se déroule à Paris pendant la guerre de 1870. Chaque dimanche, deux paisibles boutiquiers parisiens, Morissot et Sauvage, sortent de Paris et rejoignent toujours le même point de pêche en bord de Seine. Tranquilles et peu bavards, ils se lient d’amitié. Mais quand Paris est assiégé par les Prussiens, les deux amis en sont réduits à rêver devant une absinthe, jusqu'à ce qu'ils obtiennent un laissez-passer. Et les voilà au bord de l'eau, inquiets de la proximité des ennemis, mais heureux car la pêche est bonne. Surgit un officier prussien qui les accuse d’espionnage et les somme de donner le mot de passe des avant-postes français sinon c’est la mort. Ils se taisent et sont fusillés.

Coup de cœur pour ce spectacle dont le texte, le jeu théâtral et les recherches artistiques, alliés à une grande rigueur, procurent une telle richesse d'émotions! Musique, théâtre, chants et peinture s'y associent avec bonheur. La pièce s'ouvre sur une impression de bien-être: en fond de scène, les rives verdoyantes d’un fleuve tranquille (projection d'une toile de Boudin). Dans une ambiance pleine d'humour bon-enfant, Sauvage (P.Hassler) et Morissot (R.Tousseul) pêchent et pique-niquent. Quelques mots, quelques gestes, dévoilent un peu de leur vérité intime et tissent pudiquement leur amitié. S.Amiel rythme les dimanches de pêche à la guitare ou à l'accordéon. Transparente pour les deux amis et sans connivence avec le public, sa présence crée une bonne distanciation, avec quelques astuces de mise en scène amusantes. Dans Paris assiégé, une toile de Toulouse-Lautrec campe magnifiquement l'atmosphère ambiguë du troquet où S.Amiel incarne Renée, patronne accorte. Saluons les belles chansons réalistes de sa composition. Le jeu des deux hommes attablés ménage de nombreux et beaux silences qui en disent long. J'ai bien aimé les voir ensuite dévaler une prairie (de Sisley), excités et bravaches comme des gamins tandis que des bruitages de combats rendent l'atmosphère menaçante. Toujours fortement présent et rythmé dans le spectacle, le temps se fige brutalement comme dans un éclair de flash lorsque la guerre happe les deux amis. C'est un instant dramatique où, dans un décor devenu sépia (Monet), Sauvage et Morissot ne sont déjà plus qu’un souvenir photographique. On comprend qu'ils ne reverront pas « le temps des cerises » chanté par un chœur de femmes en noir. Le destin des deux hommes est scellé par S.Amiel, officier prussien cynique très crédible. Les trois comédiens sont toujours excellents. La mort courageuse des deux amis, émouvante sans pathos, est suivie d'une mélodie fredonnée qui ouvre une belle échappée. Bravo pour cette belle alliance d'impressionnisme et réalisme!

L'ensemble est superbe, avec une recherche de perfection dans les détails. Tout en respectant la concision, les nuances et les observations réalistes propres à Maupassant, P.Hassler nous offre une création personnelle et originale. Le décor minimaliste limité à la projection de toiles de l’époque impressionniste intègre tout harmonieusement: postures, gestuelle, costumes, accessoires, éclairages, bruitages. Texte et musique, écrits conjointement, donnent une impression aérée et se complètent. Enfin, petite entorse bienvenue au récit de Maupassant qui débute avec le siège de Paris, nous assistons ici à la première rencontre de Morissot et Sauvage. L’amitié n’en paraît que plus solidement ancrée dans des instants de bonheur partagé.

C’est un spectacle d'excellente qualité et accessible. Il plaira autant pour cette belle histoire d’amitié et de courage, pour la valeur des plaisirs simples, que pour sa musique, son intensité dramatique ou tout simplement pour Maupassant et un très bon moment de théâtre! Tous publics.

