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Couv-cata2010 WebBonjour et bienvenue sur le blog de Vivantmag.
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Avec plus de 1.200 spectacles commentés sur ce blog, les correspondants Vivantmag - AdAdiff, ne se posent pas en censeur du spectacle, loin de là. Nous souhaitons seulement faire partager un point de vue, forcément subjectif, sur les spectacles que nous voyons. Chaque retour de spectacle est ouvert à vos propres commentaires, et n'hésitez pas à en laisser car ils enrichissent ce travail d'échange et de partage d'informations.
Pour faciliter la lecture des spectacles, nous mettons désormais en place un picto permettant de donner notre avis général sur le spectacle. En voici le détail :
Décevant
Moyen
Pas mal...
Bien !
On adore !!! 

les spectacles du Off 2014

Découvrez tous les spectacles commentés par les correspondants de Vivantmag, et présents sur le Off 2014 d'Avignon. Certains ont été vus à leur création, en salle ou sur d'autres festivals, ou sur des précédentes éditions du Off. Grâce à un travail de veille artistique tout au long de l'année, l'Adadiff met à votre disposition son équipe de correspondants et vous permet de disposer d'un regard extérieur et indépendant pour faciliter votre choix. Commentaires ici...

11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 14:10
Le Terabak de Kyiv

lemonfort.fr

 

Spectacle en coproduction avec les Dakh Daughters (Ukraine), vu au Monfort (Paris 14e), le 17 décembre 2016.

 

Mise en scène: Stéphane Ricardel

Musique: Ruslana Khazipova, Tania Havrylyuk, Solomia Melnyk, Anna Nikitina, Natalia Halanevych et Zo

Composition: Vlad Troitsky

Numéros de cabaret: Julieta Martin, Yann Frisch, Matias Pilet, Josephina Castro Pereyra, Daniel Ortiz, Oscar Nova de la Fuente, Benoît Charpe

 

Genre: Cabaret

Public: Tout public

Durée: 1h30 à 2h

 

Envie de se dépayser un peu? Besoin d’une potion revigorante pour affronter l’hiver? Désir d’enterrer joyeusement cette fichue année 2016? J’ai la solution qu’il vous faut: le "Terabak de Kyiv".

Le "Terabak de Kyiv", c’est un cabaret imaginé par Stéphane Ricardel, directeur du Monfort, en collaboration avec Patrice Wojciechowski et une équipe franco-ukrainienne. Les spectateurs sont accueillis dans une belle yourte en bois, à des tables collectives. Au bar, des spécialités locales, goûteuses et très abordables, feront office d’encas pour ce voyage vers l’Est. Les lumières s’éteignent. Monsieur Loyal en la personne du magicien Yann Frisch chauffe la salle tandis que dans une ambiance de prime abord expressionniste, le groupe des Dakh Daughters ouvre le bal. Ce sont elles qui vont faire les meneuses de revue. Dans un registre varié, du chant choral aux ambiances plus rock, elles se produisent naturellement durant les intermèdes. Mais elles participent aussi pleinement aux numéros qu’elles rythment voire commentent à la voix ou en gestuel.

Les numéros se déroulent plutôt en hauteur et c’est tant mieux dans une salle bondée. L’espace scénique est très resserré ce qui contribue à magnifier les prestations. Dans des disciplines variées, elles sont quasiment toutes époustouflantes. Je citerais mes préférées: Matias Pilet dans un numéro de clown naïf et distrait qui a une manière toute personnelle de faire le ménage; Yann Frisch qui bluffe l’assemblée avec ses tours de cartes illusionnistes et son royal bashing; Josefina Castro Pereyra et Daniel Ortiz qui font frémir le public avec leurs prouesses au cadre; Benoît Charpe qui, non content d’être un expert du monocycle, s’amuse à expérimenter l’engin sur un trampoline. Voilà un aperçu des numéros qui ont tous pour point commun d’être courts mais extrêmement denses et calés au millimètre.

Le "Terabak de Kyiv" est un petit condensé de beauté et de gaieté à l’état pur. C’est dynamique, enlevé et chaleureux. A consommer sans modération.

Cathy Wolff

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 12:25
The Elephant in the Room

 

 

Spectacle de la compagnie Cirque Le Roux, vu à Bobino (Paris 14e), le 16 décembre 2016.

 

Mise en scène: Charlotte Saliou

Interprétation: Grégory Arsenal (Jeune Bouchon), Lolita Costet (Mrs Betty), Philip Rosenberg (Mr Chance), Yannick Thomas (John Barik)

 

Genre: Cirque

Public: Tout public

Durée: 1h15

 

Ma première à Bobino! En tant que spectatrice bien sûr. Je vous la joue loufoque à l’instar du spectacle protéiforme "The Elephant in the Room" par le Cirque Le Roux. 

Bobino, c’est grand et c’était très correctement rempli en cette veille de vacances. Un public fort diversifié s’était donné le mot pour venir voir un spectacle de cirque contemporain. La notion de cirque, même accolée à son adjectif contemporain, est un peu réductrice pour désigner "The Elephant in the Room". Le spectacle est un mélange des genres et des disciplines plutôt inédit. C’est tout à la fois du cirque, du vaudeville, du cinéma burlesque, de la danse. On y pratique avec un même brio portés acrobatiques, pyramides, danse contemporaine, claquettes, art du clown et comédie. Le tout avec seulement quatre artistes, trois hommes et une femme!