Catherine Polge

 

Published by Catherine Polge - dans Spectacle Tout public
commenter cet article
15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 13:59
Tic Tac d'amour

Spectacle de la Cie ONG DAM (34), vu le 9 Sept. 2016, au Carré Rondelet, Montpellier (34), à 20h30

 

D’après les chansons et poèmes de Boby Lapointe (Ed. Domens, 2002)

Mise en scène : Jasmine Dziadon

Avec : Damien Alibert et Jasmine Dziadon

Décor : Guylène Boyer

 

Genre : Chansons et Théâtre

Public : Tous dès 12 ans

Durée : 1h15

Création 2016

Sur scène, il y a Elle (J. Dziadon) et Lui (D. Alibert), deux solitaires. Sur des textes de Boby Lapointe, ils se rencontrent et se séduisent. Puis viennent les tourments de l'amour, doutes, déceptions, disputes et réconciliations. Très touchants, ils tissent ainsi leur vie de couple au gré de saynètes tendres, drôlatiques, désabusées ou tragiques. Sur un rythme soutenu, leurs dialogues la plupart du temps chantés sont des montages d'extraits de chansons. Du tic au tac, l'amour balance sur des rythmes syncopés ou langoureusement balancés, avec jeux de scène, gestuelles et mimiques qui donnent un beau dynamisme au spectacle. Calembours, mots tronqués et recomposés, contrepèteries, etc. chers à Lapointe évoquent tant d'images que l'imagination du spectateur est toujours en alerte. J. Dziadon et D. Alibert se jouent des difficultés de ces textes complexes et nous les font vivre avec beaucoup de talent. C'est drôle et plein d'émotions et l'on se régale de cette immersion dans cet univers poétique fantasque, pour le savourer encore et encore.

J'ai éprouvé un réel plaisir à voir vivre le monde de Lapointe, où se côtoient drôlerie et mélancolie dans les petites choses de la vie. Tout en respectant l'auteur, les textes sont astucieusement découpés et articulés sur un fil narratif riche en péripéties amoureuses. Il y a de la musique, du chant et de l'action ! L'auteur n'est pas facile à interpréter. Certaines chansons, très drôles, sont entièrement faites de ruptures et désarticulations autour de jeux syllabiques, tels par exemple "Maman dans le coma, papa dans le moka et moi né comme aquo" ou bien "Ote ta toque et troque Ton tricot tout crotté". D. Alibert, rôdé à l'interprétation de Lapointe, nous révèle une fois de plus sa virtuosité et chez J. Dziadon nous découvrons un talent de plus ! Chanter de tels textes tout en permettant à l'auditoire d'en saisir les multiples sens, c'est épatant. Les comédiens alternent avec aisance ces moments de bravoure avec les rythmes langoureux ou mélancoliques. Un régal ! Tous deux jouent avec un plaisir manifeste et nous offrent une diversité de scènes à bon potentiel comique ou dramatique. Voilà par exemple D. Alibert touillant une sauce dans une marmite, J. Dziadon prenant un bain dans une bassine, ou tous deux plongés dans la tragédie du "Petit homme qui vit d'espoir". C'est une réussite à laquelle concourt le décor très bien vu, qui ménage "son chez lui" et "son chez elle" et ouvre toutes les possibilités de rencontre et de cohabitation possibles. Je suis sortie le sourire aux lèvres...

Ce spectacle met en scène avec talent la richesse des chansons de Boby Lapointe. Les inconditionnels du chanteur ne seront pas déçus. Pour les autres, c'est une belle occasion de découvrir le monde de ses chansons et sa langue si particulière. Une programmation originale et attractive pour de nombreux publics.

Catherine Polge

Published by Catherine Polge - dans Spectacle Tout public
commenter cet article
7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 18:00
Seuls
Source : legrandt.fr
Source : legrandt.fr

Spectacle de Wajdi Mouawad, vu au Théâtre national de la Colline, le 4 octobre 2016

Texte : Wajdi Mouawad

Mise en scène : Wajdi Mouawad

Interprétation : Wajdi Mouawad

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 2 heures

Wajdi Mouawad vient de prendre les rênes de la Colline. Et quand Wajdi Mouawad monte un spectacle, j’y vais, quand bien même la critique du journal "Le Monde" est mauvaise. Et devant la complexité de la proposition, je serai bien plus nuancée.