Le spectacle se déroule en frontal, sur un espace scénique plutôt réduit, dans un décor unique d’intérieur bourgeois en camaïeu de gris qui évolue insidieusement sous l’effet de quelques procédés ingénieux. La lumière bien sûr, qui, sur la fin du spectacle, descend des cintres sous la forme d’une multitude de lampadaires; mais aussi les cadres dont les peintures caravagesques changent comme pour annoncer le nouveau tableau qui va se jouer sur scène. L’histoire, c’est celle de Mrs Betty qui vient d’épouser Mr Barik. Au lieu de convoler en justes noces, elle s’isole, se refuse, drague tantôt le domestique de Monsieur, tantôt un convive anglais en la personne de Mr Chance, se change en sorcière dont on ne comprend pas bien les intentions - empoisonner Monsieur ou, tel Circé, dominer tous ces hommes. On l’aura compris, l’histoire est prétexte aux numéros.

La virtuosité, acrobatique ou chorégraphique, n’empêche pas la grâce. La synchronisation avec la bande son, plutôt jazzy et gershwinienne, est parfaite. Les personnages sont bien campés parce que les comédiens ont su assumer et jouer de leurs particularités physiques : Mr Barik aux proportions éponymes est un gentil colosse d’amour éploré, Mrs Betty évoque Joséphine Baker, le jeune Bouchon suggère Laurel tandis que Mr Chance n’est pas sans ressemblance avec le Jack du "Titanic". Autant de références qui ouvrent l’imaginaire et participent aussi, parfois, du grotesque. Quelques tableaux m’ont particulièrement plu: le générique conçu comme un générique de polar des années 1930, la danse acrobatique toute en gémellité de Mr Chance et de Bouchon, les scènes de portés en général. Je regrette néanmoins la confusion de l’histoire. Cela finit par parasiter le spectacle et lui enlever du rythme. Ainsi, le début est-il longuet et maladroitement bavard. Et la fin de la narration est-elle bâclée au point que l’univers des années 1930 qui avait prévalu tout le long du spectacle a disparu par on ne sait quel enchantement.

Ces réserves faites, "The Elephant in the Room" est un spectacle de grande qualité tant par les prouesses effectuées que par les multiples univers abordés et auxquels il se réfère.

Catherine Wolff

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 17:11
Nestor s'entête

 Spectacle de la Compagnie Croqueti, vu dans le cadre du festival "La maman des poissons" 2016 à Pézenas.

 

Avec: Claude Formosa, Katy Elissalde

Mise en scène: Claude Formosa

Création marionnettes: Katy Elissalde

 

Genre: Théâtre et marionnettes

Public: Familial à partir de 4 ans

Durée: 40 minutes

 

Chronique rédigée par: Isabelle, Corinne, Valérie, Gregory et Jacqueline

 

En ce samedi de novembre où je vais voir un des spectacles inscrits dans le cadre du Festival "La maman des poissons" de Pézenas, je m’installe dans le théâtre à l’italienne. Le chant des cigales résonne, effet apaisant… La construction technique de cette histoire nécessite le noir afin de ne pas voir les acteurs marionnettistes faire vivre leurs personnages sur scène. Papier mâché, carton, tissu? Je ne sais de quoi sont fabriquées ces marionnettes. Tête ronde, tête carrée, tête énorme… Elles ont toutes de drôles de tête mais elles en ont une. Sauf Nestor. Pas de tête. Alors Nestor se met en tête de trouver sa place dans la société. Entre recherche d’un emploi qui lui corresponde et quête du grand amour. Mais comment trouver l’amour sans tête?  Au-delà du sujet sur l’acceptation de soi et des différences, je me suis laissé charmer par les musiques aux styles différents et souvent entraînantes, par la magie technique, notamment par la prouesse des marionnettistes qui ne sont que deux sur scène pour animer cette belle histoire. Isabelle

En allant au théâtre, j’étais bien. J’avais envie d'en profiter et je ne pensais à rien d’autre. Le lieu m’a plu, c'était la première fois que je rentrais dans ce lieu. D’entrée de jeu, j’ai été séduite par le costume des marionnettes, la couleur et le mouvement. Je voulais me laisser emporter sans m’arrêter… Corinne

Je suis arrivée au théâtre, toujours  enjouée à la perspective de voir un spectacle, sans aucun a priori, avec juste l’envie de me laisser surprendre. Le spectacle s’adresse à la petite enfance et est, de fait, conçu avec beaucoup de visuels, des étoiles, des marionnettes qui se déplacent, de la couleur… On en prend plein la vue! Mais aussi plein les oreilles, avec des musiques qui vont chercher l’émotion de chacun... La courte durée (40 minutes) n'empêche pas de faire passer de multiples messages, à différents niveaux. Pour les enfants, ces futurs citoyens, mais aussi pour les parents, en leur rappelant des valeurs essentielles. Le scénario et la mise en scène renvoient à la légèreté, grâce à un visuel  qui coule de source, ça glisse, on se régale! Effets de jeux de mots, sans se prendre la tête, merci Nestor ( c’est l’effet sans tête)... Je finis par me dire ô combien la culture garde une place prépondérante dans l’éducation de nos enfants. Ne le perdons pas de vue, préservons ce message essentiel, si bien mis en image dans cette pièce. " Oyé Oyé soyez tolérants, appréciez la différence, elle ne peut que nous apporter du bonheur!!!!" Valérie