Le dispositif scénique est trompeusement simple. Wajdi Mouawad a beau être seul en scène, l’équipe technique du projet est très lourde. L’auteur-comédien-plasticien, juste d’un caleçon vêtu, évolue sur un praticable gigogne qui, sous l’effet des jeux de lumières, des vidéos, des ouvertures et des paravents, se métamorphose en tous les espaces possibles. C’est l’histoire d’un étudiant en sociologie de l’imaginaire, Harwan, qui rédige une thèse sur Robert Lepage. Notre thésard semble jouer de malchance : une rupture sentimentale, un téléphone capricieux à la vertu théâtrale plutôt comique, un Robert Lepage qui disparaît à l’autre bout du monde alors que Harwan vient juste de le traverser pour le rencontrer, un père hospitalisé pour un AVC, jusqu’à une conclusion qui n’en finit pas de ne pas vouloir s’imposer. A la façon de "Shutter Island", la pièce bascule totalement à mi-parcours ; à la façon de l’écriture nord-américaine, tous les faisceaux d’indices disséminés ici et là pendant le spectacle se réunissent pour faire sens.

Pour le néophyte qui ne connaît ni Robert Lepage ni Wajdi Mouawad, c’est un spectacle total, un choc esthétique qui crée le ravissement et emporte les ovations du public. Pour un spectateur plus averti, c’est autrement plus mitigé ! La première partie du spectacle au cours de laquelle nous découvrons les déboires de notre étudiant est d’une banalité confondante, bavarde et ennuyeuse. Le jeu est tout juste passable, fort heureusement relevé de quelques notes d’humour salvatrices. J’ai tout de même piqué un petit somme ! Puis le tempo change et le presque plagiat de Lepage m’a littéralement exaspéré ! Quand arrive la performance finale, au sens plastique du terme, c’est enfin une explosion de beauté, de sens, de profondeur et qui invite à reconsidérer tout ce qui précède.

Ce que j’avais d’abord pris pour une œuvre de jeunesse est plutôt une œuvre charnière. Wajdi Mouawad entreprend de dire autrement que par le lyrisme des mots, les maux – ceux de la relation au père (réel ou de théâtre), à la guerre, à l’identité, à la création. Les nombreuses références théâtrales – Robert Lepage, bien sûr, mais aussi Deborah Warner ou Ilka Schönbein – et plastiques – Pollock, Dubuffet et surtout Rembrandt – disent la naissance même de l’art: faire acte de création, c’est d’abord s’emparer de ses prédécesseurs pour mieux trouver sa propre voie/voix. "Seuls" de Wajdi Mouawad ne m’a pas bouleversée comme ont pu le faire précédemment "Incendie" au théâtre ou "Anima" en roman. Mais c’est une pièce qui se révèle sur la longueur et qui dit le projet créatif à venir de son auteur. Il en faut du courage et de l’authenticité pour se présenter ainsi, humblement et à nu, à son nouveau public !

Catherine Wolff

Published by Catherine Wolff - dans Spectacle Adultes
commenter cet article
7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 17:30
Le Jour du Grand Jour
Source : dromesko.net
Source : dromesko.net

Spectacle du Théâtre Dromesko, vu au Nouveau Théâtre de Montreuil, Centre Dramatique National, le 20 septembre 2016

Texte : Guillaume Durieux

Mise en scène, conception et scénographie : Igor & Lily

Interprétation : Igor, Lily, Florent Hamon, Guillaume Durieux, Violeta Todo-Gonzalez, Zina Gonin-Lavina, Revaz Matchabeli, Manuel Perraudin, Valérie Perraudin

Genre : Théâtre d’objets

Public : Tout public

Durée : 1h30

Quand le Théâtre Dromesko est à l’affiche, toujours, une excitation me saisit à l’idée d’aller les voir. De surcroît pour ce spectacle auquel j’avais dû renoncer lors de la dernière saison en raison d’un incident de transport. Malheureusement, le plaisir n’était pas à la hauteur de mes espérances.

Les ingrédients de la notoriété des Dromesko sont toujours là : Igor et Lily d’abord, accompagnés de six autres comparses, la baraque, la truie qui déroule le tapis rouge, la musique de l’Est, la présence majestueuse du vieux marabout (l’oiseau), l’esprit surréaliste et nomade, le théâtre d’objets, le verre de l’amitié à la fin. C’est beaucoup. C’est chaleureux, j’y suis sensible et le public ne s’y est pas trompé. Mais pour moi qui suis leur travail depuis le début, il y a comme un air de déjà vu, un côté éculé et factice d’un propos qui tourne en rond, une certaine facilité. Quid du contenu ?