Je suis content et confiant. Le lieu m a plu, c’est une belle découverte du moment. J’ai été agréablement surpris par les effets spéciaux de son et de lumière, et par ces belles marionnettes qui apparaissaient et disparaissaient. Je n’imaginais pas qu’on pouvait faire aussi beau avec des marionnettes! J’aurais apprécié que ca continue quand la fin du spectacle est arrivée. Comme quoi sans tête, on peut faire des choses!!!!! Gregory

 Ce spectacle nous raconte le parcours de Nestor, ses rêves, ses essais, ses échecs, avec un départ pas facile: le petit Nestor n'a pas de tête, son chapeau repose directement sur ses épaules. Le mot "tête" reviendra très souvent dans les commentaires de la voix off, les autres marionnettes sont pourvues de grosses têtes lunaires, le titre du spectacle est un jeu de mots, tout cela souligne le handicap du bonhomme. Le fond noir du décor met en valeur les couleurs vives et fluorescentes des personnages et des accessoires. Des musiques rythmées et dansantes accompagnent le parcours accidenté du petit personnage et le dédramatisent. On y reconnaît des musiques de cirque, de ballets fin 19e, le Boléro de Ravel, l'air de la Strada de Fellini, de la musique Klezmer... Un spectacle pour petits enfants se doit d'avoir une fin optimiste: à la fin d'un parcours d'échecs répétés, Nestor trouve l'âme soeur et devient marchand d'idées dans un joli décor d'épicerie à l'ancienne. Les petits spectateurs auront-ils saisi la leçon illustrée par ce joli spectacle coloré et musical, l'idée que chacun finit par se trouver une place dans la société? Cette idée est bien cachée sous la fantaisie, l'humour, la poésie, le mouvement, la rapidité, qui caractérisent cette œuvre. Gageons que ce moment restera pour eux un très joli souvenir, à la fois livre d'images et dessin animé. Comme pour les adultes présents. La chaleur des applaudissements, à la fin, a donné un magnifique sourire aux deux animateurs de ce spectacle qui a su charmer l'enfant qui reste en nous. Jacqueline

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 16:58
Même pas vrai!

Spectacle de Pierre Delye, vu le samedi 19 novembre 2016, dans le cadre du festival "La maman des poissons" 2016.

 

Conteur: Pierre Delye

 

Genre: Conte

Public: Familial à partir de 6 ans

Durée: 55 min

 

Chronique rédigée par: Isabelle, Didier, Jacqueline et Annie

 

Installée au balcon du théâtre de Pézenas, j’attends d’assister au spectacle "Même pas vrai!". De ma place j’ai une vue plongeante sur la scène, sur laquelle un seul tabouret de bois et de métal attend. Pierre Delye entre en scène. Grand, les yeux ronds, et une voix aux légers accents "du Nord". Sans décor, ni accessoires, le monsieur a suffisamment de talent pour nous emporter dans ses contes par ses intonations, son regard, ses mimiques. Ses contes me semblent être le fruit d’un savant mélange: un soupçon de Perrault, une pointe de La Fontaine, une pincée de légendes… Recette suffisamment savoureuse et présentée avec suffisamment d’énergie pour maintenir mon intérêt malgré ma fatigue et l’heure propice à la dépression post-prandiale. Avec subtilité, il nous amène à réfléchir au sens des mots et des situations, et aborde avec fantaisie des sujets parfois graves tels que l’exclusion ou le rejet. Le livret présentait ce spectacle comme étant familial et abordable dès l’âge de 6 ans, j’émets cependant quelques réserves, 6 ans me paraissant un peu jeune vu certains thèmes et la durée (55 minutes). Ce jugement mis à part, j’ai vraiment apprécié le talent de ce raconteur d’histoires. Isabelle

Il était une fois… un conteur! Ou plutôt, un raconteur d’histoires qui aimait raconter des histoires, précisait-il, et ça tombait plutôt bien. Il s’appelait Pierre Delye et un jour, après maintes péripéties plus rocambolesques les unes que les autres, dont une histoire loufoque à dormir couché, il s’est arrêté à Pézenas pour raconter quelques-unes de ces histoires, aux enfants de la Maman des poissons bien installés dans le bocal baroque du théâtre de Pézenas. Si, je vous assure que c’est vrai, d’ailleurs j’y étais, immergé dans le même bocal que tous les enfants. Les vrais enfants comprenaient beaucoup plus vite que les autres (les adultes et autres chroniqueurs) quand il fallait réagir, comme dans l’histoire du lion et du serpent quand celui-ci dit au lion : ‘’si je te mords… T’ES MORT !’’ criaient en chœur les vrais enfants. En tout cas ce jour-là, à Pézenas, tous les enfants, vrais ou faux, écoutaient les histoires racontées par le grand échalas costaud qu’ils voyaient sur la scène avec une joyeuse attention. Il l’a très bien fait, on voyait bien qu’il connaissait son sujet et le contrôlait avec une quasi perfection. Mais l’enfant non déguisé en moi était en manque de quelque chose: sauf dans la dernière courte histoire, jamais un ou des enfants n’ont eu le rôle principal dans les histoires racontées, comme peuvent l’avoir le Petit Poucet, le Petit Chaperon Rouge ou encore Pinocchio. Oui, ça m’a manqué, et vous savez quoi ? Je suis sûr qu’avec 15 ou 20 ans de plus, quand ce raconteur d’histoires se sera vraiment éloigné de son enfance, il en parlera davantage. Didier

Ce conteur n'a pas besoin d'une mise en scène compliquée: scène nue meublée d'un haut tabouret, lumière discrète - un seul projecteur de couleur neutre. Vêtu d'une chemise et d'un pantalon couleur de muraille, le magicien des mots nous emporte dans de fausses improvisations, soulignées de souples mouvements de mains, sans vraiment insister sur ses hilarants jeux de mots qu'on voudrait tous noter. Pierre Delye est un re-créateur plutôt qu'un créateur. On reconnaît dans les contes de ce jour des thèmes traditionnels de fabulistes, de conteurs et de moralistes: la rencontre avec le diable, une histoire d'animaux exotiques digne de Rudyard Kipling, des histoires entre père et jeune fils où c'est l'enfant qui a raison. On reconnaît dans le premier de ces contes, des influences: une douce loufoquerie évoquant Raymond Devos par ses enchaînements absurdes, et Jacques Prévert par une imagination poétique qui nous emmène en voyage dans un monde onirique peuplé de lapins volants et de culs-de-jatte. La marque personnelle de P. Delye est dans l'usage malicieux de figures de style classiques comme l'anaphore et le zeugma ("j'ai attrapé un pantalon et un rhume") qui produisent un effet comique irrésistible dans un conte pour enfants. Ce bon conteur a eu un bon public: les petits, répondant à l'empathie de ce grand oncle chaleureux et pince-sans-rire, et les grands, appréciant la subtilité du jeu avec les mots et les références littéraires subliminales, l'ont vivement applaudi. Jacqueline

Je ne suis pas seule à entrer dans ce magnifique Théâtre de Molière dont les décors m’enveloppent déjà d'histoires féeriques. Beau brouhaha heureux de rires et de paroles d'enfants comme une plongée dans une mer chaleureuse de nos rives méditerranéennes: je nage de délices! J'avance de découverte en découverte, le regard glissé vers ce paysage de gaieté enfantine. Même pas vrai que je m'ennuie à écouter ce chaotique babillage! Puis l'instant du conteur s'impose, et c'est un géant qui prend la parole dans un éclairage de lumière discrète. Cela laisse la place aux sons et ils en profitent: les mots jonglent de plaisir, rebondissent de vitalité, éclatent de bonheur. De sacrés jeux de mots, soutenus par une multitudes de tons, de mimiques, et d'enthousiasme. Cette tête qui dit non par exemple pendant que les mots choisis disent oui: belle prouesse du corps qui m'emporte dans la joie des rires. Je sens que mon âme d’enfant hisse son regard vers ce conteur au grand pied. Elle palpite au rythme donné par la succession des mises en mots qui soulèvent l'enthousiasme des enfants et je m'y glisse sans toutefois participer aux "t'es mort" scandés de plus en plus fort par ces enfants de plus en plus convaincus. Ce spectacle éveille ma joie. Je sens mes ailes de vie se déployer encourageant le sentiment de résister à l'accélération de nos sociétés, à donner au temps la préciosité de l'instant vrai! Mais oui quel beau plaisir à écouter ces histoires ponctuées de réflexions qui ravivent la profondeur des valeurs de vie pour petits et grands comme on ouvre une fenêtre sur l'horizon des possibles. Ce spectacle est un hymne à la joie de vivre! Annie

 

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 15:39
Dark Circus

Spectacle de la compagnie Stéréoptik (41), vu au Théâtre Le Monfort (Paris XV), le 29/11/2016

 

D’après une histoire originale de : Pef

Création et interprétation : Romain Bermond et Jean-Baptiste Maillet

 

Genre : Théâtre visuel et musical

Public : Tout public

Durée : 1 heure

 

Attention OVNI ! Le titre, "Dark Circus", m’avait conditionnée et je m’attendais à voir un spectacle de cirque. C’était sans compter sur ma totale ignorance du travail de la bien nommée compagnie Stéréoptik. Stéréoptik est un joli néologisme pour signifier la singularité des "spectacles" de la compagnie : graphisme et musique en live. "Dark Circus" est donc une illustration au sens propre du terme et une illustration sonore d’une histoire originale de Pef. Il s’agit d’un cirque censé égayer la vie grisâtre de citadins moroses. Sauf que les numéros présentés ne sont qu’une suite de dramatiques ratés qui rendent la vie encore un peu plus sinistre qu’elle ne l’était déjà. Jusqu’au jour où, après un énième accident, la couleur surgit…