Le spectacle s’intitule "Le Jour du Grand Jour". Le synopsis nous dit qu’il s’agit de raconter ces "jours de cérémonies qui jalonnent l’existence : mariages, enterrements mais aussi inaugurations et vins d’honneur". On assiste donc à une succession de tableaux qui reconstituent ces différents moments. Visuellement, certains sont particulièrement réussis comme la scène du tombereau ou celle de la "momification" du témoin de mariage. Certaines, telle la scène où de jeunes mariés dansent, pourraient nous emmener vers une grande émotion. Mais cette émotion naissante est aussitôt contrariée par l’introduction d’un élément burlesque qui, à mon sens, gâche tout. Surtout, chaque tableau est long, si long et si appuyé qu’on en vient à se demander si les Dromesko ne cherchent pas simplement à meubler un vide sidéral. Le premier tableau est éloquent à ce titre: on assiste à un discours inaugural, discours absurde bien évidemment, ce qui devrait être drôle, mais tellement ponctué de blagues à deux balles, mais tellement mal joué, mais tellement long que c’en est insupportable ! J’en suis venue à me dire bien des fois au cours de la représentation, qu’il restait, fort heureusement, la musique.

Pour qui n’a jamais vu le Théâtre Dromesko, "Le Jour du Grand Jour" reste manifestement, à l’aune de la réaction du public, une expérience à faire. La forme inédite de leur travail et leur indéniable savoir-faire compensent les faiblesses du spectacle qui sont grandes dès lors que l’œil est plus averti.

Catherine Wolff

Published by Catherine Wolff - dans Spectacle Tout public
commenter cet article
7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 17:29
Espaces insécables (pièce commune)
Source: http://www.ciemodesdemploi.com
Source: http://www.ciemodesdemploi.com

Spectacle de la compagnie Modes d’emploi, vu dans le cadre du Festival Plein Feux sur la jeune création, Théâtre de l’Opprimé, le 16 septembre 2016

Texte : écriture collective

Mise en scène : Johanne Débat

Interprétation : Léo Boulay, Alix Kuentz, Claire Marx, Ana Torralbo

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1h20

Parfois le désœuvrement a du bon : dénicher, alors que la saison théâtrale n’a pas encore repris, une belle performance. Il s’agit de "Espaces insécables (pièce commune)" par la compagnie Modes d’emploi.

Le dispositif scénique est simple : quatre comédiens, un plateau encombré de cartons de déménagement, de lampes en tout genre, d’un fauteuil et de chaises, de quelques nippes et d’un paperboard. Cet espace est celui du jeu : jeu théâtral qui, pour aborder la question délicate du deuil, va s’appuyer sur le jeu du loup-garou. Cette mise à distance permet paradoxalement l’implication du public dans la réflexion : nous sommes les villageois. Surtout, elle autorise l’irrévérence et donc la catharsis.

Les scènes de jeu de loup-garou fonctionnent comme des intermèdes entre deux types de situations aussi jubilatoires que profondes : le stage collectif pour réussir son oraison funèbre et l’entretien d’embauche d’un préposé aux services funéraires de la ville de Paris. La première situation ponctue tout le spectacle. Elle permet aux personnages de s’incarner. Il y a Marie, d’abord timorée, qui anticipe, dans l’ordre du trauma, le décès de son chien Hubert puis de son père. Il y a Hélène, manifestement fâchée avec les hommes, rétive et obsédée par l’argent. Il y a Samuel, gentil paumé et qui vient, délégué par son ami sourd et muet. Et enfin notre fringant animateur. Autour du paperboard, ça balance : tout ce que vous n’aviez jamais osé dire sur cette grave question est verbalisé dans un texte haut en couleur : "On dit que la vie a un prix, on oublie de dire que la mort a un coût" nous assène ainsi Hélène. Face à l’épreuve, même anticipée, chacun se révèle et la farce tourne peu à peu à l’émotion. Les frontières entre le jeu et la possible réalité s’estompent. Chacun se retrouve irrémédiablement seul, confronté à lui-même. La pièce se vide inexorablement comme une maison que l’on vide après un décès, les lampes s’éteignent comme le souffle de la vie.