Comme le cinéma tantôt, on passe du noir et blanc à la couleur. Et ça tombe bien car "Dark Circus" relève plus du ciné–concert à la Méliès que du spectacle. D’ailleurs, ne cherchez pas les comédiens et les circassiens : il n’y en n’a pas ! Plateau nu donc avec pour seul élément scénique, un écran géant ! Côté cour, à la table de dessin, Romain Bermond anime manuellement des images créées au préalable, manipule des marionnettes d’ombres (un peu comme le Karaghiosis grec) ou dessine sous nos yeux (au fusain, à l’encre, au sable) la scène en cours. Côté jardin, Jean-Baptiste Maillet accompagne en musique (piano, basse, percussion, harmonica) et en bruitages les images. Parfois, comme au cirque, l’un et l’autre se renvoient la balle dans le sens où notre musicien s’empare de l’animation, laissant ainsi le temps à son comparse de préparer la suite. Les moments de création en direct, je veux dire les moments où Romain Bermond dessine au rythme de la musique (ou réciproquement) sont des moments réellement magiques. La prestation est techniquement époustouflante. La synchronisation, totale. Deux petites réserves cependant : les basses étaient trop fortes et mes oreilles ont souffert. La dernière partie, celle où l’on passe à la couleur, est, à mon sens, un peu moins bien réussie. Mais elle est courte et n’enlève rien au reste.

L’objet ainsi créé est un petit film d’animation qui dure le temps que dure la représentation ! Et comme il est créé sous nos yeux, c’est plutôt une performance. Inclassable, vous disais-je, et c’est tant mieux. Le public, composé de beaucoup d’enfants, ne s’y est pas trompé. Nos deux grands gaillards qui avaient décidé de revenir à l’enfance de l’art ont été ovationnés.

Catherine Wolff

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26 octobre 2016 3 26 /10 /octobre /2016 00:50
Au bord du lit

Spectacle de la Compagnie Théâtre atelier Frédéric Jacquot (75), vu au Théâtre de l’Archipel (Paris X), le 25/10/2016

 

Texte : Guy de Maupassant,

Adaptation : Frédéric Jacquot

Mise en scène : Frédéric Jacquot assisté de Lina Veyrenc

Interprétation : Elisa Birsel, Lina Veyrenc, Frédéric Jacquot

 

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 1h

 

A l’approche de l’hiver, rien n’est plus doux que d’entendre parler d’amour ! Dans "Au bord du lit", l’équipe de Frédéric Jacquot nous susurre à l’oreille les croustillants secrets d’alcôve de personnages extraits des nouvelles de Maupassant.

Le spectacle s’ouvre par une ode à la femme, un tantinet misogyne mais déclamée avec tant de gourmandise qu’on en demande encore ! S’ensuivent, rythmés par des intermèdes de jazz New Orléans, cinq tableaux mettant en scène différents états amoureux : "Le signe" parle de cette jeune épousée qui, tant par désœuvrement que par curiosité, aguiche le passant et vient raconter à sa meilleure amie cette expérience grisante ; "Les caresses" nous exposent comment, par la seule force des mots, un homme parvient à convaincre une jeune prude des vertus de l’amour charnel ; "Sauvée" nous rend témoin du stratagème trouvé par une jeune mariée pour obtenir le divorce ; "Mots d'amour" est une délicieuse leçon d’amour donnée aux femmes par un fin connaisseur ; enfin, "Le bord du lit" nous conte la façon dont une femme a pris son mari volage au pied de la lettre pour mieux lui rendre la monnaie de la pièce.

Le dispositif scénique reproduit avec une grande économie de moyens un intérieur bourgeois : trois chaises, deux guéridons, deux lampes. Leur disposition, ingénieuse, permet de dessiner trois espaces scéniques. Cette prouesse, sur un si petit plateau, donne au spectacle une réelle dynamique. Tout le spectacle est à l’aune de ce petit rien qui fait toute la différence : l’adaptation est d’un naturel déconcertant et les chutes de chaque tableau tombent à point nommé, comme dans les nouvelles. Le jeu est généreux et sait faire entendre la truculence du verbe et des situations. Frédéric Jacquot est des plus convaincants en épicurien ; Elisa Birsel est tout simplement adorable en petite femme des faubourgs aussi jolie qu’écervelée ; Lina Veyrenc est redoutable de coquineries tout en nuances ! La mise en scène, à l’instar du dispositif scénique, installe une réelle dynamique. Par exemple, dans "La caresse", la conquête de la dame se déroule par voie épistolaire. Côté jardin, monsieur écrit. Quand il lit sa prose à haute voix il est en lumière. Côté cour, Madame reçoit les mots et quand, d’étonnement, elle se met à lire à haute voix, la lumière passe de son côté. Au fur et à mesure que les mots pénètrent la destinataire, les comédiens se lèvent, se rejoignent et disent ensemble la conclusion : « les femmes heureuses sont celles à qui ne manquent nulle caresse » !

"Au bord du lit" est un joli spectacle, sans prétention mais sincère, honnête et généreux. Le ton est léger, le rythme est enlevé, le fond est coquin, le verbe est haut. Il a manifestement remporté un vif succès au festival off d'Avignon en 2016 ; succès amplement mérité. Car enfin, c’est un remède très efficace en cas de coup de cafard et de blessures amoureuses, précisément ! Croyez-en mon expérience !

Catherine Wolff

 

 

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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 14:28
Tempos

Spectacle de la Compagnie le Baril (34), vu le 21 octobre 2016 à 20h30, Espace Culturel de La Colombière, Montpellier

                                                                                             

Avec : Aurélia Gonzalez, Virginie Nieddu, Tom Bertrand, Théo Le Perron

Orchestré par : Julien Meynier

Décor : Simon Valluet

 

Genre : Théâtre musical

Public : A partir de 7 ans

Durée : 45 minutes

 

Deux employés, un homme et une femme, prisonniers de leur quotidien rythmé par la routine métro-boulot-dodo ne prennent plus le temps de vivre. Ils partagent le même bureau dans la même société, travaillent face à face, mais chacun est absorbé dans le rythme infernal du travail, du téléphone qui sonne et des machines à écrire. Ils ne se voient plus, ne se parlent plus et n’ont plus conscience qu’il y a quelqu’un en face d’eux. Inévitablement, c’est le burn out et les personnages s’effondrent.

 

Dans un univers parallèle, deux créatures perchées observent ces personnages complètement déboussolés. Grâce à leur insistance, ils vont leur redonner la maîtrise de leur vie. Ils parviennent même à enfermer ces mots "je n’ai pas le temps" dans un bocal pour les aider à maîtriser ce temps qui leur échappe. Avec leurs instruments et des mélodies enjouées, ils redonnent vie aux employés qui s’animent au rythme de la musique. Le spectacle est quasi muet et la parole est remplacée par l’expression corporelle. Progressivement, l’atmosphère se détend et le métro-boulot-dodo laisse place à une ambiance intimiste et familiale. La femme prépare un gâteau sur le tempo imposé par les musiciens. Cette expérience culinaire dérape en danse endiablée et clôture la pièce sur une note positive, et nous rend optimiste sur les capacités humaines à rebondir.

 

Trois lieux sont représentés sur scène. Au-devant de la scène, le bureau et la cuisine constituent le monde réel. L’arrière de la scène composé d’un échafaudage représente le monde imaginaire dans lequel vivent les deux créatures. La musique live joue un rôle essentiel dans ce spectacle. Quoi de mieux que la musique pour donner le tempo ? Ce spectacle burlesque nous fait réfléchir sur notre mode de vie contemporain où le travail et la productivité écrasent les individus. Cette course après le temps conduit à des situations nocives et souvent absurdes. On passe un agréable moment en famille devant ce spectacle joyeux et bien rythmé.

Richard Gineste

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Published by Richard Gineste - dans Spectacle Tout public
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16 octobre 2016 7 16 /10 /octobre /2016 18:38
Deux Amis

Spectacle de la Cie Moustache (34), vu au théâtre Gérard Philipe, Montpellier (34), le 28 Mars 2015, 21h et revu le 7 Oct.2016, La Vista, Montpellier (34)

D'après une nouvelle de Maupassant (1883)

Ecriture et mise en scène: Philippe Hassler

Avec: Sarah Amiel Hassler, Robert Tousseul, Philippe Hassler

Création chants et musique : Sarah Amiel Hassler (guitare, accordéon, chant)

Décors et Costumes : Rémi Daviaud

Genre: Théâtre musical

Public: Tout public à partir de 12 ans

Durée: 1h05

Création 2015

J'ajoute un zeste de commentaire après avoir revu "Deux Amis" en Octobre 2016. Le spectacle, programmé en partenariat avec le Musée Fabre dans le cadre de l'exposition sur Frédéric Bazille, me semble avoir gagné en intensité et en intimisme, avec toujours cette même subtilité dans les émotions. J'ai noté l'excellent éclairage qui donne encore plus de profondeur aux couleurs. Le matin même, une représentation scolaire avait m'a-t-on dit, suscité un débat riche en questions pertinentes de la part de collégiens : si la question se posait de l'intérêt de ce spectacle pour cette tranche d'âge, démonstration est faite !

Cette nouvelle d‘à peine quelques pages se déroule à Paris pendant la guerre de 1870. Chaque dimanche, deux paisibles boutiquiers parisiens, Morissot et Sauvage, sortent de Paris et rejoignent toujours le même point de pêche en bord de Seine. Tranquilles et peu bavards, ils se lient d’amitié. Mais quand Paris est assiégé par les Prussiens, les deux amis en sont réduits à rêver devant une absinthe, jusqu'à ce qu'ils obtiennent un laissez-passer. Et les voilà au bord de l'eau, inquiets de la proximité des ennemis, mais heureux car la pêche est bonne. Surgit un officier prussien qui les accuse d’espionnage et les somme de donner le mot de passe des avant-postes français sinon c’est la mort. Ils se taisent et sont fusillés.