Le jeu est généreux, varié et subtil. Les personnages sont bien campés. La réflexion est d’autant plus intelligente qu’elle passe par l’humour et la mise en situation. Seul bémol : les transitions entre le jeu du loup-garou et les situations ne fonctionnent pas bien. Par la note d’intention, j’en comprends intellectuellement la nécessité. Pour de vrai, ce n’est pas clair. Mais la jeune compagnie Modes d’emploi, à l’aune de ce beau spectacle, est prometteuse. Et il faut saluer ici l’initiative du Théâtre de l’Opprimé : offrir un bel espace à de jeunes compagnies méritantes et à un moment de l’année où, faute d'autres sollicitations, le public est disponible pour une belle rencontre.

Catherine Wolff

Published by Catherine Wolff - dans Spectacle Adultes
commenter cet article
31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 18:36
1 Air  2 Violons au Théâtre
1 Air  2 Violons au Théâtre

Spectacle de la Cie 1 Air 2 violons (69), AVIGNON OFF 2016, théâtre ARTO, à 12h50 du 07 au 31/07

Interprètes : Caroline Cuzin-Rambaud, Jason Henoc

Mise en scène : Patricia Thévenet

Genre : Spectacle musical

Durée : 55 min

Public : Tout public à partir de 8 ans

Au fond de la scène, derrière une double porte capitonnée rouge à hublots, les artistes se préparent dans leur loge avant le concert. Les deux violonistes, en grande tenue de concert, vont se produire en direct sur les ondes d’une radio musicale. De fait la présentatrice nous annonce un concert de musique classique.

Mais bien vite, la concertiste semble s’ennuyer et commence à se laisser distraire par tout et n’importe quoi. Elle agace son partenaire, qui finit par se déconcentrer, et l’entraîne vers une sorte de pot pourri où se mêlent de nombreux styles musicaux. D’un arrangement à une improvisation, d’un air d’opéra à une danse irlandaise, d’un tango langoureux à une valse sur plateau tournant, les propositions s’enchaînent, jusqu’à une czardas tzigane endiablée pour clore cette envolée. Et tout cela sans jamais lâcher leur violon, dans des positions fantaisistes ou improbables, sans s’exprimer autrement qu’avec leur instrument et leurs mimiques !

Ces deux charmants musiciens ne se prennent pas au sérieux, mais en vrais professionnels, malgré les facéties et les gags, ils nous livrent une prestation millimétrée. Ils démontrent que même un instrument réputé "sérieux" comme le violon, peut être utilisé avec fantaisie. On peut ainsi s’amuser et donner du plaisir à ceux qui sont venus vous voir et vous entendre. Encore faut-il être talentueux, mais vous l’aurez compris, ils le sont. Et le public familial qui composait l’assistance les a remerciés chaleureusement.

Cathy de Toledo

Published by Cathy de Toledo - dans Spectacle Tout public
commenter cet article
31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 17:42
Le secret de Fabula
Le secret de Fabula

Spectacle de la Cie Mam’s prod (94), AVIGNON OFF 2016, Grand Pavois, à 15h30 du 07 au 30/07

De : Marjorie Garcia et Aude Sappey Marinier

Mise en scène : Julie Cordier

Avec : Emma Santini, Eva Gentili, Simon Legendre, Marjorie Garcia

Genre : Théâtre musical

Public : Tout public à partir de 5 ans

Durée : 1h

Tout commence dans la bibliothèque de Marjaude, la gardienne du Codex, vieux livre magique qui ouvre le passage vers Fabula le pays où tous les personnages des contes prennent vie. Quelqu’un a volé le code secret qui garantit la paix à Fabula. Marjaude envoie son aide bibliothécaire Merlin enquêter sur place et découvrir le coupable.

Merlin va croiser le chemin de Blanche Neige, la Belle au bois dormant, mais aussi la Chatte Beauté. Cette sorcière va tenter de l’embrouiller, et lui fait croire que Mouchette, héroïne d’un conte inachevé de Perrault, est coupable, alors que c’est elle-même qui l’a manipulée ! Bien sûr, Merlin et Mouchette tombent immédiatement amoureux, et après avoir vaincu la Chatte Beauté, reviennent ensemble dans la bibliothèque de Marjaude.