Coup de cœur pour ce spectacle dont le texte, le jeu théâtral et les recherches artistiques, alliés à une grande rigueur, procurent une telle richesse d'émotions! Musique, théâtre, chants et peinture s'y associent avec bonheur. La pièce s'ouvre sur une impression de bien-être: en fond de scène, les rives verdoyantes d’un fleuve tranquille (projection d'une toile de Boudin). Dans une ambiance pleine d'humour bon-enfant, Sauvage (P.Hassler) et Morissot (R.Tousseul) pêchent et pique-niquent. Quelques mots, quelques gestes, dévoilent un peu de leur vérité intime et tissent pudiquement leur amitié. S.Amiel rythme les dimanches de pêche à la guitare ou à l'accordéon. Transparente pour les deux amis et sans connivence avec le public, sa présence crée une bonne distanciation, avec quelques astuces de mise en scène amusantes. Dans Paris assiégé, une toile de Toulouse-Lautrec campe magnifiquement l'atmosphère ambiguë du troquet où S.Amiel incarne Renée, patronne accorte. Saluons les belles chansons réalistes de sa composition. Le jeu des deux hommes attablés ménage de nombreux et beaux silences qui en disent long. J'ai bien aimé les voir ensuite dévaler une prairie (de Sisley), excités et bravaches comme des gamins tandis que des bruitages de combats rendent l'atmosphère menaçante. Toujours fortement présent et rythmé dans le spectacle, le temps se fige brutalement comme dans un éclair de flash lorsque la guerre happe les deux amis. C'est un instant dramatique où, dans un décor devenu sépia (Monet), Sauvage et Morissot ne sont déjà plus qu’un souvenir photographique. On comprend qu'ils ne reverront pas « le temps des cerises » chanté par un chœur de femmes en noir. Le destin des deux hommes est scellé par S.Amiel, officier prussien cynique très crédible. Les trois comédiens sont toujours excellents. La mort courageuse des deux amis, émouvante sans pathos, est suivie d'une mélodie fredonnée qui ouvre une belle échappée. Bravo pour cette belle alliance d'impressionnisme et réalisme!

L'ensemble est superbe, avec une recherche de perfection dans les détails. Tout en respectant la concision, les nuances et les observations réalistes propres à Maupassant, P.Hassler nous offre une création personnelle et originale. Le décor minimaliste limité à la projection de toiles de l’époque impressionniste intègre tout harmonieusement: postures, gestuelle, costumes, accessoires, éclairages, bruitages. Texte et musique, écrits conjointement, donnent une impression aérée et se complètent. Enfin, petite entorse bienvenue au récit de Maupassant qui débute avec le siège de Paris, nous assistons ici à la première rencontre de Morissot et Sauvage. L’amitié n’en paraît que plus solidement ancrée dans des instants de bonheur partagé.

C’est un spectacle d'excellente qualité et accessible. Il plaira autant pour cette belle histoire d’amitié et de courage, pour la valeur des plaisirs simples, que pour sa musique, son intensité dramatique ou tout simplement pour Maupassant et un très bon moment de théâtre! Tous publics.

Catherine Polge

 

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15 octobre 2016 6 15 /10 /octobre /2016 13:59
Tic Tac d'amour

Spectacle de la Cie ONG DAM (34), vu le 9 Sept. 2016, au Carré Rondelet, Montpellier (34), à 20h30

 

D’après les chansons et poèmes de Boby Lapointe (Ed. Domens, 2002)

Mise en scène : Jasmine Dziadon

Avec : Damien Alibert et Jasmine Dziadon

Décor : Guylène Boyer

 

Genre : Chansons et Théâtre

Public : Tous dès 12 ans

Durée : 1h15

Création 2016

Sur scène, il y a Elle (J. Dziadon) et Lui (D. Alibert), deux solitaires. Sur des textes de Boby Lapointe, ils se rencontrent et se séduisent. Puis viennent les tourments de l'amour, doutes, déceptions, disputes et réconciliations. Très touchants, ils tissent ainsi leur vie de couple au gré de saynètes tendres, drôlatiques, désabusées ou tragiques. Sur un rythme soutenu, leurs dialogues la plupart du temps chantés sont des montages d'extraits de chansons. Du tic au tac, l'amour balance sur des rythmes syncopés ou langoureusement balancés, avec jeux de scène, gestuelles et mimiques qui donnent un beau dynamisme au spectacle. Calembours, mots tronqués et recomposés, contrepèteries, etc. chers à Lapointe évoquent tant d'images que l'imagination du spectateur est toujours en alerte. J. Dziadon et D. Alibert se jouent des difficultés de ces textes complexes et nous les font vivre avec beaucoup de talent. C'est drôle et plein d'émotions et l'on se régale de cette immersion dans cet univers poétique fantasque, pour le savourer encore et encore.

J'ai éprouvé un réel plaisir à voir vivre le monde de Lapointe, où se côtoient drôlerie et mélancolie dans les petites choses de la vie. Tout en respectant l'auteur, les textes sont astucieusement découpés et articulés sur un fil narratif riche en péripéties amoureuses. Il y a de la musique, du chant et de l'action ! L'auteur n'est pas facile à interpréter. Certaines chansons, très drôles, sont entièrement faites de ruptures et désarticulations autour de jeux syllabiques, tels par exemple "Maman dans le coma, papa dans le moka et moi né comme aquo" ou bien "Ote ta toque et troque Ton tricot tout crotté". D. Alibert, rôdé à l'interprétation de Lapointe, nous révèle une fois de plus sa virtuosité et chez J. Dziadon nous découvrons un talent de plus ! Chanter de tels textes tout en permettant à l'auditoire d'en saisir les multiples sens, c'est épatant. Les comédiens alternent avec aisance ces moments de bravoure avec les rythmes langoureux ou mélancoliques. Un régal ! Tous deux jouent avec un plaisir manifeste et nous offrent une diversité de scènes à bon potentiel comique ou dramatique. Voilà par exemple D. Alibert touillant une sauce dans une marmite, J. Dziadon prenant un bain dans une bassine, ou tous deux plongés dans la tragédie du "Petit homme qui vit d'espoir". C'est une réussite à laquelle concourt le décor très bien vu, qui ménage "son chez lui" et "son chez elle" et ouvre toutes les possibilités de rencontre et de cohabitation possibles. Je suis sortie le sourire aux lèvres...

Ce spectacle met en scène avec talent la richesse des chansons de Boby Lapointe. Les inconditionnels du chanteur ne seront pas déçus. Pour les autres, c'est une belle occasion de découvrir le monde de ses chansons et sa langue si particulière. Une programmation originale et attractive pour de nombreux publics.

Catherine Polge

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 18:00
Seuls
Source : legrandt.fr
Source : legrandt.fr

Spectacle de Wajdi Mouawad, vu au Théâtre national de la Colline, le 4 octobre 2016

Texte : Wajdi Mouawad

Mise en scène : Wajdi Mouawad

Interprétation : Wajdi Mouawad

Genre : Théâtre

Public : Adulte

Durée : 2 heures

Wajdi Mouawad vient de prendre les rênes de la Colline. Et quand Wajdi Mouawad monte un spectacle, j’y vais, quand bien même la critique du journal "Le Monde" est mauvaise. Et devant la complexité de la proposition, je serai bien plus nuancée.

Le dispositif scénique est trompeusement simple. Wajdi Mouawad a beau être seul en scène, l’équipe technique du projet est très lourde. L’auteur-comédien-plasticien, juste d’un caleçon vêtu, évolue sur un praticable gigogne qui, sous l’effet des jeux de lumières, des vidéos, des ouvertures et des paravents, se métamorphose en tous les espaces possibles. C’est l’histoire d’un étudiant en sociologie de l’imaginaire, Harwan, qui rédige une thèse sur Robert Lepage. Notre thésard semble jouer de malchance : une rupture sentimentale, un téléphone capricieux à la vertu théâtrale plutôt comique, un Robert Lepage qui disparaît à l’autre bout du monde alors que Harwan vient juste de le traverser pour le rencontrer, un père hospitalisé pour un AVC, jusqu’à une conclusion qui n’en finit pas de ne pas vouloir s’imposer. A la façon de "Shutter Island", la pièce bascule totalement à mi-parcours ; à la façon de l’écriture nord-américaine, tous les faisceaux d’indices disséminés ici et là pendant le spectacle se réunissent pour faire sens.

Pour le néophyte qui ne connaît ni Robert Lepage ni Wajdi Mouawad, c’est un spectacle total, un choc esthétique qui crée le ravissement et emporte les ovations du public. Pour un spectateur plus averti, c’est autrement plus mitigé ! La première partie du spectacle au cours de laquelle nous découvrons les déboires de notre étudiant est d’une banalité confondante, bavarde et ennuyeuse. Le jeu est tout juste passable, fort heureusement relevé de quelques notes d’humour salvatrices. J’ai tout de même piqué un petit somme ! Puis le tempo change et le presque plagiat de Lepage m’a littéralement exaspéré ! Quand arrive la performance finale, au sens plastique du terme, c’est enfin une explosion de beauté, de sens, de profondeur et qui invite à reconsidérer tout ce qui précède.

Ce que j’avais d’abord pris pour une œuvre de jeunesse est plutôt une œuvre charnière. Wajdi Mouawad entreprend de dire autrement que par le lyrisme des mots, les maux – ceux de la relation au père (réel ou de théâtre), à la guerre, à l’identité, à la création. Les nombreuses références théâtrales – Robert Lepage, bien sûr, mais aussi Deborah Warner ou Ilka Schönbein – et plastiques – Pollock, Dubuffet et surtout Rembrandt – disent la naissance même de l’art: faire acte de création, c’est d’abord s’emparer de ses prédécesseurs pour mieux trouver sa propre voie/voix. "Seuls" de Wajdi Mouawad ne m’a pas bouleversée comme ont pu le faire précédemment "Incendie" au théâtre ou "Anima" en roman. Mais c’est une pièce qui se révèle sur la longueur et qui dit le projet créatif à venir de son auteur. Il en faut du courage et de l’authenticité pour se présenter ainsi, humblement et à nu, à son nouveau public !

Catherine Wolff

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