C’est le prétexte à une comédie musicale dynamique, mêlant danses et chansons, dans un décor plutôt réussi, alliant vidéo, fumigènes, effets lumières, bruitages. Sans oublier de beaux costumes, en particulier pour les "Fabuliens", ce qui évidemment contribue au merveilleux ! C’est finalement plutôt une performance technique, où le jeu théâtral vient en second plan. Les personnages manquent d’épaisseur, en particulier Merlin, peu convaincant. Mais peut-être joue-t-il à merveille son rôle d’égaré au pays de Fabula !

Alors même si je n’apprécie pas particulièrement ce genre de prestation, un peu trop "télévisuelle" à mont goût, il semble néanmoins que le public ait apprécié. Je classerais donc ce spectacle au rang d’un divertissement familial agréable et, dans la catégorie, il est plutôt de bonne tenue.

Cathy de Toledo

Published by Cathy de Toledo - dans Spectacle Jeune Public
commenter cet article
31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 17:37
Petit boulot pour vieux clown
Source : catalogue en ligne off 2016
Source : catalogue en ligne off 2016

Spectacle de la Cie Paris Tenus (92), AVIGNON OFF 2016, Théâtre Vieux Balancier, à 12h45 du 07 au 30/07

De : Matéi Visniec

Mise en scène : Marie le Stanc

Avec : Jean Claude Barnicki, Grégoire Maréchal, Silvia Rossini

Genre : Comédie dramatique sociale

Public : Tout public à partir de 12 ans

Durée : 1h10

Création 2016

Le théâtre du Vieux Balancier est une petite salle de 44 places, espace tout à fait adapté à la pièce qui nous est proposée dont l’action se situe dans une petite salle d’attente confinée, enfumée, sans fenêtre, un lieu un peu oppressant. Un gars seul attend, assis sur une chaise avec un banjo. On entend des pas dans l’escalier. Arrive un autre gars, avec chapeau melon et valise. Ils se reconnaissent, ce sont deux vieux clowns qui ont travaillé ensemble dans le même cirque, il y a fort longtemps. La joie des retrouvailles est vite passée, et les vacheries commencent à pleuvoir…

Puis un troisième clown arrive, chapeau melon, chaussures et collerette rouges, qui connait aussi les deux autres. En fait, par le passé, ils ont constitué un trio chez Umberto, avant que leurs chemins ne se séparent. Ils ont répondu à la même annonce qui propose un contrat pour un vieux clown. Un seul boulot et ils sont trois... Bien vite chacun tente, en faisant étalage de ses tours miteux, de démontrer qu’il est le meilleur, que le boulot est pour lui, et que les autres sont ringards. Ils continuent de s’envoyer des amabilités à la figure et les choses tournent bientôt à l’affrontement. Rapidement, Peppino s’avère être au dessus du lot. Avec un de ses tours, pas vraiment drôle, il arrive à berner les deux autres qui, humiliés, vont s’acharner physiquement sur lui jusqu’à le laisser pour mort. Un de moins ! En entendant des pas dans l’escalier, Filippo et Nicollo décampent…

Cette comédie grinçante est jouée ici par deux hommes et une femme, pour trois rôles masculins. Cela m’a un peu troublée, mais pourquoi pas ? Par ailleurs, le texte de Visniec semble respecté, même si j’ai trouvé qu’il ne restait de cette "comédie dramatique" que le côté cruel, sans tendresse ni drôlerie. Ces trois clowns certes de la vieille école, dépassés, auraient pu faire rire. Mais ont-ils jamais été de "bons" clowns ? Peppino ne dit-il pas : "Un vrai clown ne rit jamais, c’est le public qui rit"?

Je n’ai pas réussi à me laisser embarquer dans cette histoire. Les personnages ne m’ont pas paru aussi décatis, pathétiques, au bout du rouleau qu’ils auraient dû l’être pour en arriver à tant de cruauté. Ce qui aurait pu générer malgré tout une certaine empathie, pour des êtres humains prêts à tout pour continuer à vivre… Ou bien n’étaient-ils pas suffisamment habités par leurs interprètes ? Ou alors, je n’ai tout simplement pas saisi le but recherché par le metteur en scène. Dommage, la musique entraînante "Entry of the gladiators" était de bon augure…

Cathy de Toledo

Published by Cathy de Toledo - dans Spectacle Tout public
commenter cet article